BEATRICE CENCI

La passion Béatrice

« Ah ! Mon dieu ! Se peut-il que je doive mourir de manière si subite ? D’aller si jeune sous la pourriture sombre et froide du sol grouillant de vers, clouée dans l’espace étroit d’un cercueil ! (…) Qui est-il jamais revenu nous enseigner les lois du royaume ignoré de la Mort, peut-être aussi injustes que celles qui maintenant nous chassent, ah ! Vers quoi, vers quoi ? »

Percy Bysshe Shelley, The Cenci, 1819

Le visiteur qui parcourt les salles du Palais Barberini à Rome, s’émerveillera certainement des chefs d’œuvre de la Renaissance italienne qui en ornent les murs. Entre Judith décapitant Holopherne sous le pinceau du féroce Caravage et l’impudique Fornarina signée Raphaël, il pourra s’attarder, tel Stendhal lors de son passage en ces lieux, sur le portrait d’une jeune femme à la chevelure enturbannée, dont le regard perdu semble celui d’une « pauvre fille de seize ans qui vient de s’abandonner au désespoir. » Cette toile incontournable de la Galleria Nazionale d’Arte Antica, œuvre de Guido Reni, représente supposément « Béatrice Cenci » juste avant sa décapitation sur ordre du pape Clément VIII, un pontife qui portait, ma foi, fort mal son prénom. Lire la suite

Pour une poignée de dollars

Et pour quelques notes de plus…

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« Je voulais que le film ait un style personnel proche d’une forme musicale. Aujourd’hui je peux dire qu’Ennio Morricone n’est pas mon musicien. Il est mon scénariste. »

Sergio Leone in Conversation avec Sergio Leone, Noël Simsolo, 1998.

Pour lui, la musique était un personnage à part entière. Et « Pour une poignée de dollars », Sergio Leone en fit son partenaire d’écriture. D’autres suivront l’exemple : Argento, De Palma, Malick, Carpenter, Bertolucci et même Verneuil, sans compter « les huit salopards » qui lui offrirent un Oscar en récompense. Ennio Morricone n’est plus, mais à jamais résonneront ses trompettes de la mort dans le sillage d’une diligence qui l’emporte vers la postérité.

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Call me by your name

Partenaires particuliers

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« Ah ! s’il m’était donné, Juventius, de baiser sans cesse tes yeux si doux,
Trois cent mille baisers ne pourraient assouvir mon amour ;
Que dis-je ? fussent-ils plus nombreux que les épis mûrs de la moisson,
Ce serait encore trop peu de baisers. »

Catulle, Ier siècle avant JC

Un été 83, le cœur de Buñuel vient de lâcher non sans avoir exploré « cet obscur objet du désir ». Trente-cinq ans plus tard, le Sicilien Luca Guadagnino entend en prolonger l’éveil des sens en plaçant l’intrigue de « Call me by your name » cette même année si riche en souvenirs.

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STATION TERMINUS

Sur le quai

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« Ô mon amie hâte toi
Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus »

Guillaume Apollinaire, La Victoire.

Quand on entre dans la « Station Terminus » vue par Vittorio de Sica, on est d’abord surpris d’arriver à la fin d’une histoire, comme si on avait pris le train en marche, juste avant qu’il n’arrive à destination. Dès les premiers plans remontés dans le dos du réalisateur, « Indiscretion of an american wife » (tel qu’intitulé pour le public yankee) ressemble à s’y méprendre à n’importe quel mélo de hall de gare, genre très prisé depuis que public et critiques ont fait cette « brève rencontre » avec un chef d’œuvre de David Lean. La gare est en effet le lieu idéal où se croisent des personnes tous horizons, de tous les milieux sociaux, où quand certains font connaissance sur un coin de quai, d’autres se disent adieu pour toujours. Lire la suite

PAÏSA

Ciao Bella

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« Naples était comme une prostituée après avoir été rossée par une brute : les dents brisées, les yeux au beurre noir, le nez écrasé, puant la crasse et le vomi. Le savon était introuvable, même les jambes des filles étaient sales. Les cigarettes étaient la monnaie d’échange : avec un paquet, on pouvait obtenir n’importe quoi. Des gamins proposaient leurs sœurs, leur mère. La nuit, pendant le « black-out », les rats sortaient par milliers et vous regardaient, immobiles, leurs petits yeux rouges luisant dans l’obscurité. Des puanteurs montaient des ruelles, où s’ouvraient des boîtes louches présentant des tableaux vivants pornos avec participation d’enfants et d’animaux. Les hommes et les femmes, à Naples, démunis, affamés, désespérés, étaient prêts à tout pour survivre. L’âme de ce peuple avait été violée. C’était vraiment une cité maudite. »

John Huston in Huston par Huston.

Ce souvenir d’Italie qu’a couché le cinéaste John Huston dans ses mémoires, immortalisé également sur pellicule dans ce formidable document que constitue « la bataille de San Pietro », est peu ou prou celui que l’on retrouve face caméra dans le « Païsa » de Roberto Rossellini. Le segment consacré à Naples nous montre que les enfants ont pris le pouvoir dans la ville, ramassant les mégots abandonnés dans les décombres, dépouillant des ivrognes en uniforme US dès que la police militaire a le dos tourné. Leur proie est un sergent noir, vendu au plus offrant comme le furent sans doute ses ancêtres sur un marché aux esclaves. La botte fasciste a laissé l’empreinte du chaos, livré les restes du pays à des veuves affamées et à des orphelins à la dérive, toute une génération qui devra rebâtir une nation sur les ruines de la précédente. Lire la suite