Dans un RECOIN de ce MONDE

Sayonara Hiroshima

recoin_de_ce_monde_1

« Ceci est notre cri.
Ceci est notre prière.
Pour construire la paix dans le monde »

Texte inscrit à la base de la statue hommage à Sadako Sasaki située dans le Parc de la Paix d’Hiroshima.

Tous les 6 août à 8 heure 15, et ce depuis près de soixante-dix ans, la cloche du Parc du Mémorial de la Paix ordonne le silence à Hiroshima. Il aura fallu le temps d’un flash, d’un clignement de paupières, pour que l’équilibre du monde bascule, pour qu’une des plus importantes tragédies humaines se produise. La mémoire de cet instant est aujourd’hui figée dans les restes squelettiques du dôme de Genbaku, tout comme elle est présente dans l’esprit de nombreux Japonais. C’est assurément le cas chez Sunao Katabuchi qui, après un premier voyage à rebrousse-temps dans la ville martyre avec « Mai Mai Miracle », revient rendre un nouvel hommage « Dans un recoin de ce monde ». Lire la suite

Publicités

CREEPY

La porte à côté

creepy 001

« Les futures victimes s’approchent de la maison et l’homme entre pour voir s’il y a quelqu’un. Au moment où il demande « il n’y a personne ? » un type surgit, l’assomme et referme la porte. Je me suis demandé « qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

Kiyoshi Kurosawa à propos d’une séquence de « Texas Chainsaw Massacre » in  Mon effroyable histoire du cinéma, 2008

Une belle photo de famille envahit l’écran : la femme cramponnée au volant, une ado assise à la place du mort, le mari à l’arrière avec le gros chien, et puis il y a ce type à côté de lui… un oncle ? un ami ? un cousin ? Quoi qu’il en soit, on ne sait pas très bien où ils s’en vont comme ça. Tout bien réfléchi, tout ceci paraît quand même drôlement étrange, pour ne pas dire louche. Encore une de ces intrigues « Creepy » dans lesquelles le réalisateur Kiyoshi Kurosawa est passé maître depuis longtemps. Lire la suite

PORCO ROSSO

Pirate de lard

porco_tumblr_ly2sh7633d1qf7r5lo1_500

« Tout était bleu, d’un bleu si pur que jamais je n’en avais vu de semblable (…) C’est alors que je les aperçus. Au loin, devant moi et un peu plus haut que moi, je vis une mince et longue ligne noire d’avions qui passaient à travers le ciel; ils avançaient sur une seule file, bien serrés (…) et la file s’étendait sur toute la largeur du ciel, aussi loin que mes yeux pouvaient porter. »

Roald Dahl, A tire d’aile, 1945.

Quand on se promène entre ciel et mer, on peut faire parfois d’étranges rencontres. Certains aviateurs ont pu croiser le Baron Rouge durant la Première Guerre Mondiale ; beaucoup d’entre eux d’ailleurs n’en sont pas revenus. D’autres prétendent aussi qu’au-dessus de l’Adriatique, quelques années plus tard, on a pu voir voler un autre écarlate aéroplane, un Savoia S.21 couleur du temps des cerises piloté par un drôle d’Italien à tête de lard qu’on a vite surnommé le « Porco Rosso ». C’est en tous cas ce que le maître nippon de l’animation Hayao Miyazaki va tenter de nous faire croire tout au long d’un chef d’œuvre d’une heure et demie. Lire la suite

GHOST in the SHELL (1995)

Woman machine

Ghost in the Shell 2

« Qui suis-je en réalité ? s’interrogea-t-il. Il regretta un instant de ne pas disposer de son complet brouillé. Puis il se dit, je pourrais continuer d’être un gribouillis, et les passants, les gens de la rue dans leur ensemble, applaudiraient. Et on applaudirait le gribouillis ! songea-t-il en repassant la séquence. Quelle façon d’atteindre le succès ! »

Philip K. Dick, Substance Mort, 1977.

« Un travail renversant de fiction spéculative… Le premier à atteindre un niveau d’excellence littéraire. » avait applaudi un James Cameron conquis. Un « Avatar » plus tard, et tandis que la spielbergienne Dreamworks s’apprête à nous en proposer une version live, jamais le « Ghost in the shell » de Mamoru Oshii sorti des cases d’un Manga (né sous la plume cyber-punk de Masamune Shirow), n’aura autant mérité son statut de « chef d’œuvre visionnaire ». A sa sortie, sa découverte fit l’effet d’un plongeon dans l’inconnu, un lâcher-prise vers une société en mutation, dessinant des volutes philosophiques vertigineuses. Lire la suite

The WOLVERINE : le combat de l’immortel

Nagasaki, mon amour

The Wolverine1

« — Mais pourquoi tomberait-il dans un piège ?

— Ce n’est pas tout à fait cela. Cela a trait à la nature humaine, voilà tout. Au fond, les gens ne sont pas forts, mais faibles. Et la solitude n’est pas leur état naturel, surtout quand s’y ajoute le fait d’être entouré d’ennemis et cernés de sabres. »

Eiji Yoshikawa, La Pierre et le Sabre, 1935

On l’a d’abord cru définitivement grillé. Empoisonné par les lubies de producteurs peu scrupuleux puis enterré vivant par un Gavin Hood contemplant ses restes pourrissants dans la fosse commune des nanars super-héroïques. Mais tout lecteur de Marvel sait bien que « Wolverine » est indestructible, toujours debout pour mener « le combat de l’immortel ». Pour son retour en solo, Hugh Jackman s’était forgé un corps d’adamantium, preuve qu’à cette renaissance, il croyait dur comme le métal chromé qui recouvre son squelette. Il s’en remettait alors au bon vouloir d’un cinéaste digne de ce nom : James Mangold. Lire la suite

SILENCE

Les infiltrés

silence-movie-2016-liam-neeson-scorsese

« Qui veut venir avec moi, doit peiner avec moi, afin que, me suivant dans le labeur, il me suive ainsi dans la gloire. »

Ignace de Loyola, exercices spirituels, 1548.

S comme silence. Akira Kurosawa avait un jour écrit à Martin Scorsese qui lui avait envoyé son film « le temps de l’innocence » pour obtenir son avis : « Je dois vous avertir, vous réprimander, pour votre utilisation de la musique. Comme dans tous les films d’Hollywood, vous en faites un usage excessif. » Puisque le Fuji-Yama du cinéma nippon réclame le silence, alors Martin Scorsese fera « Silence ». Lire la suite