The THIRD MURDER

L’aveu

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« Si blanc que soit ce champ,
si pur que soit un être,
nous agissons toujours comme dans l’obscurité :
à tâtons. Où se trouve la vérité ?
La neige tombe et tourbillonne. »

Livre des Nô, Steinilber-Oberlin et Kuni Matsuo, 1929.

La nuit. Misumi entraîne son patron sur les berges isolées du fleuve Tama, le frappe violemment à la tête avec une clef anglaise jusqu’à ce que mort s’ensuive. Puis, il brûle son corps à même le sol. Sur son visage se dessine la grimace d’un homme en colère. Sur sa joue, une éclaboussure de sang le marque du fer de la récidive. Les preuves sont là, sous nos yeux : « The Third Murder », et c’est la peine capitale que lui promet le réalisateur à la Palme d’Or, Hirokazu Kore-eda. Mais de l’assurance à la circonspection, il est un chemin qu’il nous invite à rebrousser. Lire la suite

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MARY et la fleur de la sorcière

Ponoc sur la falaise

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« Beaucoup de gens penseront que ce n’est pas une étape majeure, mais d’autres y verront une avancée cruciale. Et en voyant ce genre d’histoire, peut-être ceux qui ont du mal à avancer dans leur vie, qui n’ont pas confiance en eux, y gagneront un peu de courage et seront touchés »

Hiromasa Yonebayashi

Le vent se lève, il était temps de partir. Après presque vingt ans de bons et loyaux services au sein de la maison Ghibli, Hiromasa Yonebayashi éprouvait le besoin de prendre son envol. Désormais maître à bord du Studio Ponoc, il décolle la tête de Totoro pour mettre celle de « Mary et la fleur de la sorcière » en guise de logo, histoire de bien marquer son film du sceau de l’émancipation. Lire la suite

Si tu tends l’oreille

Chat blanc avec une oreille noire

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Kon-chan

De l’océan bleu au-dessus de la montagne,
Jusqu’au beau ciel clair se fondant doucement dans
la lumière, les vents, les arbres, l’eau et la terre,

Repose en paix.

Je ne t’oublierai jamais

23 janvier 1998, Hayao Miyazaki.

Qui pour prendre la suite ? Les candidats à la succession de Miyazaki et de Takahata ne sont pas légions. Le fils prodigue Goro n’aura pas donné satisfaction, même avec son honorable « colline aux coquelicots », et Yonebayashi, promu meilleur espoir en reprenant les projets du sensei (tels « Arrietty » puis le splendide « souvenirs de Marnie »), a aujourd’hui pris la tangente vers le studio Ponoc. Un nom pourtant a longtemps fait l’unanimité des deux figures tutélaires de la maison Ghibli. Aujourd’hui disparu, et même quasi-oublié, on en entend encore l’écho, « Si tu tends l’oreille »… Lire la suite

L’ÎLE aux CHIENS

Loyal canin

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Voici les récits que racontent les Chiens quand le feu brûle clair dans l’âtre et que le vent souffle du nord. La famille alors fait cercle autour du feu, les jeunes chiots écoutent sans mot dire et, quand l’histoire est finie, posent maintes questions :
« Qu’est-ce que c’est que l’Homme ? » demandent-ils.

Clifford D. Simak, Demain les chiens, 1952.

Comme dans un haïku, il y a quelque chose d’ineffable dans le cinéma de Wes Anderson. Il est fait de cette même essence poétique, parfois déroutant mais toujours paré d’évidence. Cet univers d’auteur s’impose dès que l’on pose le pied sur « l’île aux chiens », petit bijou d’orfèvrerie japonisant qui se présente comme un conte cynophile à savourer image par image. Lire la suite

Le conte de la PRINCESSE KAGUYA

L’adieu aux larmes

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« La joie de t’avoir connu
Est si vive, si profonde
Qu’elle pénètre tout mon être
Même au jour lointain
Où je ne saurai plus rien
Que vienne même le moment
Où ma vie prendra fin. »

Kazumi Nikaidô, La Mémoire de la Vie, 2013

« Si je fais ça, Paku va me remonter les bretelles, hein ? » Il s’appelait Isao Takahata, mais son compère Miyazaki l’appelait Paku. Il était l’autre Ghibli. C’est un véritable don du ciel qu’il nous a offert en guise d’adieu, un conte de lune et de larmes aux couleurs aquarellées, « le conte de la Princesse Kaguya ». Lire la suite

Le VENT se LEVE

S’il te plaît, dessine-moi un avion…

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« Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve. »

Thomas Mann, La montagne magique, 1924.

Dans toute sa carrière, Hayao Miyazaki aura peut-être eu un seul regret, celui de n’avoir jamais porté à l’écran son livre favori : « le Petit Prince ». Cette « histoire d’aviateur écrite par un aviateur » et d’un enfant tombé du ciel dans le désert saharien (là où souffle le « ghibli », ce vent chaud baptisé ainsi par les pilotes italiens durant la Seconde Guerre Mondiale) aurait épousé à merveille la fantaisie de celui qui bâtit des châteaux dans le ciel et chorégraphia les voltiges d’un pilote d’hydravion à tête de cochon. Au crépuscule de sa carrière, il préfère se poser sur le sol de son pays natal, raconter en pointillés une trentaine d’années de la vie de celui qui, faute de pouvoir chevaucher les nuages, dessina des machines volantes destinées à d’autres. Lire la suite

Dans un RECOIN de ce MONDE

Sayonara Hiroshima

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« Ceci est notre cri.
Ceci est notre prière.
Pour construire la paix dans le monde »

Texte inscrit à la base de la statue hommage à Sadako Sasaki située dans le Parc de la Paix d’Hiroshima.

Tous les 6 août à 8 heure 15, et ce depuis près de soixante-dix ans, la cloche du Parc du Mémorial de la Paix ordonne le silence à Hiroshima. Il aura fallu le temps d’un flash, d’un clignement de paupières, pour que l’équilibre du monde bascule, pour qu’une des plus importantes tragédies humaines se produise. La mémoire de cet instant est aujourd’hui figée dans les restes squelettiques du dôme de Genbaku, tout comme elle est présente dans l’esprit de nombreux Japonais. C’est assurément le cas chez Sunao Katabuchi qui, après un premier voyage à rebrousse-temps dans la ville martyre avec « Mai Mai Miracle », revient rendre un nouvel hommage « Dans un recoin de ce monde ». Lire la suite