BABY CART : Le Territoire des Démons

La Voie du Loup

baby-cart-5---le-territoire-des-demons

« Ainsi s’avance Ogami, le regard ultra-concentré ne fixant que le sol. Mais, heureusement, Daigoro, son fils, ouvre constamment les yeux sur le monde et transfigure les combats les plus sanglants en un spectacle, notre spectacle, étincelant. »

Jean Douchet, La DVDéothèque de Jean Douchet, 2006.

La pratique du sabre-laser dans les galaxies très lointaines nous ramène parfois vers des régions de notre planète pour le moins inattendues. Les lames les plus affûtées auront sans doute perçu dans les aventures du fameux mercenaire « Mandalorian » et de son vert compagnon aux longues oreilles quelques éclats de western à la sauce samouraï semblables à ceux qui ébréchaient naguère la tradition du film de sabre japonais. Dans les années 70, en compagnie du « loup solitaire » Ogami Itto et de son « louveteau » Daigoro, on pouvait traverser « Le territoire des démons » comme d’autres aujourd’hui le font de planète en planète. Tel est le cinquième volet de la série Baby Cart, mis en scène comme les trois premiers par l’incomparable Kenji Misumi, ultime coup de grâce avant de passer l’arme à gauche. Lire la suite

Une affaire de famille

Nobody knows

une_affaire_de_famille_3

« Quand tout va bien, on suit son chemin sans trop penser à ceux qui vous accompagnent, mais quand tout va mal, quand on se sent dans une mauvaise voie, surtout quand on est vieux, c’est-à-dire sans foi dans le lendemain, on a besoin de s’appuyer sur ceux qui vous entourent et on est heureux de les trouver près de soi. »

Hector Malot, Sans Famille, 1878

« C’est l’histoire d’une famille, l’histoire d’un homme qui tente d’assumer son rôle de père et, plus encore, le récit initiatique d’un jeune garçon. »

Kore-eda Hirokazu

Être né quelque part pour celui qui y est né est toujours un hasard. Mais qui n’a pas rêvé un jour de pouvoir choisir ses parents ? Cette idée a sans doute traversé plusieurs fois l’esprit du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, lui qui grandit entre mère et sœurs, marqué par le souvenir d’un père régulièrement absent. Devenu cinéaste, il en fait « Une affaire de famille », thème récurrent qui traverse une œuvre reconnue, un fait de société qui devient même le titre d’un film couronné d’une Palme d’Or et gratifié d’un accueil critique très largement élogieux. Lire la suite

The THIRD MURDER

L’aveu

thirdmurder2

« Si blanc que soit ce champ,
si pur que soit un être,
nous agissons toujours comme dans l’obscurité :
à tâtons. Où se trouve la vérité ?
La neige tombe et tourbillonne. »

Livre des Nô, Steinilber-Oberlin et Kuni Matsuo, 1929.

La nuit. Misumi entraîne son patron sur les berges isolées du fleuve Tama, le frappe violemment à la tête avec une clef anglaise jusqu’à ce que mort s’ensuive. Puis, il brûle son corps à même le sol. Sur son visage se dessine la grimace d’un homme en colère. Sur sa joue, une éclaboussure de sang le marque du fer de la récidive. Les preuves sont là, sous nos yeux : « The Third Murder », et c’est la peine capitale que lui promet le réalisateur à la Palme d’Or, Hirokazu Kore-eda. Mais de l’assurance à la circonspection, il est un chemin qu’il nous invite à rebrousser. Lire la suite

MARY et la fleur de la sorcière

Ponoc sur la falaise

mary_1

« Beaucoup de gens penseront que ce n’est pas une étape majeure, mais d’autres y verront une avancée cruciale. Et en voyant ce genre d’histoire, peut-être ceux qui ont du mal à avancer dans leur vie, qui n’ont pas confiance en eux, y gagneront un peu de courage et seront touchés »

Hiromasa Yonebayashi

Le vent se lève, il était temps de partir. Après presque vingt ans de bons et loyaux services au sein de la maison Ghibli, Hiromasa Yonebayashi éprouvait le besoin de prendre son envol. Désormais maître à bord du Studio Ponoc, il décolle la tête de Totoro pour mettre celle de « Mary et la fleur de la sorcière » en guise de logo, histoire de bien marquer son film du sceau de l’émancipation. Lire la suite

Si tu tends l’oreille

Chat blanc avec une oreille noire

si-tu-tends-loreille-1

Kon-chan

De l’océan bleu au-dessus de la montagne,
Jusqu’au beau ciel clair se fondant doucement dans
la lumière, les vents, les arbres, l’eau et la terre,

Repose en paix.

Je ne t’oublierai jamais

23 janvier 1998, Hayao Miyazaki.

Qui pour prendre la suite ? Les candidats à la succession de Miyazaki et de Takahata ne sont pas légions. Le fils prodigue Goro n’aura pas donné satisfaction, même avec son honorable « colline aux coquelicots », et Yonebayashi, promu meilleur espoir en reprenant les projets du sensei (tels « Arrietty » puis le splendide « souvenirs de Marnie »), a aujourd’hui pris la tangente vers le studio Ponoc. Un nom pourtant a longtemps fait l’unanimité des deux figures tutélaires de la maison Ghibli. Aujourd’hui disparu, et même quasi-oublié, on en entend encore l’écho, « Si tu tends l’oreille »… Lire la suite

L’ÎLE aux CHIENS

Loyal canin

ile_aux_chiens_1

Voici les récits que racontent les Chiens quand le feu brûle clair dans l’âtre et que le vent souffle du nord. La famille alors fait cercle autour du feu, les jeunes chiots écoutent sans mot dire et, quand l’histoire est finie, posent maintes questions :
« Qu’est-ce que c’est que l’Homme ? » demandent-ils.

Clifford D. Simak, Demain les chiens, 1952.

Comme dans un haïku, il y a quelque chose d’ineffable dans le cinéma de Wes Anderson. Il est fait de cette même essence poétique, parfois déroutant mais toujours paré d’évidence. Cet univers d’auteur s’impose dès que l’on pose le pied sur « l’île aux chiens », petit bijou d’orfèvrerie japonisant qui se présente comme un conte cynophile à savourer image par image. Lire la suite

Le conte de la PRINCESSE KAGUYA

L’adieu aux larmes

kaguya-1

« La joie de t’avoir connu
Est si vive, si profonde
Qu’elle pénètre tout mon être
Même au jour lointain
Où je ne saurai plus rien
Que vienne même le moment
Où ma vie prendra fin. »

Kazumi Nikaidô, La Mémoire de la Vie, 2013

« Si je fais ça, Paku va me remonter les bretelles, hein ? » Il s’appelait Isao Takahata, mais son compère Miyazaki l’appelait Paku. Il était l’autre Ghibli. C’est un véritable don du ciel qu’il nous a offert en guise d’adieu, un conte de lune et de larmes aux couleurs aquarellées, « le conte de la Princesse Kaguya ». Lire la suite

Le VENT se LEVE

S’il te plaît, dessine-moi un avion…

le-vent-se-leve-01

« Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve. »

Thomas Mann, La montagne magique, 1924.

Dans toute sa carrière, Hayao Miyazaki aura peut-être eu un seul regret, celui de n’avoir jamais porté à l’écran son livre favori : « le Petit Prince ». Cette « histoire d’aviateur écrite par un aviateur » et d’un enfant tombé du ciel dans le désert saharien (là où souffle le « ghibli », ce vent chaud baptisé ainsi par les pilotes italiens durant la Seconde Guerre Mondiale) aurait épousé à merveille la fantaisie de celui qui bâtit des châteaux dans le ciel et chorégraphia les voltiges d’un pilote d’hydravion à tête de cochon. Au crépuscule de sa carrière, il préfère se poser sur le sol de son pays natal, raconter en pointillés une trentaine d’années de la vie de celui qui, faute de pouvoir chevaucher les nuages, dessina des machines volantes destinées à d’autres. Lire la suite

Dans un RECOIN de ce MONDE

Sayonara Hiroshima

recoin_de_ce_monde_1

« Ceci est notre cri.
Ceci est notre prière.
Pour construire la paix dans le monde »

Texte inscrit à la base de la statue hommage à Sadako Sasaki située dans le Parc de la Paix d’Hiroshima.

Tous les 6 août à 8 heure 15, et ce depuis près de soixante-dix ans, la cloche du Parc du Mémorial de la Paix ordonne le silence à Hiroshima. Il aura fallu le temps d’un flash, d’un clignement de paupières, pour que l’équilibre du monde bascule, pour qu’une des plus importantes tragédies humaines se produise. La mémoire de cet instant est aujourd’hui figée dans les restes squelettiques du dôme de Genbaku, tout comme elle est présente dans l’esprit de nombreux Japonais. C’est assurément le cas chez Sunao Katabuchi qui, après un premier voyage à rebrousse-temps dans la ville martyre avec « Mai Mai Miracle », revient rendre un nouvel hommage « Dans un recoin de ce monde ». Lire la suite

CREEPY

La porte à côté

creepy 001

« Les futures victimes s’approchent de la maison et l’homme entre pour voir s’il y a quelqu’un. Au moment où il demande « il n’y a personne ? » un type surgit, l’assomme et referme la porte. Je me suis demandé « qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

Kiyoshi Kurosawa à propos d’une séquence de « Texas Chainsaw Massacre » in  Mon effroyable histoire du cinéma, 2008

Une belle photo de famille envahit l’écran : la femme cramponnée au volant, une ado assise à la place du mort, le mari à l’arrière avec le gros chien, et puis il y a ce type à côté de lui… un oncle ? un ami ? un cousin ? Quoi qu’il en soit, on ne sait pas très bien où ils s’en vont comme ça. Tout bien réfléchi, tout ceci paraît quand même drôlement étrange, pour ne pas dire louche. Encore une de ces intrigues « Creepy » dans lesquelles le réalisateur Kiyoshi Kurosawa est passé maître depuis longtemps. Lire la suite