MOURIR peut ATTENDRE

Jamais plus, jamais

« Non, ce n’est pas de la mélancolie, plutôt une forme de tristesse et énormément d’émotions mêlées. Ce sont quinze années de ma vie ! C’est énorme. Mais je suis ravi qu’on ait fait ce nouveau film, parce qu’il permet de régler tout ce qui était en suspens. Je crois que c’est la bonne façon de prendre congé. Qui sait ce qui va se passer… »

Daniel Craig dans Première n°504, février 2020.

Il fallait bien qu’il s’arrête un jour. Blofeld sous les verrous, le « SPECTRE » exorcisé, Daniel Craig avait décidé de se ranger des DB, de laisser son 007 à quelqu’un d’autre. Sous la pression de la productrice Barbara Broccoli, et la promesse d’un dernier chèque pour garantir ses vieux jours, il s’est laissé finalement convaincre : « Mourir peut attendre » pour le célèbre James Bond, le temps d’une ultime mission qui les rassemble toutes, un produit de synthèse distillé par Cary Joji Fukunaga qui ressemble à un bouquet de fleurs fanées déposé sur le marbre froid d’une tombe qui attend sa dépouille. Lire la suite

FRANCE

La guignole de l’info

« Mon Dieu sauvez-nous de ceux qui sont fins, sauvez-nous de ceux qui savent la vie : mon Dieu sauvez-nous des imbéciles. »

Charles Péguy

« Television, the drug of a nation » : il y a plusieurs décennies de cela, un Disposable Hero nous mettait en garde sur l’usage toxique de cette lucarne ouverte sur le monde. Aujourd’hui les écrans sont partout, les chaînes innombrables, et à la télé se sont ajoutés les réseaux numériques, les alertes, notifications, murs d’informations… Comment ne pas s’y perdre ? C’est précisément ce que tend à démonter « France », dernier(e)-né(e) d’un Bruno Dumont à cran qui fracasse une image pieuse, celle d’une fausse prophétesse du petit écran, émiette son mal-être aux quatre coins de la guerre avant de plonger le tout dans le bain froid de son crincrin et de tous ses z’inhumains. Lire la suite

The GRAND BUDAPEST HOTEL

Un Air de Panache

« On peut se sacrifier pour ses propres idées, mais pas pour la folie des autres. »

Stefan Zweig, La Contrainte, 1927.

Dans la famille très encombrée des Anderson qui occupent le premier plan du cinéma actuel (qui va de P.T. à P.W.S.), Wes est sans doute celui qui possède l’identité visuelle la plus remarquable. « The Grand Budapest Hotel » répond en effet à tous les critères de reconnaissance imposés par sa marque de fabrique : comédie à l’humour très cérébral, goût prononcé pour les décors miniatures et les looks surannés, couleurs criardes, scénario foisonnant trempé dans une loquacité sophistiquée doublé d’un sens très astucieux des mouvements d’appareil. C’est grosso modo autour de ces quelques termes que se définit le petit monde de Wes Anderson. Lire la suite

ROUBAIX, une lumière

Not dark yet

« La Nuit s’acharne au réverbère qui la nie.
Tout s’endort ; seul son feu,
Obstiné comme l’insomnie,
S’attarde, avec son pouls fiévreux,
Ce battement de flamme chaude
Et comme artériel
Qui continuera jusqu’à l’aube. »

Georges Rodenbach, Les réverbères, 1898.

C’est beau une ville la nuit. Même une ville du Nord, frappée par la crise, ravagée par la misère, rongée par la délinquance et empoisonnée par le crime devient espace photogénique, un monde secret qui invite à la découverte. Dans le halo jaunâtre des lampadaires, Arnaud Desplechin mène l’enquête dans « Roubaix, une lumière », quatrième retour à la ville natale puisant bien davantage dans l’égout des crimes dérisoires que dans le doux flacon des souvenirs de la jeunesse. Il y fait le récit d’une humanité qui se morfond dans les bas-fonds, derrière les murs de briques, qui se consume à bas bruit dans les ténèbres de la nuit. Et puis, après une longue agonie, la lumière jaillit. Lire la suite