Le VENT se LEVE

S’il te plaît, dessine-moi un avion…

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« Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve. »

Thomas Mann, La montagne magique, 1924.

Dans toute sa carrière, Hayao Miyazaki aura peut-être eu un seul regret, celui de n’avoir jamais porté à l’écran son livre favori : « le Petit Prince ». Cette « histoire d’aviateur écrite par un aviateur » et d’un enfant tombé du ciel dans le désert saharien (là où souffle le « ghibli », ce vent chaud baptisé ainsi par les pilotes italiens durant la Seconde Guerre Mondiale) aurait épousé à merveille la fantaisie de celui qui bâtit des châteaux dans le ciel et chorégraphia les voltiges d’un pilote d’hydravion à tête de cochon. Au crépuscule de sa carrière, il préfère se poser sur le sol de son pays natal, raconter en pointillés une trentaine d’années de la vie de celui qui, faute de pouvoir chevaucher les nuages, dessina des machines volantes destinées à d’autres. Lire la suite

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Dans un RECOIN de ce MONDE

Sayonara Hiroshima

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« Ceci est notre cri.
Ceci est notre prière.
Pour construire la paix dans le monde »

Texte inscrit à la base de la statue hommage à Sadako Sasaki située dans le Parc de la Paix d’Hiroshima.

Tous les 6 août à 8 heure 15, et ce depuis près de soixante-dix ans, la cloche du Parc du Mémorial de la Paix ordonne le silence à Hiroshima. Il aura fallu le temps d’un flash, d’un clignement de paupières, pour que l’équilibre du monde bascule, pour qu’une des plus importantes tragédies humaines se produise. La mémoire de cet instant est aujourd’hui figée dans les restes squelettiques du dôme de Genbaku, tout comme elle est présente dans l’esprit de nombreux Japonais. C’est assurément le cas chez Sunao Katabuchi qui, après un premier voyage à rebrousse-temps dans la ville martyre avec « Mai Mai Miracle », revient rendre un nouvel hommage « Dans un recoin de ce monde ». Lire la suite

COWBOY Bebop

Dandy cool

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On l’imagine plutôt chevauchant sur les grandes plaines ou à flanc de canyon. Le chapeau vissé sur une chevelure transpirante, il remonterait la rue poussiéreuse d’une ville pionnière, le cliquetis de ses éperons se confondant avec celui du percuteur de son colt à l’entrée du saloon où l’attendent un verre de tord-boyau et quelques autochtones patibulaires accoudés au zinc. Mais ce ne sont que trois vieux schnock qui devisent en Japonais à l’arrivée du « Cowboy Bebop » dessiné et animé par Shin’ichiro Watanabe. Le réalisateur s’est emparé de tous les clichés du Far-West, vieux sage Indien et feux à volonté, pour mieux les propulser sur sa drôle de planète. Lire la suite

GHOST in the SHELL (1995)

Woman machine

Ghost in the Shell 2

« Qui suis-je en réalité ? s’interrogea-t-il. Il regretta un instant de ne pas disposer de son complet brouillé. Puis il se dit, je pourrais continuer d’être un gribouillis, et les passants, les gens de la rue dans leur ensemble, applaudiraient. Et on applaudirait le gribouillis ! songea-t-il en repassant la séquence. Quelle façon d’atteindre le succès ! »

Philip K. Dick, Substance Mort, 1977.

« Un travail renversant de fiction spéculative… Le premier à atteindre un niveau d’excellence littéraire. » avait applaudi un James Cameron conquis. Un « Avatar » plus tard, et tandis que la spielbergienne Dreamworks s’apprête à nous en proposer une version live, jamais le « Ghost in the shell » de Mamoru Oshii sorti des cases d’un Manga (né sous la plume cyber-punk de Masamune Shirow), n’aura autant mérité son statut de « chef d’œuvre visionnaire ». A sa sortie, sa découverte fit l’effet d’un plongeon dans l’inconnu, un lâcher-prise vers une société en mutation, dessinant des volutes philosophiques vertigineuses. Lire la suite