J’ACCUSE

L’honneur d’un capitaine

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« – En tous cas, si ce monsieur Dreyfus est innocent, interrompit la Duchesse, il ne le prouve guère. Quelles lettres idiotes, emphatiques, il écrit de son île ! Je ne sais pas si M. Esterhazy vaut mieux que lui, mais il a un autre chic dans la façon de tourner les phrases, une autre couleur. Cela ne doit pas faire plaisir aux partisans de M. Dreyfus. Quel Malheur pour eux qu’ils ne puissent pas changer d’innocent. »

Marcel Proust, la recherche du temps perdu, tome 3 « le côté de Guermantes », 1920-21.

Cette année, le cinéma n’en finit plus d’agiter l’opinion. Après le problématique « Joker » qui souffle sur les braises du malaise social ambiant, un autre lauréat de la Mostra vénitienne vient secouer le monde médiatique suite à de nouvelles révélations à charge. « J’accuse » clame le titre du film de Roman Polanski, comme une réplique, un pavé jeté dans la mare croupissante de l’antisémitisme latent qui éclabousse notre époque. Depuis, Venise est engloutie sous les eaux, les médias s’indignent, les ligues se déchaînent, le tribunal populaire rend sa justice, et Polanski en prend pour son grade. Mais qui sauvera l’honneur de son magistral réquisitoire ?

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GRÂCE à DIEU

Le servant écarlate

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« On lui amena aussi les petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples, voyant cela, reprenaient ceux qui les amenaient. Et Jésus les appela, et dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »

Luc XVIII, 15-16

Depuis le haut de la colline, elle regarde la ville. La nuit, quand tout le quartier se fond dans le silence et l’obscurité, elle s’illumine, dominatrice et orgueilleuse. Mais aujourd’hui, Notre-Dame de Fourvière est sous les spotlights, et sa lumière fait tâche dans le regard des victimes d’un prêtre pédophile. Alors que Jean-Paul s’est toujours assis sur ces accusations, que Benoît a entamé le mea culpa, François entend faire le ménage, et Ozon se targue d’en faire un film. Il prend au mot son Primat des Gaules et, « Grâce à Dieu » les faits au cinéma ne sont pas encore prescrits. Lire la suite