PEAU d’ÂNE

Comme par enchantement…

« La situation mérite attention. »

La Fée des Lilas.

Il était une fois Jacques Demy. Reconnu aujourd’hui comme un grand créateur, il existe encore bon nombre de cinéphiles allergiques à ses films rose bonbon. C’est pourtant en assimilant l’œuvre de ses modèles revendiqués (Cocteau, Ophuls et les Musicals américains) qu’il élabora un style bien à lui : ses féeries enchanteresses devront se tourner en chanson. Se préférant parolier plus que dialoguiste, Demy a pu compter sur une moitié musicale de premier plan, une « fontaine de musique » qui s’appelait Michel Legrand. Souvent décrié pour ses choix formels et ses mélodies suaves, Jacques Demy parvient à créer un consensus en filmant le conte de Perrault « Peau d’Âne ». Parce qu’il est d’abord réalisé à l’intention d’un public jeune, auprès duquel les parents sont invités à retrouver leur âme d’enfant, Demy réussit à faire accepter ses fameuses mélopées gracieuses, nous invitant à suivre avec attention « les conseils de la fée des Lilas » et les étapes de « la fabrication du cake d’amour ». Lire la suite

Paradis Perdu

Le chant du départ

Fernand Gravey, Micheline Presle

« C’est pendant l’Occupation que j’ai eu mon premier choc cinématographique. Un jour mes parents m’ont emmené voir « Paradis Perdu », un film d’Abel Gance qui avait comme particularité de prendre pour sujet la guerre de 14. C’était un spectacle extraordinaire, je n’ai jamais retrouvé au cinéma une émotion collective comme à l’époque de Paradis perdu, où la salle était composée de femmes et de soldats, de permissionnaires, de gens qui étaient là et qui ne savaient pas combien de temps ils resteraient ensemble. »

François Truffaut, émission Impromptu de Vacances, 25 juin 1965

« Le cœur cherche sans cesse l’écho de sa jeunesse » dit la chanson popularisée par madame Lucienne Delyle et qui donne son titre et sa motivation au film. Ce « Paradis Perdu », c’est celui qui, toute sa vie durant, aura été l’objet de la quête d’Abel Gance, celui dont il nous aura vanté les bienfaits et dont il aura pressenti la fin. Le « grand magicien » du muet, l’homme des fresques napoléoniennes en Polyvision se fend ici d’une bluette mélodramatique sans conséquence qui va, par un étrange concours de circonstances, passer à la postérité. Lire la suite