A BOUT de SOUFFLE

Je vous salue Jean-Luc

« Pour moi, c’est le Bob Dylan du cinéma. »

Quentin Tarantino

Quand on évoque le nom de Jean-Luc Godard, même les béotiens du cinéma ont une idée de qui il s’agit. Pourtant, il va sans dire que ses films n’ont pas déplacé les foules et si trois titres phares trônent aujourd’hui au sommet de sa filmographie (« A bout de souffle », « le Mépris » et « Pierrot le fou »), ils ne représentent que la partie émergée de l’iceberg cinématographique que constitue sa carrière. « Je suis le plus connu des gens oubliés » a-t-il dit un jour. Connu pour avoir été un des ténors de la Nouvelle Vague, cette « bande à part », clique de gratte-papiers sortis des Cahiers qui a chamboulé totalement la manière de voir et de faire du cinéma en France. Le scénariste américain Phil Alden Robinson, à l’occasion de la remise d’un Oscar d’honneur en 2010, déclara que Godard avait « changé la façon d’écrire, de réaliser, de tourner, de monter. Il n’a pas seulement bouleversé les règles, il les a écrasées en voiture avant de repasser dessus en marche arrière pour être sûr qu’elles soient bien mortes. » Peut-on trouver plus belle définition du travail d’un cinéaste entré dans la légende son vivant, considéré de par le monde comme un authentique visionnaire. Réfugié derrière son masque de timidité, nul doute que Jean-Luc Godard accueillait ces louanges avec circonspection, lui qui n’a jamais cessé de penser le cinéma d’abord comme un concept abstrait (« les films on peut les voir, le cinéma on ne peut pas le voir » disait-il  au micro de Laure Adler sur France Culture). « Je ne sais pas écrire, je ne sais pas parler, tout ce que je sais c’est faire des films. Je ne sais rien faire d’autre. » Voici à quoi se résume l’insaisissable Jean-Luc Godard, cinéaste devenu immortel, et puis qui finit par mourir. Lire la suite

Les BONNES FEMMES

L’une chante, les autres pas

« Ce qui est certain, c’est que jusqu’ici les possibilités de la femme ont été étouffées et perdues pour l’humanité et qu’il est grand temps dans son intérêt et dans celui de tous qu’on lui laisse enfin courir toutes ses chances. »

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, tome 2 : l’expérience vécue, 1949.

« Le Beau Serge », « les Cousins » : c’est bien Claude Chabrol qui a déclenché l’onde de choc de la Nouvelle Vague en racontant des histoires de mecs. Avec son fidèle compagnon d’écriture Paul Gégauff, il décide dans son quatrième film d’aller vers « les Bonnes Femmes », histoire de voir si la jeunesse est plus rose vue du côté de la jupe. Il en sort un film d’avant-garde, conspué et incompris en son temps, taxé de misogynie alors que ce sont pourtant bien les hommes qui ici en prennent pour leur grade. Lire la suite

Cléo de 5 à 7

Avec le temps

« Je dirai sans attendre que « Cléo de 5 à 7 » me paraît aussi important qu’ont pu l’être dans l’ordre du roman, « Mrs Dalloway » ou « la promenade au phare », Agnès Varda ou la Virginia Woolf du cinéma moderne. »

Jean-Louis Bory, ombre vive, éd. 10/18, 1973

Vivre, c’est une question de temps. Agnès Varda l’a vite compris, dès son deuxième film, elle joue contre la montre. « Cléo de 5 à 7 » c’est une heure et demie de la vie d’une femme, générique inclus. Le temps y est conté, chapitre après chapitre, il se synchronise à notre montre pour la chronique d’une mort annoncée. Peut-être. Lire la suite

Le PETIT SOLDAT

Ô Karina

le-petit-soldat1

« On finit toujours par ressembler un peu à ses rôles, ou alors ce sont les rôles qui finissent par vous ressembler, ça se peut aussi… »

Anna Karina

Elle a été Valérie, Veronica, Odile, Natacha et bien sûr Anna : maintes fois réincarnée, « toujours mystérieuse » dit Pierrot le Fou. Hanne Karin Bayer, devenue Anna Karina par la volonté de la fée Coco Chanel, s’en est allée, on ne sait où. Rejoindre son père, capitaine au long cours ? Sous le soleil, sous le soleil ? Souhaitons-le-lui. Elle refusa un rôle dans « A bout de souffle », c’était reculer pour mieux sauter, prendre de l’élan pour attraper le bras de Godard qui fut, quelques années durant, son « Petit soldat ». Lire la suite

Les plages d’Agnès

Sans loi ni toi…

les-plages-d-agnes.2

«Je devrais arrêter de parler de moi, et voilà, je dois me préparer à dire au revoir, à partir»

Agnès Varda, Berlin, 2019

« Et pfuitt ! un coup de marée, et tout est parti. » disait Agnès Varda devant une image de « Visages Villages ». Il aura fallu moins de temps encore pour que la mort nous l’enlève, adorable petit bout de femme. Glaneuse d’images emportée vers d’autres rives reines, elle disparaît dans le flou. Elle nous laisse avec sa « Pointe Courte », « Cléo de 5 à 7 », ses patates qui germent et toutes « les plages d’Agnès » que nous pourrons longer, pieds nus, le nez au vent, en pensant à elle, jusqu’à ce que des jours ne reste que l’écume. Lire la suite

Les DEMOISELLES de ROCHEFORT

Ouest Side Stories

les-demoiselles-de-rochefort2

« Un film léger parlant de choses graves vaut mieux qu’un film grave parlant de choses légères. »

Jacques Demy.

A Rochefort, c’est jour de fête. Les forains s’installent sur la place Colbert, l’égayent de festons et de rubans de couleur. Le centre-ville à la rigueur toute militaire s’est même pour l’occasion offert un ravalement de façade, maquillée aux teintes pastelles. Pas de facteur à bicyclette dans les environs mais ça gesticule et ça s’ébroue sous les fenêtres des « Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy. Plus de cinquante années ont passé, mais le temps ne semble pas avoir de prise sur ce moment de bonheur du musical français. Lire la suite

JULES et JIM

Puis on s’est séparés…

jules-et-jim_2

« J’ai séduit beaucoup d’hommes. J’ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n’ai pas eu des amants pour avoir des amants ».

Jeanne Moreau

« Ce qui est merveilleux avec « Jules et Jim », c’est qu’il va tellement vite qu’on peut le revoir plein de fois, on n’arrive jamais à s’en souvenir. » disait récemment le réalisateur Arnaud Despleschin. Rien de plus juste que cette affirmation, immédiatement vérifiable dès que l’on convoque, en vrac, les images du troisième long-métrage de François Truffaut. Lire la suite