COUP de TORCHON

Les jolies colonies de la France

« Quand nous nous sommes trouvés, Bertrand et moi, de chaque côté de la caméra, nous avons su que nous étions bien, l’un et l’autre, sur un plateau. »

Philippe Noiret, L’Express, 1989.

« – En Afrique ! Que j’ai dit moi. Plus que ça sera loin, mieux ça vaudra ! »

Louis-Ferdinand Céline, Le voyage au bout de la nuit, 1952.

Quelle heure est-il docteur Schweitzer ? Il doit pas être loin de six heures, nous entrons dans la forêt vierge. Faudrait être aveugle pour ne pas le voir ! Ici tout marche à l’envers : les crapules pullulent, les innocents crèvent, l’Afrique n’en a vraiment pas fini avec la douleur. Bientôt ce sera encore la guerre, il est grand temps de mettre un bon « coup de torchon », semble se dire Bertrand Tavernier. Et pour ce faire, il peut compter sur son ami Noiret qui se la coule douce aux frais du ministère. Il va bientôt cumuler les mandats : à la fois juge et assassin, investi d’une mission divine. Faut croire que Dieu est tombé sur la tête. Lire la suite

La Vie et rien d’autre

La passion créatrice

« Quand j’avais vingt ans, j’ignorais si je parviendrais à devenir réalisateur mais aimer le cinéma et m’y dévouer corps et âme, je savais que c’était en moi. […] L’amour du cinéma m’a permis de trouver ma place dans l’existence. »

Bertrand Tavernier (1941 – 2021)

Il était né dans la ville des Lumière. Il n’y avait pas meilleur présage pour qu’il devienne cinéaste. Bertrand Tavernier était une institution, un Institut à lui seul, « un temple » dit même Philippe Torreton. Il a connu toutes les époques, il aura croisé les plus grands, incollable sur tous les genres, imbattable sur tous les continents du septième art. Il a voyagé à travers le cinéma français, et échangé avec ses amis américains. Peu à peu, le cinéphile est devenu cinéaste. Empoignant à son tour la caméra, Il a filmé Noiret, Marielle, Rochefort et Galabru, et puis aussi Huppert, Azéma et même Romy, sans oublier Keitel, Dexter Gordon et Tommy Lee Jones. « Il faisait des films car il avait la passion du cinéma » a réagi Jean-Baptiste Thoret. Comme il était la mémoire vive du cinéma, l’annonce de sa disparition fait l’effet d’un coup porté à la tête, elle assomme. On nous annonce que pour Tavernier, c’est « la mort en direct » alors que Bertrand, c’était « la Vie et rien d’autre », c’était le cinéma jusqu’au bout des yeux, c’était la passion créatrice. Lire la suite