Les OISEAUX de PASSAGE (sortie DVD)

Mauvaise herbe

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Depuis que le monde est monde et que l’homme est homme, les rêves traversent le sommeil des âmes endormies. Temps forts revécus, passés ressassés dans l’entonnoir du subconscient, certains y voient des clefs offertes par les défunts pour préparer l’avenir, présages pour qui sait décrypter un langage de signes façonné durant des millénaires. Sorciers (et surtout sorcières) de la tribu des Wayuu qui peuplent la péninsule de Guajira possèdent encore ce don, Ciro Guerra et Cristina Gallego le savent bien, et en cinq chants qui accompagnent « les oiseaux de passage », ils capturent leur complainte dans l’ombre et la lumière de leur caméra… Lire la suite

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SOLO

M le Mocky

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« Quand je serai mort, il est possible qu’on parle plus de moi que de Luc Besson. »

Jean-Pierre Mocky, Pensées, répliques et anecdotes, 2009.

Dernier, ou presque, des ruffians de la Nouvelle Vague, Jean-Paul Adam Mokiejewski dit Jean-Pierre Mocky était sans doute le plus virulent, le plus caustique aussi. Sûrement pas un franc-tireur (« moi je n’ai jamais tué personne ! » disait-il), mais un insoumis assurément, un desperado de première dont on gardera en mémoire les célèbres emportements. Mocky c’était aussi un acteur, sorti du Conservatoire avec Marielle et Bébel, sous la baguette d’un Jouvet qui trouvait qu’il avait une gueule d’aventurier. Mocky c’était aussi évidemment un metteur en scène, qui a côtoyé tout ce qui s’est fait mieux dans le cinéma français. Tandis qu’on se lacrymogène dans les avenues de Paris, Mocky fait sa « grande lessive (!) » avec Bourvil et Francis Blanche. Dans la foulée, il se met en scène dans « Solo » (aucun rapport avec le flibustier de Ron Howard), polar nerveux qu’il réalise au sortir de la chienlit, où il fait le plein de fiel et d’amertume. Lire la suite

Les trente-neuf marches

Fuir et laisser courir

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« La série des James Bond représente nettement une caricature grossière et malhabile de toute l’œuvre hitchcockienne. »

François Truffaut dans la préface de Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, Robert Laffont, 1966.

En Ecosse, il y a des montagnes, des landes et des moutons, un peu comme « en Suisse, ils ont les lacs et le chocolat » disait Alfred Hitchcock. Certains auront peut-être en mémoire la DB5 garée au bord de la rivière Etive et James Bond en contemplation du Glen qui le mène sur la route de « Skyfall ». En rentrant au bercail, il marche sans le savoir dans les pas d’un autre fugitif qui, sous plusieurs aspects, peut être considéré comme son inspirateur. Cet homme aux abois se nomme Richard Hannay, et il se débat comme un diable pour dire toute la vérité sur « Les Trente-neuf Marches ».

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Les OISEAUX de PASSAGE

Mauvaise herbe

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« Neruda s’endormit à l’instant et se réveilla dix minutes plus tard, comme les enfants, au moment où nous nous y attendions le moins. Il apparut dans le salon, en pleine forme, le monogramme de l’oreiller imprimé sur sa joue.
« J’ai rêvé de cette femme qui rêve », dit il. »

Gabriel Garcia Marquez, Me alquilo para soñar in Douze contes vagabonds, mars 1980.

« Faire du cinéma est une aventure. Le voir devrait l’être aussi. »

Ciro Guerra

Depuis que le monde est monde et que l’homme est homme, les rêves traversent le sommeil des âmes endormies. Temps forts revécus, passés ressassés dans l’entonnoir du subconscient, certains y voient des clefs offertes par les défunts pour préparer l’avenir, présages pour qui sait décrypter un langage de signes façonné durant des millénaires. Sorciers (et surtout sorcières) de la tribu des Wayuu qui peuplent la péninsule de Guajira possèdent encore ce don, Ciro Guerra et Cristina Gallego le savent bien, et en cinq chants qui accompagnent « les oiseaux de passage », ils capturent leur complainte dans l’ombre et la lumière de leur caméra. Lire la suite

MANHUNTER

La part des ténèbres

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« Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois et dans quelque poste de l’intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s’agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l’homme sauvage. Il n’y a pas non plus d’initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l’incompréhensible, et cela est détestable. En outre, il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l’abominable. »

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, 1899.

« You live with me, don’t you ? »

Miami Vice, Shadow in the Dark, Saison 3, épisode 6, 1986.

Il n’y a pas de plus grande solitude que celle du tigre dans la jungle. Peut-être… qu’en suivant le Bushido de Jean-Pierre Melville, Michael Mann s’est trouvé le goût de la traque des grands fauves, une fascination pour ces redoutables tueurs au souffle chaud, soyeux et sanguinaires, effrayants et captivants. Dans la mathématique de « Manhunter », la proie et le chasseur ne font plus qu’un. Et si le cinéaste part à la chasse, ici la proie est le chasseur.

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Sale temps à l’hôtel El Royale

Incidents de frontière

BAD TIMES AT THE EL ROYAL

« J’entendis la cloche de la Mission
Et je pensai au fond de moi,
« C’est le paradis ou l’enfer »
Elle alluma alors une chandelle et me guida
Je perçus des voix au fond du couloir, il me semblait qu’elles disaient…»

The Eagles, Hotel California, 1977

Bienvenue à l’Hôtel El Royale ! Idéalement situé à la lisière du Nevada et de la Californie, partagé entre le chaud soleil de la côte Ouest et l’espoir d’une aventure à l’Est, ce charmant lieu à la décoration vintage et au confort sixties vous accueille pour un séjour de quelques heures en compagnie d’une poignée de clients de passage. Boissons et en-cas sont en libre-service dans le hall de l’établissement, ainsi que le juke-box dernier cri entièrement automatique qui vous permettra d’ambiancer les lieux selon votre humeur du moment. Vous trouverez toujours de la place à l’hôtel El Royale, « such a lovely place » dirait la bande à Glenn Frey, le réalisateur Drew Goddard s’en est assuré. Mais plus le temps passe, plus les nuages s’amoncellent et nous préparent un « sale temps à l’Hôtel El Royale », comme on en a peu vus récemment en salles.

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PULP FICTION

Cool and the gang

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« Pour être elle-même, autrement dit s’ajuster à la construction qu’elle s’est faite, correspondre à l’image qu’elle s’est édifiée, l’Amérique doit s’afficher cool. Or ce qui est cool, c’est d’abord ceux qui paraissent l’être ; de sorte que le cool s’accorde au pluriel. »

Jean-Marie Durand, Le cool dans nos veines, Robert Laffont, 2015

« Tu débarques de nulle part, tu fais des tas de trucs très cool, et tu disparais en emportant le film avec toi. »

Quentin Tarantino à Harvey Keitel sur le tournage de Pulp Fiction.

En 1994, Cannes était sous le choc. Entre acclamations et invectives, Quentin Tarantino recevait des mains du révérend Eastwood la Palme d’Or pour « Pulp Fiction », un fan-film fondu de cinéma de genre, gras et replet comme un burger Big Kahuna, qui sent le milkshake, l’hémoglobine et la cuvette des WC. Epicentre d’un séisme esthétique et culturel, le Palais des Festival adoubait ce soir-là la « partie molle » du septième art, jusqu’alors méprisée par certains, honnie par d’autres, négligée tout au mieux. Shooté à la Blaxploitation, au Film couleur café Noir et au Western sauce Spaghetti, avec ce film dans lequel Buddy Holly prend les commandes et Bava devient le nom d’une drogue dure, Tarantino affirme, non sans une certaine fierté, voire une pointe d’arrogance, que le carnaval du bis a pris le pouvoir, et Viva le cinéma ! Lire la suite