NIGHTMARE ALLEY

Esprit, es-tu là ?

« Telling lies (oh, I’m visionary, oh, I’m visionary)
I’m telling lies (feels like something’s gonna happen this year) »

David Bowie, Telling lies in « Earthling », 1997.

Dans une bouteille de cristal, ou peut-être lors d’un crise de délire, le dipsomane W. L. Gresham l’a vu. Il a vu le bonimenteur, le corrupteur, « le Charlatan ». Une ombre sombre est apparue au fond de la ruelle du cauchemar, elle a depuis recouvert l’Amérique, l’a emportée par les urnes. Edmund Goulding fut le premier à mettre en images cette prophétie. Mais peu de gens à l’époque ont voulu la croire. Guillermo del Toro fait la même en couleur, dans un style à la mesure de son prestige, celui du grand moissonneur d’Oscar qu’il fut avec « la Forme de l’eau ». « Nightmare Alley » est un vieux projet qu’il met enfin en scène, très imbibé de son modèle mais, à bien des égards, hanté par les démons d’aujourd’hui. Lire la suite

BONE TOMAHAWK

Du sang dans la plaine

« Bettinger avala une cuillerée de soupe.
– Ouais.
– Vous mangez épicé ?
– ça me maintient éveillé.
– J’y ai mangé une fois. C’était très bon, mais mon trou de balle m’a dit « jamais plus ». »

S. Craig Zahler, Exécutions à Victory, 2014

Quand on erre dans le désert, depuis trop longtemps, on finit par se retrouver le ventre creux. Pas un animal à portée de Winchester, pas le moindre gibier de potence à se mettre sous la dent. Seul veille le chant des tribus ancestrales porté par le vent, celles qui peuplaient jadis cette terre avant d’être effacées par la civilisation. A moins qu’il ne s’agisse d’un cri de ralliement, celui d’un prédateur vorace qui s’apprête à passer à table. La caméra dans une main, le « Bone Tomahawk » dans l’autre, c’est S. Craig Zahler qui régale. Dans la Vallée des Affamés, le repas est servi. Lire la suite