Le DERNIER DUEL

Balance ton heaume

« 1. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » Dieu a voulu l’espèce humaine bisexuée et l’union de ces deux sexes.
2. Mais il a créé ces sexes inégaux : « Il faut que je lui fasse une aide (adjuditorium) qui lui ressemble (simili sibi).  » L’homme a précédé ; il conserve la préséance. Lui-même est image de Dieu. De cette image, la femme n’est qu’un reflet, second. « Chair de la chair d’Adam », le corps d’Eve fut formé latéralement. Ce qui le place en position mineure. »

Règlement matrimonial médiéval in Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre, 1981.

Ils sont peu, aujourd’hui, les grands cinéastes à oser s’aventurer dans les grandes heures de l’Histoire. S’il en est un qui, depuis son premier film, s’en est fait une spécialité, c’est bien Sir Ridley Scott. Cinéaste pointilleux, adepte des grandes fresques comme naguère l’était le pionnier De Mille, il n’a fait l’impasse sur aucune période, tournant sa caméra vers le passé autant que vers l’avenir. Après avoir conté le temps de croyants du « Kingdom of Heaven », puis narré la légende du brigand de Locksley dans « Robin Hood », le voici de retour au temps où la France revêtait « son blanc manteau de cathédrales », à la faveur d’un « Dernier Duel » qui opposa deux preux sous l’œil du roi, et d’une gente dame qui réclamait que l’on lave son honneur faute de pouvoir elle-même le défendre à armes égales. Lire la suite

BLADE RUNNER

Mors certa, vita incerta

« Qui est parvenu ne serait-ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d’autre sur terre que Voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n’y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. »

Friedrich Nietzsche, « le Voyageur », extrait de Humain, trop humain, Chapitre IX, 1878.

 A owl in the daylight. C’est ainsi qu’aurait dû se nommer l’ultime roman de Philip K. Dick si la mort ne l’avait pas emporté le 2 mars 1982 dans sa cinquante-quatrième année. D’un battement d’ailes vigoureux, le psychopompe volatile traverse l’écran de « Blade Runner », film majeur de Ridley Scott dont l’écrivain n’eut le temps d’apercevoir que quelques extraits. « Si seulement tu avais pu voir les choses que j’ai vues avec tes yeux » dit l’androïde Roy Batty à l’un de ses créateurs. Des choses merveilleuses en vérité, titanesques et effrayantes, un futur vertigineux et visionnaire, tant de choses à voir dans ce film qui ne souffre de toute évidence d’aucune obsolescence programmée. Lire la suite

Les DUELLISTES

Guerre et épées

« Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! »

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte V, scène 6, 1897.

Jeux de mains, jeux de vilains… dit-on. En effet, l’aristocrate au pugilat préfère de très loin l’élégance de l’épée lorsqu’il s’agit de laver un affront. Cela vaudra quelques beaux paragraphes de littérature, et de savoureuses séquences filmées lors desquelles ces messieurs ferraillent à qui mieux mieux. Ridley Scott n’avait semble-t-il aucun compte à régler lorsqu’il s’est emparé du « Duel » de Joseph Conrad pour en faire ses « Duellistes ». Le fait est qu’il transforme ce coup d’essai en véritable coup de maître, par son sens éblouissant de la lumière et de la mise en costume. Lire la suite

BLADE RUNNER 2049

Total Recall

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« Si les androïdes étaient restés inférieurs, comme les anciens Q-40 fabriqués par Derrain & Cie, il n’y aurait aucun problème et on se passerait de mes talents. »

Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, 1968.

« C’est Dick qu’on assassine ! » Le coup de gueule Métal Hurlant poussé par Philippe Manœuvre à la sortie du « Blade Runner » de Ridley Scott venait du cœur du fan de l’auteur. Peu à peu, la trahison s’est muée en indifférence polie avant de susciter un intérêt croissant allant jusqu’à devenir culte pour certains. Depuis, l’écho  de cette indignation s’est perdue dans le vaste temple des adorateurs de SF. Le film de Ridley Scott compte désormais davantage d’admirateurs transis que de contempteurs bougons au point de faire oublier le four dans lequel la Warner se fourvoya à l’époque, au point d’en fomenter une séquelle que d’aucuns espèrent sans doute plus lucrative. Le Canadien Denis Villeneuve sera alors celui qui, sous le haut parrainage de Ridley Scott et hors des diktats d’Hollywood, reprendra la chasse aux Réplicants en devenant l’artisan de « Blade Runner 2049 ». Le temps est venu de voir et de savoir de quel métal est forgée cette suite tardive. En d’autres termes, comme le dirait un Nexus-6 en fin de vie à l’adresse de son poursuivant : « Show me what you are made of ». Lire la suite

PROMETHEUS

Alien zéro

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« Je crains donc de paraître avoir agi comme votre Prométhée, qui a confondu les deux sexes, et qu’on ne m’accuse d’un semblable méfait ; ou bien d’avoir trompé mes auditeurs, en leur servant des os cachés dans de la graisse, c’est-à-dire des plaisanteries comiques dissimulées sous la gravité d’un philosophe. »

Lucien de Samosate, A un homme qui lui avait dit tu es un Prométhée dans tes discours, IIème s. après JC

Il est des monstres que l’on aurait dû laisser dormir au fond du cosmos. « Il ne s’agit ni de les étudier, ni de les ramener ? Mais bien de les éliminer ? » s’était pourtant assurée Ellen Ripley auprès de cette couarde vérole de Burke, l’avoué de la Weyland-Yutani, persuadée de faire avec James Cameron le dernier voyage vers les ignobles « Aliens ». Le succès ayant la fâcheuse tendance à faire des petits, s’ensuivront donc une tripotée d’avatars plus calamiteux les uns que les autres, jusqu’à ce que le pionnier Ridley Scott reprenne les commandes à bord du « Prometheus », afin de retrouver l’ADN  perdu de son premier film. Lire la suite

ALIEN : COVENANT

Il va y avoir des spores

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« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

Percy Bysshe Shelley, 1817

S’il y a bien quelque chose qui tracasse Ridley Scott, c’est de ne pas savoir pourquoi il est là. « Qui nous a créés, et pourquoi ? » s’interroge-t-il tout haut face à la presse et à une horde de fans qui attendent la bave aux lèvres d’en savoir plus sur le contenu de son « Alien : Covenant ». Après les promesses non tenues de « Prométheus », voici que déboule dans le ciel obscur d’un cosmos toujours aussi hostile, ce nouveau véhicule destiné peut-être à répondre à ses questions, en nous embarquant toujours plus près de (toi mon dieu…) nos (notre ?) créateurs. « Nous avons besoin de ta foi » dit l’une des membres de l’équipage à son commandant déboussolé, un peu à l’image d’un réalisateur dépassé par sa créature. Car c’est plutôt d’elle qu’il s’approche, celle qui a tant fait couler d’encre depuis son irruption sur les écrans dans le dernier quart du siècle précédent.

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