BLADE RUNNER 2049

Total Recall

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« Si les androïdes étaient restés inférieurs, comme les anciens Q-40 fabriqués par Derrain & Cie, il n’y aurait aucun problème et on se passerait de mes talents. »

Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, 1968.

« C’est Dick qu’on assassine ! » Le coup de gueule Métal Hurlant poussé par Philippe Manœuvre à la sortie du « Blade Runner » de Ridley Scott venait du cœur du fan de l’auteur. Peu à peu, la trahison s’est muée en indifférence polie avant de susciter un intérêt croissant allant jusqu’à devenir culte pour certains. Depuis, l’écho  de cette indignation s’est perdue dans le vaste temple des adorateurs de SF. Le film de Ridley Scott compte désormais davantage d’admirateurs transis que de contempteurs bougons au point de faire oublier le four dans lequel la Warner se fourvoya à l’époque, au point d’en fomenter une séquelle que d’aucuns espèrent sans doute plus lucrative. Le Canadien Denis Villeneuve sera alors celui qui, sous le haut parrainage de Ridley Scott et hors des diktats d’Hollywood, reprendra la chasse aux Réplicants en devenant l’artisan de « Blade Runner 2049 ». Le temps est venu de voir et de savoir de quel métal est forgée cette suite tardive. En d’autres termes, comme le dirait un Nexus-6 en fin de vie à l’adresse de son poursuivant : « Show me what you are made of ». Lire la suite

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VALERIAN et la Cité des milles planètes

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« Inracontables sont les histoires de mondes parfois morts depuis des milliers de siècles… Car là où des êtres vivants ont survécu et se sont développés, partout et toujours ils se sont tournés vers le ciel immense pour le parcourir… »

Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, L’ambassadeur des ombres, Valérian et Laureline Tome 6, page 3, 1975.

En 1969, Luc Besson avait dix ans. Au soleil de la Méditerranée, entre deux apnées dans l’Adriatique, il se plonge dans le magazine Pilote et s’immerge aux confins du cosmos pour suivre les aventures futuristes d’un nouveau héros imaginé par le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. « Ground control to Major Tom » crache le transistor grésillant posé sur les rochers, mais lui n’a d’yeux que pour cet Agent de la SST qui déjoue les pièges tendus par de vils extraterrestres et fait régner la loi de l’humanité dans l’espace et le temps. Dans un petit coin de son imaginaire germe soudain l’idée que ça ferait peut-être un chouette film plein de couleurs, et qu’il pourrait appeler ça « Valérian et la Cité aux milles planètes ». Lire la suite

PROMETHEUS

Alien zéro

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« Je crains donc de paraître avoir agi comme votre Prométhée, qui a confondu les deux sexes, et qu’on ne m’accuse d’un semblable méfait ; ou bien d’avoir trompé mes auditeurs, en leur servant des os cachés dans de la graisse, c’est-à-dire des plaisanteries comiques dissimulées sous la gravité d’un philosophe. »

Lucien de Samosate, A un homme qui lui avait dit tu es un Prométhée dans tes discours, IIème s. après JC

Il est des monstres que l’on aurait dû laisser dormir au fond du cosmos. « Il ne s’agit ni de les étudier, ni de les ramener ? Mais bien de les éliminer ? » s’était pourtant assurée Ellen Ripley auprès de cette couarde vérole de Burke, l’avoué de la Weyland-Yutani, persuadée de faire avec James Cameron le dernier voyage vers les ignobles « Aliens ». Le succès ayant la fâcheuse tendance à faire des petits, s’ensuivront donc une tripotée d’avatars plus calamiteux les uns que les autres, jusqu’à ce que le pionnier Ridley Scott reprenne les commandes à bord du « Prometheus », afin de retrouver l’ADN  perdu de son premier film. Lire la suite

ALIEN : COVENANT

Il va y avoir des spores

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« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

Percy Bysshe Shelley, 1817

S’il y a bien quelque chose qui tracasse Ridley Scott, c’est de ne pas savoir pourquoi il est là. « Qui nous a créés, et pourquoi ? » s’interroge-t-il tout haut face à la presse et à une horde de fans qui attendent la bave aux lèvres d’en savoir plus sur le contenu de son « Alien : Covenant ». Après les promesses non tenues de « Prométheus », voici que déboule dans le ciel obscur d’un cosmos toujours aussi hostile, ce nouveau véhicule destiné peut-être à répondre à ses questions, en nous embarquant toujours plus près de (toi mon dieu…) nos (notre ?) créateurs. « Nous avons besoin de ta foi » dit l’une des membres de l’équipage à son commandant déboussolé, un peu à l’image d’un réalisateur dépassé par sa créature. Car c’est plutôt d’elle qu’il s’approche, celle qui a tant fait couler d’encre depuis son irruption sur les écrans dans le dernier quart du siècle précédent. Lire la suite

COWBOY Bebop

Dandy cool

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On l’imagine plutôt chevauchant sur les grandes plaines ou à flanc de canyon. Le chapeau vissé sur une chevelure transpirante, il remonterait la rue poussiéreuse d’une ville pionnière, le cliquetis de ses éperons se confondant avec celui du percuteur de son colt à l’entrée du saloon où l’attendent un verre de tord-boyau et quelques autochtones patibulaires accoudés au zinc. Mais ce ne sont que trois vieux schnock qui devisent en Japonais à l’arrivée du « Cowboy Bebop » dessiné et animé par Shin’ichiro Watanabe. Le réalisateur s’est emparé de tous les clichés du Far-West, vieux sage Indien et feux à volonté, pour mieux les propulser sur sa drôle de planète. Lire la suite

GHOST in the SHELL (2017)

Lost in science-fiction

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« L’intelligence c’est la liberté intérieure. »

Stanislav Lem, Le congrès de futurologie, 1971

Scarlett Johansson doit être une écorchée vive. Après s’être livrée « Under the skin » à une fascinante réflexion sur l’altérité menée par Jonathan Glazer, s’être suspendue en « Her » à la corde vocale synthétique du splendide film de Spike Jonze, elle accepte de devenir le pantin de la section 9 pour la version live de « Ghost in the Shell » signée Rupert Sanders. Lire la suite

GHOST in the SHELL (1995)

Woman machine

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« Qui suis-je en réalité ? s’interrogea-t-il. Il regretta un instant de ne pas disposer de son complet brouillé. Puis il se dit, je pourrais continuer d’être un gribouillis, et les passants, les gens de la rue dans leur ensemble, applaudiraient. Et on applaudirait le gribouillis ! songea-t-il en repassant la séquence. Quelle façon d’atteindre le succès ! »

Philip K. Dick, Substance Mort, 1977.

« Un travail renversant de fiction spéculative… Le premier à atteindre un niveau d’excellence littéraire. » avait applaudi un James Cameron conquis. Un « Avatar » plus tard, et tandis que la spielbergienne Dreamworks s’apprête à nous en proposer une version live, jamais le « Ghost in the shell » de Mamoru Oshii sorti des cases d’un Manga (né sous la plume cyber-punk de Masamune Shirow), n’aura autant mérité son statut de « chef d’œuvre visionnaire ». A sa sortie, sa découverte fit l’effet d’un plongeon dans l’inconnu, un lâcher-prise vers une société en mutation, dessinant des volutes philosophiques vertigineuses. Lire la suite