ALIEN : COVENANT

Il va y avoir des spores

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« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

Percy Bysshe Shelley, 1817

S’il y a bien quelque chose qui tracasse Ridley Scott, c’est de ne pas savoir pourquoi il est là. « Qui nous a créés, et pourquoi ? » s’interroge-t-il tout haut face à la presse et à une horde de fans qui attendent la bave aux lèvres d’en savoir plus sur le contenu de son « Alien : Covenant ». Après les promesses non tenues de « Prométheus », voici que déboule dans le ciel obscur d’un cosmos toujours aussi hostile, ce nouveau véhicule destiné peut-être à répondre à ses questions, en nous embarquant toujours plus près de (toi mon dieu…) nos (notre ?) créateurs. « Nous avons besoin de ta foi » dit l’une des membres de l’équipage à son commandant déboussolé, un peu à l’image d’un réalisateur dépassé par sa créature. Car c’est plutôt d’elle qu’il s’approche, celle qui a tant fait couler d’encre depuis son irruption sur les écrans dans le dernier quart du siècle précédent. Lire la suite

COWBOY Bebop

Dandy cool

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On l’imagine plutôt chevauchant sur les grandes plaines ou à flanc de canyon. Le chapeau vissé sur une chevelure transpirante, il remonterait la rue poussiéreuse d’une ville pionnière, le cliquetis de ses éperons se confondant avec celui du percuteur de son colt à l’entrée du saloon où l’attendent un verre de tord-boyau et quelques autochtones patibulaires accoudés au zinc. Mais ce ne sont que trois vieux schnock qui devisent en Japonais à l’arrivée du « Cowboy Bebop » dessiné et animé par Shin’ichiro Watanabe. Le réalisateur s’est emparé de tous les clichés du Far-West, vieux sage Indien et feux à volonté, pour mieux les propulser sur sa drôle de planète. Lire la suite

GHOST in the SHELL (2017)

Lost in science-fiction

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« L’intelligence c’est la liberté intérieure. »

Stanislav Lem, Le congrès de futurologie, 1971

Scarlett Johansson doit être une écorchée vive. Après s’être livrée « Under the skin » à une fascinante réflexion sur l’altérité menée par Jonathan Glazer, s’être suspendue en « Her » à la corde vocale synthétique du splendide film de Spike Jonze, elle accepte de devenir le pantin de la section 9 pour la version live de « Ghost in the Shell » signée Rupert Sanders. Lire la suite

GHOST in the SHELL (1995)

Woman machine

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« Qui suis-je en réalité ? s’interrogea-t-il. Il regretta un instant de ne pas disposer de son complet brouillé. Puis il se dit, je pourrais continuer d’être un gribouillis, et les passants, les gens de la rue dans leur ensemble, applaudiraient. Et on applaudirait le gribouillis ! songea-t-il en repassant la séquence. Quelle façon d’atteindre le succès ! »

Philip K. Dick, Substance Mort, 1977.

« Un travail renversant de fiction spéculative… Le premier à atteindre un niveau d’excellence littéraire. » avait applaudi un James Cameron conquis. Un « Avatar » plus tard, et tandis que la spielbergienne Dreamworks s’apprête à nous en proposer une version live, jamais le « Ghost in the shell » de Mamoru Oshii sorti des cases d’un Manga (né sous la plume cyber-punk de Masamune Shirow), n’aura autant mérité son statut de « chef d’œuvre visionnaire ». A sa sortie, sa découverte fit l’effet d’un plongeon dans l’inconnu, un lâcher-prise vers une société en mutation, dessinant des volutes philosophiques vertigineuses. Lire la suite

MIDNIGHT SPECIAL

Vers les lueurs

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« Let the Midnight Special shine her light on me,
Let the Midnight Special shine her ever-loving light on me. »
blues traditionnel

« Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. » disait Truffaut dans « la nuit américaine ». Jeff Nichols nous invite à monter à bord du sien, alors que son « Midnight Special » entre en gare. Lire la suite

ROGUE ONE : A Star Wars Story

 

Jedi, nous voilà

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En se déclarant garante du fond George Lucas, en faisant siens ses plans de conquête d’une galaxie lointaine, très lointaine, la maison Disney s’était donc engagée à entretenir la flamme de la vénération, à garantir la pérennité des traditionnelles processions annuelles à l’entrée des salles de cinéma. En marge de la fuite en avant entreprise par J.J. Abrams dans « le Réveil de la Force », il convenait de densifier l’œuvre originale en investissant ses zones d’ombres, en développant des ellipses jusqu’ici expédiées en quelques lignes sur le tapis résumé qu’on déroule traditionnellement à l’entrée de chaque épisode. « Des espions rebelles ont réussi à voler les plans secrets de l’arme ultime de l’Empire, l’Etoile de la mort, une station spatiale blindée avec assez d’énergie pour détruire une planète entière. » Il aura donc suffi d’une ligne de background de « la Guerre des Etoiles » (devenu dès 1981 « Un Nouvel Espoir » sur injonction de maître Lucas) pour rouvrir le grand livre de la saga et imaginer les aventures d’un commando baptisé « Rogue One ». Lire la suite

UNDER THE SKIN

 

Star woman

under the skin

Scarlett Johansson est une actrice majeure. Sa carrière est depuis bien longtemps placée sur l’orbite des plus grandes stars de cinéma : à la fois grande interprète capable de jouer dans à peu près tous les films, à la fois sex-symbol qui affole les paparazzis et fait reluire le papier glacé. « Toujours plus inhumaine, loin des hommes et près de Dieu, à la fois éthérée et hyper-incarnée, elle est devenue le fantasme contemporain ultime, la “chose” la plus fascinante qu’on puisse voir (ou entendre) aujourd’hui dans une salle de cinéma. » écrit même Jacky Goldberg dans les Inrocks. Maintenant qu’elle a porté son image à son firmament, il lui fallait la déconstruire, la malmener, la triturer, la déformer voire, la soustraire. Tandis que la Marvel et Luc Besson continuent conjointement d’articuler en tous sens et en pure perte sa plastique marionnette, elle fait le choix de léguer son corps à deux inventeurs de formes, deux orfèvres du vidéo-clip, futuristes à leur manière, fossoyeurs à l’occasion. Le premier, Spike Jonze, ne retiendra d’elle que la voix, émanation sensible et vibrante de l’actrice qui la rendait si incroyablement présente dans « Her ». Au britannique Jonathan Glazer, elle confie son corps afin qu’il aille vérifier « under the skin » qu’il ne reste rien d’elle après son passage. Lire la suite