MORT à VENISE

Dernier soupir

« Je veux tout affronter avec passion, car il faut toujours brûler de passion quand on affronte quelque chose. C’est pour ça que nous sommes ici-bas. Pour brûler jusqu’à ce que la mort, le dernier acte de la vie, vienne compléter cette œuvre et nous transformer en cendres. »

Luchino Visconti

Luchino Gastel, neveu et filleul de Visconti, se souvient du cérémonial qui présida aux derniers instants du réalisateur. Il raconte que, sur son lit de mort, alors qu’il sentait ses dernières forces l’abandonner, celui-ci demanda à entendre la troisième symphonie de Brahms, œuvre qu’il aimait par-dessus tout. Ainsi la beauté et la grâce accompagnèrent son entrée dans l’au-delà. Luchino Visconti n’est donc pas « Mort à Venise », sur une plage, comme dans le texte de Thomas Mann qu’il a brillamment adapté mais, jusqu’à son dernier souffle, il aura mis en scène sa vie, aussi magnifiquement qu’il avait su mettre scène ce roman. Lire la suite

DUNE (1984)

Prophétique Jihad

« — Ta religion peut-elle donc être réelle quand elle ne te coûte rien et ne comporte aucun risque ? Est-elle réelle dès lors que tu t’engraisses sur elle ? Est-elle réelle alors que tu commets des atrocités en son nom ? D’où vient que vous ayez dégénéré depuis la révélation originale ? Réponds-moi, Prêtre ! »

Frank Herbert, Les enfants de Dune, 1976.

Dans le passionnant documentaire de Frank Pavich « Jodorowsky’s Dune », l’artiste franco-chilien revenait sur ce moment où, pour faire son deuil, il s’était résolu à aller voir en salle le film réalisé par David Lynch, et contempler ce qui aurait dû être sien. Il évoque d’abord son dégoût de voir son inspiration galvaudée par un autre, puis sa crainte de se voir surpassé par un jeune cinéaste doué, et enfin son sourire et son soulagement à mesure que les scènes se succédaient à l’écran. « C’était horrible ! » lâche-t-il à demi-hilare. « Dune » de David Lynch ne serait donc pas ce chef d’œuvre SF qui devait chambouler l’ordonnancement de l’univers. Ce qui est plus surprenant, c’est que ce jugement lapidaire et définitif, le réalisateur du film n’est pas loin de le partager également. « Je considère ce film comme un échec tragique » peut-on lire dans un hors-série des Inrocks. Et c’est peu dire que la presse lui emboîtera le pas, invitant la plupart des spectateurs à passer au large de cette « adaptation éléphantesque ». Lire la suite