SHOCK CORRIDOR

La tête contre les murs

« Un reporter n’est pas un dieu ! Il n’est même pas un magnétophone enregistreur, ni un appareil photo. Même une photo peut mentir. Il s’agit de questionner une ombre car le meurtrier est caché dans l’ombre. Il n’existe pas de photo d’un meurtrier : elle est toute noire. »

Samuel Fuller in « La machine à écrire, le fusil et le cinéaste » de Adam Simon, 1996.

Samuel Fuller est un cinéaste qui a toujours été en quête de vérité. Il est allé la chercher dans les poubelles, en tant que reporter des bas-fonds de New York et de San Diego. Il est allé la traquer sur les champs de bataille, au plus près de la mort, dans le sang versé sur les plages de Normandie, de Sicile et d’ailleurs. Il est allé l’apporter à Hollywood, au pays du mensonge, où il en a badigeonné ses films les plus noirs. Il en a tâté la chair avant de comprendre qu’il vivait dans un pays de cinglés, dans la rue sans issue qui s’arrête au « Shock Corridor ». Son film parle de cette quête obsessionnelle, de son pays schizophrène et des idées noires qui s’habillent de blanc. Lire la suite

La SPLENDEUR des AMBERSON

La maison dans l’ombre

« L’autre jour, je revoyais un extrait de « La Splendeur des Amberson » que j’aime bien car je voulais revoir une actrice, Agnès Moorehead, qui venait du Mercury Theatre ; je voulais réécouter le son de sa crise de larmes. Ce sont des pièces historiques ces morceaux de cinéma, c’est de l’archéologie. Comme un musée imaginaire dans lequel on déambule. Parfois, on conserve certaines images, certaines émotions et en revoyant le film c’est moins fort ; là, c’était vraiment aussi fort que dans mon souvenir. »

Jean-Luc Godard in La Septième Obsession n°28, mai-juin 2020.

Dans le champ de ruines abandonnées dans le sillage de la tumultueuse Histoire du cinéma, on trouve ça et là quelques fabuleux monuments qui rayonnent encore d’une aura magnifique. Du haut de son promontoire de reconnaissance, règne sans partage « Citizen Kane » sur l’œuvre d’Orson Welles, ne laissant que bien trop faiblement entrevoir dans son prolongement immédiat « la Splendeur des Amberson ». Ce film tourné immédiatement après, fut mutilé à la table de montage, ravagé dans sa durée, jusqu’à être défiguré par la volonté des studios qui exigèrent une autre fin, mais il conserve néanmoins l’élégance grave des plus beaux films d’Orson Welles, éminemment viscontien avant l’heure. Lire la suite