MANHUNTER

La part des ténèbres

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« Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois et dans quelque poste de l’intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s’agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l’homme sauvage. Il n’y a pas non plus d’initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l’incompréhensible, et cela est détestable. En outre, il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l’abominable. »

Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, 1899.

« You live with me, don’t you ? »

Miami Vice, Shadow in the Dark, Saison 3, épisode 6, 1986.

Il n’y a pas de plus grande solitude que celle du tigre dans la jungle. Peut-être… qu’en suivant le Bushido de Jean-Pierre Melville, Michael Mann s’est trouvé le goût de la traque des grands fauves, une fascination pour ces redoutables tueurs au souffle chaud, soyeux et sanguinaires, effrayants et captivants. Dans la mathématique de « Manhunter », la proie et le chasseur ne font plus qu’un. Et si le cinéaste part à la chasse, ici la proie est le chasseur.

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Halloween (2018)

Voici le temps de l’assassin

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– On est au cœur du Mal, mon commandant.
– On n’est pas là pour philosopher, Carpentier !

Bruno Dumont, P’tit Quinquin, 2014

Chaque année, à la même époque, lorsque les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que les yeux des citrouilles s’allument au perron des chaumières, on ressort les mêmes épouvantails. Parmi ceux-ci, l’assassin masqué d’« Halloween » enfanté par John Carpenter s’impose comme la figure primordiale, dont le masque cryptique et livide est, au fil du temps, devenu objet d’étude, de frisson, de fascination, de vénération. H20 marquait le temps des retrouvailles en étreintes sanglantes, H40 sonne le glas des révélations tonitruantes. Balance ton masque Michael, on t’a reconnu. Fini d’aller tripoter les baby-sitters sous prétexte de friandises. Ni vu, ni connu, je t’embroche. Lire la suite

Pentagon Papers

Balance ton scoop

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« Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes. »

George Bernard Shaw, Annajanska, 1917

Le ciel s’assombrit. « Democacy dies in darkness » dit le nouveau slogan du Washington Post. Aux Etats-Unis, depuis que le nouveau président a érigé en principe électoral le concept de post-vérité, rien ne va plus pour les dénicheurs de scandales. Face à ce constat inquiétant, ce grand humaniste qu’est Steven Spielberg, stakhanoviste de la caméra s’il en est, ne pouvait renoncer à mettre en chantier « Pentagon Papers » la même année que « Ready Player One », car le temps est compté avant que d’autres ne choisissent d’imprimer la légende. Lire la suite

A Beautiful Day

A la masse

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« Je m’arrache de la fenêtre et parcours la chambre en chancelant ; je m’englue au miroir, je me regarde, je me dégoûte : encore une éternité. Finalement, j’échappe à mon image et je vais m’abattre sur mon lit. Je regarde le plafond, je voudrais dormir. »

Jean-Paul Sartre, La Nausée, 1938

« Hey Joe ! Où est-ce que tu vas avec ce marteau dans la main ? » Allez donc héler, tel Hendrix martyrisant sa Strato, cet ogre à la barbe hirsute, silhouette massive et encapuchonnée qui marche d’un pas décidé au-devant de ses ennemis. Il vous répondrait : « Je m’en vais fracasser le crâne d’une clique de gros dégueulasses qui aiment un peu trop la compagnie des petites filles », juste avant de vous souhaiter « A Beautiful Day ». C’est en tout cas ce que voudrait nous faire croire le titre « français » du nouveau film de Lynne Ramsay. Lire la suite

SICARIO

Borderline

Sicario

« Je construirai un grand, grand mur à la frontière sud et je le ferai financer par le Mexique. »
Donald Trump

Une frontière, en Amérique, n’est pas qu’une ligne. A la fin du XIXème siècle, l’historien américain Frederick Jackson Turner constatait déjà que « L’Ouest est plus une forme de société qu’une région géographique ». Dès lors que cette frontière s’est s’étendue d’un océan à l’autre, il a fallu en redéfinir de « nouvelles », espaces transitionnels ne relevant plus alors de la seule géographie des cartes. Là où le tiers-monde concupiscent lorgne sur la terre des opportunités, les règles changent, les peuples se mélangent, le flou et la confusion s’installent sur un territoire devenu la proie des loups. C’est là-bas, aux marches du Mexique, aux confins de l’Arizona, que Denis Villeneuve infiltre son « Sicario », histoire d’un remède qui pourrait bien être aussi virulent que le mal qu’il est censé combattre. Lire la suite

CREEPY

La porte à côté

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« Les futures victimes s’approchent de la maison et l’homme entre pour voir s’il y a quelqu’un. Au moment où il demande « il n’y a personne ? » un type surgit, l’assomme et referme la porte. Je me suis demandé « qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

Kiyoshi Kurosawa à propos d’une séquence de « Texas Chainsaw Massacre » in  Mon effroyable histoire du cinéma, 2008

Une belle photo de famille envahit l’écran : la femme cramponnée au volant, une ado assise à la place du mort, le mari à l’arrière avec le gros chien, et puis il y a ce type à côté de lui… un oncle ? un ami ? un cousin ? Quoi qu’il en soit, on ne sait pas très bien où ils s’en vont comme ça. Tout bien réfléchi, tout ceci paraît quand même drôlement étrange, pour ne pas dire louche. Encore une de ces intrigues « Creepy » dans lesquelles le réalisateur Kiyoshi Kurosawa est passé maître depuis longtemps. Lire la suite

CORPORATE

Le sale boulot

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Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. »

Le livre de Jonas

Aujourd’hui, chez France Telecom ou bien ailleurs, on peut entrer par la grande porte, mais on peut aussi sortir par la fenêtre. C’est ce que tend à démontrer Nicolas Silhol dès les premières minutes de « Corporate ». Lire la suite