PAT GARRETT et BILLY le KID

Knockin’ on heaven’s door

« Moi, ce qui me tire les larmes, c’est d’entendre le cœur de Sam battre avec douceur, apaisement, sérénité (eh oui !) dans la version director’s cut de Pat Garret and Billy the kid.
C’est vrai, cet homme était un vrai monstre, mais un monstre de tendresse. »

Alain Corneau, préface de Sam Peckinpah, la violence du Crépuscule, François Causse, 2001.

Parfois, quelques notes suffisent. Un lamento de guitare flotte sur l’horizon, quelques arpèges de soleil mexicain s’égrènent sur une photo sépia qui marque la fin d’une époque. « Times they are a-changin’ » chantait Bob Dylan sur un de ses vieux albums. La phrase est quasiment prononcée telle quelle lorsque « Pat Garrett & Billy the Kid » trinquent une dernière fois ensemble à la table de « Bloody » Sam Peckinpah, western magistral et mélancolique en forme d’adieu au genre, une élégie dans laquelle le chanteur apparaît et se sent tout petit. Lire la suite

The RIDER

un homme nommé cheval

« Je ne me sens pas vivant si je ne suis pas sur un cheval. »

Brady Jandreau invité sur le plateau de l’émission Quotidien le 13 mars 2018.

Certains pilotent des bolides, d’autres se jettent dans le vide, et puis il y a ceux qui tentent de chevaucher la mort. On connaît mal le monde du rodéo de ce côté de l’Atlantique alors qu’aux Etats-Unis, c’est une institution. Il y a les stars de la Ligue professionnelle et puis il y a toutes les vedettes locales qui gagnent leur titre de gloire dans des championnats de seconde zone. C’est plutôt là, qu’on trouvera « The Rider », un cavalier devant les éternels, qui ne vit que pour l’adrénaline des saddle bronc competitions, pour entendre les acclamations des spectateurs et quelques fragments d’extase que capture au lasso la nomade Chloé Zhao. Lire la suite

La mort tragique de LELAND DRUM

L’homme de nulle part

« Meilleure sera la carte routière fournie par le scénariste, meilleure seront les chances de vivre un voyage fertile et euphorisant. Mais la route est pavée de risques impossibles à anticiper et les détours que cela nécessite peuvent mener à une destination inimaginée. Tel est le défi qui me maintient toujours en voyage. (…) Je ne sais pas où va le cinéma, ni même où je vais moi, mais je suis sûr que nous voyageons tous les deux ensemble sur la route vers nulle part. »

Monte Hellman (12.07.1929 – 20.04.2021)

De tous les cinéastes sortis de la cuisse de Roger Corman, il aura toujours été le plus obscur, le « secret le mieux gardé d’Hollywood » comme l’écrivait Kevin Thomas dans le Times. Coppola, Scorsese, Kershner, Cameron, et même Dennis Hopper, ont tous pris un « temps » soit peu la route du succès, alors que lui se contentait d’un macadam moins rutilant. A l’heure de sa disparition, certains pensent même que son unique titre de gloire serait d’avoir co-produit « Reservoir dogs », alors que son « Two-lane Blacktop » a quand même rejoint les rayonnages de la Bibliothèque du Congrès. Quentin Tarantino le qualifiait de « poète minimaliste », tant il savait insuffler à ses films une dimension métaphysique dans le plus simple appareil. C’est notamment le cas de ses deux premiers westerns, des films jumeaux dépouillés comme jamais. Sur l’un souffle « l’Ouragan de la Vengeance », alors que l’autre annonce « la mort tragique de Leland Drum ». Au bruit des coups de feu qui retentissent dans la Sierra, c’est cette piste qu’il faut privilégier… Lire la suite

La MISSION

Il était une fois dans l’Ouest

(from left) Johanna Leonberger (Helena Zengel) and Captain Jefferson Kyle Kidd (Tom Hanks) in News of the World, co-written and directed by Paul Greengrass.

« C’est un rêve devenu réalité pour moi. Durant toute mes années de cinéaste, j’ai fait des films difficiles sur ce que nous sommes maintenant, j’ai fait des films divertissants sur des espions en fuite, toutes sortes de choses, mais je n’avais jamais fait de beau western classique. »

Paul Greengrass

Cela fait maintenant près de vingt ans que Paul Greengrass a quitté son île pour venir voir si l’herbe qui pousse sur le Nouveau Monde est plus verte que celle de son pays natal. Dans un style remué qui lui est très particulier (et parfois même reproché), il s’est depuis longtemps fixé un cap artistique, celui de se faire rapporteur au plus près du réel des soubresauts du temps présent : la sanglante répression d’un « Bloody Sunday» à Derry, l’effroyable massacre sur l’île d’Utøya un « 22 juillet », l’intervention américaine dans la « Green Zone » irakienne, et des prises d’otages dramatiques sur le « Vol 93 » ou sur le porte-conteneurs du « Capitaine Phillips ». En marge de ses films d’espionnage à succès, Greengrass se fait l’écho des « News of the World », et c’est dans le même esprit qu’il accepte « la Mission » que lui propose son fidèle captain. Lire la suite

Pour une poignée de dollars

Et pour quelques notes de plus…

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« Je voulais que le film ait un style personnel proche d’une forme musicale. Aujourd’hui je peux dire qu’Ennio Morricone n’est pas mon musicien. Il est mon scénariste. »

Sergio Leone in Conversation avec Sergio Leone, Noël Simsolo, 1998.

Pour lui, la musique était un personnage à part entière. Et « Pour une poignée de dollars », Sergio Leone en fit son partenaire d’écriture. D’autres suivront l’exemple : Argento, De Palma, Malick, Carpenter, Bertolucci et même Verneuil, sans compter « les huit salopards » qui lui offrirent un Oscar en récompense. Ennio Morricone n’est plus, mais à jamais résonneront ses trompettes de la mort dans le sillage d’une diligence qui l’emporte vers la postérité.

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Règlement de compte à O.K. CORRAL

Rendez-vous avec la mort

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« Même si Kirk et moi nous disputions ou nous confrontions, nous étions toujours côte à côte, nous nous comprenions. En fait ce que j’essaie de vous dire, c’est que nous nous aimons beaucoup. »

Burt Lancaster, discours hommage à Kirk Douglas pour l’American Academy of Dramatic Arts de New York, 6 avril 1987.

« La caractéristique du fait divers est que, comme l’accordéon, il peut se déployer ou revenir à des proportions plus modestes. Tout dépend de l’unité de mesure que l’on choisit. »

Jean-Louis Leutrat et Suzanne Liandrat-Guigues, Splendeur du western, Rouge Profond, 2007.

Trente secondes. Selon les experts, c’est le temps approximatif que dura la fusillade opposant le clan légaliste Earp à celui des cattle barons Clanton le 26 octobre 1881. Il faudra néanmoins quatre jours de tournage et cinq minutes de film pour que le Marshal et ses deux frères, soutenus par la puissance de feu d’un dentiste à la gâchette fiévreuse, viennent à bout des bouviers récalcitrants dans la version romanesque du « Règlement de compte à O.K. Corral » façon John Sturges. Dans ce western de la fin de l’Âge d’Or d’Hollywood, on ne se soucie guère de réalisme ou de fidèle reconstitution. C’est la légende qui s’imprime à l’écran, s’écrit grâce à un Burt Lancaster portant l’étoile et un Kirk Douglas lanceur de couteaux, unis à la vie à la mort dans une chanson de geste entêtante.

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RAMBO : last blood

Portée disparue

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« Ce film est une épave. Je suis très embarrassé d’avoir mon nom associé à ce projet. »

David Morrell, 2019.

Dans son trou vivait un béret vert. On le croyait rangé des viet vets, remisé au musée des armes de collection, essoufflé de la gonflette. Mais non, Sylvester Stallone a encore quelque chose à raconter dans « Rambo : last blood », et il tient à verser le dernier sang sous la conduite d’Adrian Grünberg. Mais ce qu’il a à dire est-il bon à entendre ? Lire la suite

BACURAU

La vengeance du Sertão à plumes

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« Le dernier texaco vient de fermer ses portes
Y a guère que les moustiques pour m’aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m’empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J’aurais pas dû venir »

Bernard Lavilliers, Sertão in « O Gringo », 1980

« Les minorités doivent se plier aux majorités : elles s’adaptent ou elles disparaissent. »

Jaïr Bolsonaro

Au Nord, c’était le Sertão. Terre aride pleine de rage, zone ingrate et épineuse, depuis toujours foyer du Cangaço. Dans un Brésil d’anticipation, Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles y plantent « Bacurau », bourgade imaginaire sise dans une vallée asséchée, absente des cartes, un oiseau rare, ultime destination pour ceux qui croient encore aux idéaux libertaires cultivés en permaculture. La route qui mène à Bacurau est bordée d’une lande brûlée par le soleil, désertique et inhospitalière, au premier abord. « Si tu viens, vas en paix » dit l’écriteau qui en indique la direction, comme si, passé la frontière, aucun retour possible, destination cercueil. La mort a frappé en effet à Bacurau, elle frappera encore.

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Never grow old

Le baptême du sang

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« Venez avec moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. »

Matthieu XI, 28.

Il est des entreprises qui ne connaissent pas la crise au cœur d’un pays en pleine fondation : Shérif, pasteur, palefrenier et aubergiste, gérant d’un magasin d’approvisionnement et, bien évidemment, croque-mort. En effet, nonobstant son rôle de bâtisseur, le menuisier se doit d’être aussi fossoyeur quand les circonstances l’exigent. Et qui a largement arpenté les villes sans loi du far-west sait bien que ce n’est pas l’ouvrage qui manque. C’est à l’un de ces charpentiers des pompes funèbres que s’attache « Never grow old », chronique des âges sombres narrée par l’Irlandais Ivan Kavanagh, qui trouve sur les terres mouillées du Connemara un semblant d’Amérique qui mènerait tout droit six feet under.

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SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite