TOP 10 des westerns des années 2000

« Le vent souffle en Arizona
Un État d’Amérique dans lequel Harry zona
Cow-boy dingue du bang bang du flingue
De l’arme, du cheval et de quoi faire la bringue »

Claude MC Solaar, Le Nouveau Western in Prose combat (1994)

Il est mort, il est mort le western. Cela fait des décennies que cette vieille antienne de coin du feu ne cesse d’empoisonner le crépuscule d’un genre pourtant plus vif qu’il n’y paraît. Tant de bobines ont été déroulées, et pourtant les lonesome cowboys cornaquent encore leurs têtes de bétail à travers les grandes plaines de l’Ouest, les trains filent encore à toute vapeur pour échapper aux desperados en cavale, et l’on verra encore des charriots brinquebaler sur la piste des géants d’antan. Le western, c’est l’Amérique, mais pas seulement,  c’est aussi un genre sans frontières. Quelques titres ont passé celle du nouveau millénaire. Ils témoignent d’un genre qui n’est pas résolu à mordre la poussière, qui ne compte pas finir les pieds devant. Ce petit florilège posté en embuscade et qui, du haut des canyons, n’aperçoit pas encore son soleil couchant, chevauche peut-être celui de l’ami Goran, ou peut-être celui de la dame Camellia Burrows. Qu’importe, car il indique la piste des films à voir ou à revoir au grand galop : Lire la suite

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WIND RIVER

La chevauchée des bannies

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« Je n’avais cessé de penser à ces montagnes tout le temps où j’étais loin, et je m’étais juré que pas un jour ne passerait sans que je les regarde une fois que je serais de retour. La plupart du temps, je n’oubliais pas mon serment. »

Craig Johnson, Little Bird, 2005

En ces temps d’asphyxie identitaire, de mal-être politique, l’Amérique soudain avale un grand bol d’air froid quelque part sur les prairies gelées de la  « Wind River » Reservation. Loin d’être sur la réserve, Taylor Sheridan tourne un film qui s’adosse à un fait d’hiver, écho assourdi d’une fille perdue dans la neige, avalée par l’infinitude montagneuse. Lire la suite

COMANCHERIA

Seuls sont les indomptés

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– Comment que ça dit, Tom ?

– Ça dit : « Deux valent mieux qu’un, car ils sont mieux payés de leurs peines. Car s’ils tombent, l’un aidera l’autre à se relever. Mais malheur à qui est seul. S’il tombe, il n’a personne pour le relever. » En voilà un bout.

John Steinbeck, Les raisins de la Colère, 1939.

Le Sud sent le chaud. Le soleil rasant de la fin de journée vient brûler l’ocre de la poussière qui se reflète sur les parois blanchâtres des caravanes cradoques posées sur des étendues arides du Texas. Le western n’est jamais aussi beau que lorsqu’il revêt ses couleurs crépusculaires et règne sur cette « Comancheria » vue à travers les yeux d’un Anglais tout juste sorti de prison. David McKenzie tapait « les poings contre les murs » dans son précédent film, comme pour dénoncer l’injustice sociale qui avait conduit ses personnages à l’ombre. Curieux de voir si les perspectives sont plus radieuses de l’autre côté de l’Atlantique, il a donc gagné cet Ouest lointain, troquant les barreaux du pénitencier contre des barbelés déroulés « along the road ». Lire la suite

Les PROIES

Yankee soit qui mal y pense

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 » Mais pourquoi tenez-vous à en savoir autant sur la vie personnelle des gens ?
– En partie par curiosité et en partie pour me protéger, ma chère Amelia. La cruauté règne en ce bas monde et il faut prendre ses précautions.
– Avez-vous déjà lu certaines œuvres de Mr Charles Darwin ? je lui ai demandé. La Nature est cruelle, dit Mr Darwin.
– Dieu merci, nous sommes ici entre gens civilisés. »

Thomas P. Cullinan, The beguiled, 1966, p. 242.

Sofia a du style. Cela tient sans doute à sa passion pour la mode qui l’a conduite à faire un stage chez Chanel à l’âge de 15 ans. Cela n’a échappé à personne, dès ses premiers pas dans la cour des longs-métrages, elle sapait ses vierges suicidaires avec goût, en les baignant de lumières vintages au parfum de mélancolie douce-amère. Elle s’enticha ensuite d’une de nos gloires d’Ancien Régime à la garde-robe bien fournie et à la frivolité très pop. Puis dernièrement, elle suivit un gang de fashion victims qui s’étaient mises en tête de faire des bêtises chez les gens fortunés. Ce sont des interdits d’un autre genre que « les Proies » de son nouveau film s’apprêtent également à franchir, dans un Sud sécessionniste qui, pour l’occasion, s’habille en Coppola. Lire la suite

The REVENANT

L’âge de Glass

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« Dans l’après-midi, on plaça un guetteur pour annoncer quand il arriverait. Tout le monde voulait être présent à ce moment-là. Mais il ne revint pas, bien qu’on l’ait attendu jusqu’à minuit. Il ne reparut pas davantage, ni le lendemain, ni le jour suivant. En fait, Red Cow ne revit jamais Marcus O’Brien ; on se perdit en conjectures sur ce qui avait pu lui arriver. Mais le mystère de sa disparition ne fut jamais vraiment éclairci. »

Jack London, La disparition de Marcus O’Brien

Il faut un certain courage à se faire violence sur des films exigeants, surtout lorsqu’on a, comme Leonardo DiCaprio, déjà derrière soi une carrière d’acteur accompli. Ayant acquis ses titres de gloire en se colletant à des rôles à forte intensité dramatique (du fougueux Jack Dawson sur le pont d’un célèbre transatlantique au monarque négrier de la plantation Candyland), il ne s’était encore jamais vraiment confronté aux caprices des éléments et aux vicissitudes des tournages dans les régions inhospitalières. Dans « The Revenant » du Mexicain Alejandro González Iñárritu, il se glisse sous la fourrure du trappeur Hugh Glass, explore son parcours hors du commun : laissé pour mort après une attaque de Grizzly, il serait parvenu à rejoindre seul le Fort Kiowa après une marche de trois cents kilomètres dans les froides étendues montagneuses du Dakota. Lire la suite

La PORTE du DIABLE

La plume brisée

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« Laissez-moi être un homme libre – libre de voyager, libre de m’arrêter, libre de travailler, libre de faire du commerce, libre de choisir mes maîtres, libre de suivre la religion de mes pères, libre de penser, de parler et d’agir en mon nom – et j’obéirai à toutes les lois. »

Plaidoyer du Chef Joseph au Congrès en 1879.

« Nous ne devrons jamais oublier… » Cette dernière phrase prononcée par Paula Raymond, petite étoile éphémère de la Metro-Goldwyn-Mayer échouée à « La porte du Diable » d’Anthony Mann, vient enfoncer le clou d’un grand film malheureusement tombé aux oubliettes. Il a le malheur de sortir la même année que « la flèche brisée » de Delmer Daves, film entré dans les annales pour être le premier à défendre haut en couleur la cause indienne. Le destin tragique du Shoshone Lance Brisée sera pourtant une des interprétations majeures de Robert Taylor, devenant pour la bonne cause un Indien aux yeux clairs mais à la tunique bleue foncée. Lire la suite

Dans les griffes du VAMPIRE

Vampire, vous avez dit vampire ?

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Un cavalier surgit hors de la nuit, mais celui qui court vers d’inquiétantes aventures n’est pas le rusé Zorro. Pourtant vêtu de noir comme l’ibère renard, et comme lui Californien de souche, il signe son nom à la pointe de ses canines, dans le cou de ses jeunes et belles victimes. Edward Dein (et sa femme Mildred comme nocturne complice à l’écriture) s’autorise toutes les audaces « Dans les griffes du vampire » en injectant une dose de gothique fantastique dans un contexte de western aux motifs tout ce qu’il y a de plus classiques. Lire la suite