Never grow old

Le baptême du sang

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« Venez avec moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. »

Matthieu XI, 28.

Il est des entreprises qui ne connaissent pas la crise au cœur d’un pays en pleine fondation : Shérif, pasteur, palefrenier et aubergiste, gérant d’un magasin d’approvisionnement et, bien évidemment, croque-mort. En effet, nonobstant son rôle de bâtisseur, le menuisier se doit d’être aussi fossoyeur quand les circonstances l’exigent. Et qui a largement arpenté les villes sans loi du far-west sait bien que ce n’est pas l’ouvrage qui manque. C’est à l’un de ces charpentiers des pompes funèbres que s’attache « Never grow old », chronique des âges sombres narrée par l’Irlandais Ivan Kavanagh, qui trouve sur les terres mouillées du Connemara un semblant d’Amérique qui mènerait tout droit six feet under.

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SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite

Mr MAJESTYK

Gros sur la pastèque

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« Marty. Y’know what we got here ? Motherfuckin’ Charlie Bronson. Mr. Majestyk. »

Gary Oldman in « True Romance », Tony Scott, 1993.

Il était une fois Charles Buchinsky, un type sorti de la mine, une ex-gueule noire comme on en trouve dans les romans d’Elmore Leonard. On ne l’a pas toujours croisé du bon côté de la loi sur les écrans, sans doute à cause de mauvaises fréquentations dans les wild bunch de « Vera Cruz » ou lorsqu’il se vit « Mitraillette Kelly », sans foi ni loi aux ordres de Roger Corman. Mais en devenant Bronson, il changea son fusil d’épaule, sortit l’harmonica vengeur, devint noble mercenaire au service de l’opprimé avant de se rédimer en salopard germanophone au sein de la « Dirty Dozen ». A l’orée des seventies, en cette période post-hippie entachée par le Vietnam, il lui fallait sortir du rang, devenir loup solitaire, gardien d’un ordre défendu par quelque inspecteur acrimonieux. Avant même qu’il ne songe à jouer les vigilantes urbains dans un fameux film de Mike Winner, le producteur Walter Mirisch lui proposa, au pied levé, d’être celui qui remplacerait Steve McQueen à l’affiche de son nouveau film. C’est ainsi que Bronson accepta de devenir « Mr. Majestyk », sous la direction de l’excellent Richard Fleischer. Lire la suite

Les frères SISTERS

Notre Père

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« Alors aujourd’hui, un western, c’est quoi ? Pour simplifier, on peut distinguer deux tendances. D’un côté un versant néo-classique – Appaloosa, Open Range – des films qui ont pour principe de réactiver une mythologie, avec une certaine révérence envers les archétypes, les paysages etc. Et de l’autre, l’approche d’un Tarantino : ironie, ultra-violence, application des codes de violence du cinéma contemporain sur le western. Nous sommes allés vers une troisième voie, il me semble : le western apaisé. »

Jacques Audiard

Depuis que chevaux et chapeaux sillonnent les vastes plaines du western américain, on en aura croisé des bandes de tueurs sanguinaires, des hordes sauvages assoiffées d’or et de sang. Au Far-West, la liberté se laisse conquérir plus aisément lorsqu’on la chasse à plusieurs. Aux tribus indiennes préexistantes se substitue peu à peu l’autorité clanique du colonisateur. Qu’ils s’appellent James, Earp, ou « les Frères Sisters » du film de Jacques Audiard, leur réputation fait immédiatement frémir celui qui essaierait tant bien que mal de leur barrer la route. Lire la suite

HOSTILES

Two rode together

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« The only good indians I ever saw were dead. »

General Philip Sheridan, 1871

Aujourd’hui plus qu’hier encore, le western est moribond. Les Oscars d’Eastwood et de Costner sont désormais bien loin et ils ne sont plus qu’une poignée chaque année à entretenir la flamme du bivouac. Parmi eux, il y a Scott Cooper, qui pense que « tout réalisateur américain qui se respecte devrait, à un moment de sa carrière, diriger un western. » C’est chose faite en ce qui le concerne avec « Hostiles », chronique âpre et brutale d’un passé taché de sang. Lire la suite

GHOSTS of MARS

Little Big John

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« C’est une planète brutale, c’est nous dans le futur. »

Alice Cooper

« Quand j’ai commencé à faire ce métier, c’était pour réaliser des westerns, c’est la raison principale pour laquelle je suis entré dans l’industrie du cinéma. » dit un jour John Carpenter. Et pourtant, pas un cavalier solitaire ne traverse les grands espaces au générique de « Halloween », pas un clairon de cavalerie ne sonne la charge à la rescousse de Snake Plissken. Il faudra que se réveillent les « Ghosts of Mars », aux confins de sa carrière, pour que Big John fasse la preuve qu’en vérité, il a toujours été à l’Ouest. Lire la suite

Les 8 SALOPARDS

Wanted : Dead or Evil

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« Tous les réalisateurs ont leur superbe. Ce qui différencie Quentin, c’est le plaisir dingue qu’il prend chaque jour à faire du cinéma. »

Kurt Russell

Ce qui est blanc ne le reste jamais bien longtemps. Quelques gouttes de sang ont vite fait de faire tâche, de vous ruiner un costume, ou de vous discréditer auprès d’un public qui ne vous attendait pas ainsi maculé. Quentin Tarantino, ce briseur de codes invétéré, retourne au western pour mieux le tremper dans le seau putride du film d’horreur. Après « Reservoir dogs » et ses braqueurs à cran en quête de traître, après « Inglourious Basterds » et ses faux Nazis qui jouaient aux devinettes, il convoque les « Hateful Eight » en vase clos, et ce pour mieux les shooter au 70 mm. Lire la suite