The RAID 2 : BERANDAL

 

Coups de mou

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On dit qu’il faut parfois se faire violence pour dépasser ses aprioris, pour réviser des jugements hâtifs. Cette violence, il faut se préparer à la recevoir en pleine poire dans « The Raid 2 : berandal », suite de l’actioner percussif qui avait fait de Gareth Evans l’ambassadeur du Pencak-Silat il y a trois ans.

Toujours amoureux de cet art martial spectaculaire typiquement indonésien, le Gallois repart au combat avec une frénésie décuplée et une envie d’en donner plus encore. « Nous ne voulions surtout pas nous répéter. J’ai décidé d’étendre l’univers, notamment en donnant un large rôle à des personnages qui n’étaient que mentionnés dans le premier film. » Evans aurait-il prêté oreille aux virulents reproches qui lui étaient adressés en ces colonnes suite au visionnage de « The Raid : redemption » ? La volonté d’élargir l’arc narratif au-delà du simple match entre flics et bandits entre les murs d’une tour de béton va dans ce sens en tous cas. Mais comme dans son premier opus, Gareth Evans a du mal à canaliser ses ambitieux : « On a voulu faire encore plus épique tout en racontant une vraie histoire, une saga criminelle mélangeant les genres du flic infiltré et du film de gangsters. » Le voilà donc avec un montage de deux heures trente, une plongée dans l’univers criminel du pays, presque une saga familiale qui croiserait le fer entre « le Parrain » pour les liens filiaux et « Black rain » pour le conflit entre ancienne et nouvelle génération.

Fort de cette accroche plusieurs fois rebattue dans la gamme très populaire du polar asiatique, Evans ajoute à son arsenal, un métis boiteux et matois, mais aussi une clique de Yakusas d’importation (parmi lesquels Ryuhei Matsuda, fils de l’acteur qui jouait l’ambitieux Sato dans le film de Ridley Scott) se partageant le territoire de la capitale avec les vieux caïds respectés que sont Reza et Bangun. On sent que pour filmer des négociations autour d’une table, Evans aurait aimé s’asseoir à la table de Kitano, que son binôme de tueurs frère et sœur soit sorti d’une case de manga et que son amour du combat chorégraphié se partage entre les voltigeurs chinois des films de John Woo (« c’est vraiment un de mes héros » confie-t-il à Mad Movies) et les brutes détraquées du cinéma coréen. Difficile de brasser une telle quantité de références quand il faut par ailleurs servir au spectateur son lot de castagne sanguinolente sans se contenter de lui servir les bas morceaux.

Réchappé à la force du poing du piège tendu dans la tour infernale du précédent film, l’athlétique acteur Iko Uwais reprend du service presque sans transition pour plonger dans le chaudron mafieux en pleine ébullition et guérir cette gangrène criminelle qui ronge la police. Une mission qui l’éloigne à nouveau de sa femme et de son enfant (une fois de plus cantonnés à quelques très brèves apparitions émotionnellement appuyées) et qui ne peut s’effectuer sans un nécessaire et douloureux passage par la case prison. C’est dans cette « infernal affair » que notre Rama va devenir Yuda, un fier combattant qui n’a pas encore trouvé de maître. A la faveur d’une empoignade générale dans la boue dans la cour du pénitencier, aussi graphique qu’elle est incongrue. On se demande en effet pourquoi envoyer les gars de la sécurité se faire écharper plutôt que de calmer tout le monde grâce quelques tirs de snipers bien placés ? La réponse tient essentiellement à l’impérieuse nécessité de montrer du combat rapproché, une lutte à mains nues qui exclue évidemment tout recours trop expéditif aux armes à feu. Un cas de figure assez dérangeant qui se répétera incessamment jusqu’à l’assaut final, reproduisant dans ses deux dernières bobines le principe des affrontements graduels et ascensionnels qui structurait le précédent film. Bien sûr, ce parti-pris permet au réalisateur de relever des défis techniques en laissant sa caméra libre d’effectuer un ballet vertigineux et étourdissants.

Iko Uwais offre à son metteur en scène une nouvelle démonstration physique hors du commun, capable de mettre à lui seul en déroute une bonne vingtaine de gaillards excités, de faire leur faire manger leur batte de base-ball tout en rendant une fille complètement marteau. Evidemment, quelques bonnes rafales de kalachnikov auraient sans doute eu tôt fait d’abréger cette démonstration acrobatique. Admettons que pour la beauté du sport, les trafiquants d’armes n’aient pas encore débarqué sur le marché indonésien. Mais l’essentiel de l’ennui poli qu’inspire« Berandal » provient précisément à cet étirement narratif voulu par Evans. S’il est certes un virtuose de la mise en scène des combats, il se montre bien piètre dramaturge et échoue lamentablement à donner la plus petite tension ni le moindre souffle d’émotion dans les relations entre les personnages. Même les rapports orageux entre Bangun et son trublion de fils coiffé comme Alain Delon (une autre star asiatique) manquent d’intensité et de spontanéité.

Finalement plombé par des combats virtuoses mais répétitifs et à l’issue prévisible, un arc narratif redondant et superflu mettant en scène un homme de main devenu loqueteux (malgré son camouflage capillaire, on aura vite fait d’identifier Yayan Ruhian, le Mad Dog de « The Raid » censé avoir été occis suite au pilonnage des deux frangins) et un scénario sans originalité ni imagination, « Bérandal » s’avère être plus barbant encore que l’épisode qui l’a précédé. Le cas typique d’un réalisateur pour qui une histoire n’est finalement qu’un prétexte pour déclencher des bagarres.

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