Detective DEE 2 : la légende du Dragon des Mers

Enquête d’action

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A mesure que le temps passe, il semblerait que Tsui Hark rajeunisse. Son cinéma gagne en vigueur, en couleur, et n’a rien perdu de sa vivacité. C’est en tous cas ce que nous prouve son « Detective Dee II : la légende du dragon des mers » dont les exploits précèdent ceux de « La flamme fantôme ».

C’est un jeune Detective qui pénètre dans la capitale Luoyang, dont la singulière ressemblance avec son créateur cinématographique autorise bien des rapprochements : la malicieuse barbichette du sagace enquêteur cultive ainsi une certaine ressemblance avec celle du plus virtuose réalisateur de Wu Xia Pian en activité. Le héros popularisé par les romans de Robert Van Gullik est désormais une franchise lucrative et revisitée au même titre que les « Sherlock Holmes » avec Robert Downey Jr. Tsui Hark n’hésite pourtant pas à faire l’impasse sur la vedette du premier volet (le chevronné Andy Lau), pour mieux ouvrir, avec Mark Chao, une page vierge du grand livre des chronique du célèbre détective. Sa voix accompagne d’ailleurs  notre première plongée au beau milieu du VIIème siècle, au temps de la dynastie Tang, dans la fourmilière grouillante d’une capitale en effervescence, substrat propice à toutes formes de complots dont les enjeux vont nous entraîner jusqu’aux confins d’une Histoire où réalité et légende se rencontrent en de merveilleux assauts.

Des bas-fonds fourmillants jusqu’au pied des marches du palais impérial, sous l’autorité de l’empereur Gaozong et de l’impératrice Wu (l’éminente Corinna Lau est bien la seule à reprendre du service), le perspicace enquêteur devra déployer toute l’étendue de sa science déductive afin de démêler l’écheveau d’une machination qui vise à faire chavirer le pouvoir en place. Pour ce faire, le Sherlock aux yeux bridés se dégote un précieux Watson en la personne de Shatuo Zhong, un allié davantage versé dans l’étude des potions et des méthodes de guérison que dans les coups de pied en lévitation. Côté coups, il faut s’en remettre à son meilleur rival Yuchi Zhenjin campé par William Feng, commissaire en chef du Temple Suprême qui n’a pas forcément envie de voir sa superbe malmenée par les exploits d’un petit futé venu de province. Si la présence inaugurale du Bouddha géant dans le premier volet pouvait se laisser contempler comme la vitrine du blockbuster à la chinoise (un message envoyé au monde entier et à Hollywood en particulier sur les capacités techniques de ses artistes les plus zélés), l’ouverture de cette « légende du dragon des mers » nous met immédiatement en présence d’un Léviathan qui ferait pâlir tous les krakens épinglés au tableau de pêche des « pirates des caraïbes ».

Du haut de ses soixante-quatre ans, Tsui Hark se fait volontiers ambassadeur d’une culture ancestrale et entend bien rappeler que le juge Dee « était le premier Sherlock Holmes » de la littérature mondiale. Pourtant, de tous ces fiers navires impériaux voguant à la conquête d’un royaume rival il ne restera bientôt plus que des débris ramenés par la marée et dans lesquels les enquêteurs auront la lourde responsabilité de découvrir l’identité des véritables responsables. Une fois cette tonalité fantastique affirmée, le retour au rivage va permettre à notre détective qui n’a pas le pied marin (à tout héros il faut un talon d’Achille) de se mettre en chasse d’une autre créature aux pieds palmés, hantant les marais bordant l’un des temples de la capitale. Laissant temporairement au large le péril aquatique, pagodes ornées et étroites rues encombrées redeviennent le terrain de jeu favori d’un Hark qui a encore bien des flèches en réserve. Il retrouve à nouveau la volupté des confrontations aériennes de « Zu » tout en n’oubliant jamais qu’un combat n’est qu’un vecteur d’indices, une étape nécessaire à la poursuite d’une enquête.

Lancé à la vitesse d’une étoile de jet, le récit s’octroie néanmoins de très belles touches romantiques lorsque celui-ci cède la place aux arabesques du conte de fée pour que la bête retrouve enfin sa belle. Tsui Hark se fait entremetteur du poète avec la courtisane dont la parade fleurie constitue l’un des multiples enchantements de ce film qui en regorge. Mais sans doute faut-il voir derrière cette histoire d’amour contrariée l’image de l’artiste frustré par les exigences des financiers. « Selon moi, les intellectuels forment la classe sociale la plus vulnérable, car ils vivent toujours sous la pression des autorités » explique le réalisateur aux lecteurs de Mad Movies. On devine entre les lignes que le digne héritier du grand King Hu est on ne peut plus soucieux d’élever ses joutes martiales raffinées au rang des beaux-arts en mettant en relief la sagacité de son héros (les magnifiques incrustations et animations qui nous transportent d’un indice à l’autre). Inutile de préciser qu’en matière de fusion entre romance costumée et action acrobatique, maître Hark en remontre à tous ses aspirants (on dit que, honteux, Christophe Gans s’est depuis retiré dans le palais bien kitsch de sa « Bête » numérique), jusque dans l’emploi d’une 3D pour une fois vraiment ébouriffante. Sans jamais nuire à la lisibilité des combats, le réalisateur tient à ce que chaque projectile, qu’ils soient boule d’acier, copeau de bois ou abeille tueuse, nous oblige à détourner les yeux par peur d’être éborgnés pour de vrai.

Dotés de moyens à la hauteur de leurs ambitions visuelles, il ressort de tous ces combats explosifs à la mise en scène flamboyante, une orfèvrerie du détail pour laquelle Tsui Hark ne semble pas aujourd’hui avoir son égal. Au regard des derniers exploits de son Detective Dee, force est de constater qu’en matière d’action, ce Chinois d’adoption a bel et bien inventé la poudre.

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