Les CHOSES de la VIE

Nous ne vieillirons pas ensemble

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« Il faut vivre d’amour, d’amitié, de défaites
Donner à perte d’âme, éclater de passion
Pour que l’on puisse écrire à la fin de la fête
Quelque chose a changé pendant que nous passions. »

Claude Lemesle

Les artistes naissent, traversent l’écran et puis ils passent. Ils tombent, ils crient, ils pleurent, ils rient, on les applaudit. Ce sont « les Choses de la Vie ». Claude Sautet a filmé la mort de Michel Piccoli bien avant l’heure, en exergue de son film. Chronique d’une mort annoncée. Maintenant qu’il est vraiment parti Michel, on sait à quel point il va nous manquer, c’est toujours pareil. Envolé Max, disparu François, étendu Pierre, il est temps de fermer la chambre, le soleil n’y entrera plus. Mais qu’importe, la vie dans les films de Sautet n’irradie que mieux quand on est dans l’obscurité.

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La SOURCE

Dies Irae

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« Alors je vis et j’entendis un aigle qui volait par le milieu du ciel, et qui disait à haute voix : Malheur ! Malheur ! Malheur aux habitants de la terre, à cause du son des trompettes dont les trois autres anges doivent sonner ! »

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« J’ai tourné pour tant de pays, dans tant de pays que je ne m’en souviens même plus. »

Max Von Sydow

Une silhouette sombre descend d’un taxi. Un homme, sa valise à la main, s’avance sous la lueur d’un lampadaire, poursuivi par la nuit. Il sait que le Diable l’attend à l’étage. Cet homme, naguère chevalier qui eut bravé la Faucheuse en territoire pestiféré, s’apprêtait alors à combattre le démon en tenue d’Exorciste. De sa haute stature et de son port altier, il a arpenté le cinéma du monde entier. Cela le prédestinait à être dans les ordres, frémen au regard bleu couleur d’épice, candidat naturel à la race des seigneurs pour nombre de réalisateurs. Max Von Sydow n’est plus, échec au roi. Jamais, plus jamais nous ne verrons l’acteur dans un nouveau film. Mais pour mieux sonder son œuvre, percer l’armure de cette figure hiératique du cinéma suédois, allons nous abreuver à « la Source », celle qu’Ingmar Bergman porta à l’écran en s’inspirant d’une ballade du XIIIème siècle.

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L’ECHANGE

Le cas Christine Collins

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« Aubépine, aubépine…
… Mère des Fées, si j’ai fauté envers toi, je m’en repends.
Par ces sept rubans…
… Ces herbes de Saint Jean…
… Ces sept gouttes de sang…
… Je me voue à ton culte et t’implore, mère sacrée des Fées…
… Rends-moi mon enfant. »

Pierre Dubois et Xavier Fourquemin, La légende du Changelin, Tome 1 : le mal-venu, 2008.

La perte d’un enfant est sans doute la plus terrible des souffrances pour une mère. Après avoir filmé le calvaire des hommes qui s’entretuent sur une île de l’Océan Pacifique, Clint Eastwood s’intéresse à un combat sur son sol natal : celui de Christine Collins, mère célibataire en quête de son fils disparu dans le L.A confidentiel des années vingt. Comme dans un rêve sorti des usines qui les fabriquent tout près de chez elle, l’enfant soudain réapparaît. Mais il n’est pas tout à fait le même. « L’Echange » est une histoire à se pincer, mais comme Clint Eastwood nous le rappelle en exergue, c’est bel et bien « une histoire vraie ». Lire la suite

CONTAGION

Ne le dites à personne

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« La peur est capable de tout et elle tue sans pitié, attention ! »

Jean Giono, le hussard sur le toit, 1951.

Alors qu’on disait la souche épidémique absolument tarie dans le cinéma hollywoodien, la réalité nous rattrape. Voilà presque dix ans, à l’heure où la menace pandémique mondialisée n’était encore que prédiction spéculative, l’indépendant Steven Soderbergh débarquait en force avec sa « Contagion ». Après une trilogie alimentaire sur la cambriole de haut vol, un diptyque arty sur le « Che » et un ou deux films undergrounds avec ou sans star du porno, le voici de retour sur le terrain du film-dossier laissé en friche depuis « Traffic » et « Erin Brokovich ». C’est à bien y regarder sur ce sujet que son regard clinique se montre le plus efficace. Lire la suite

Le cas RICHARD JEWELL

Les preuves de force

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« La fatalité mène les héros, et personne ne peut rien faire pour l’arrêter. »

Clint Eastwood, « entretiens avec Michael Henry Wilson », avril 2003.

Il y eut d’abord Christine Collins, victime d’un sordide « échange » avant d’être conduite à l’asile. Puis il y eut Chesley Sullenberger, dit « Sully », pilote de ligne émérite qui sauva l’ensemble des passagers de son avion lors d’un amerrissage d’urgence sur l’Hudson River, avant de se voir reproché cet acte de bravoure par sa compagnie. Deux accusés, sous les feux des institutions, désavoués et seuls contre tous. A ces deux cas Clint Eastwood ajoute désormais celui de « Richard Jewell », agent de sécurité qui donna l’alerte après avoir découvert une bombe sur le site Olympique d’Atlanta en 1996 avant de se voir accusé de l’avoir lui-même posée. Soucieux du sort de son prochain et de la mémoire de ses pairs américains, le réalisateur épaule sa caméra comme naguère la Winchester afin de sauver l’honneur d’un citoyen méritant. Lire la suite

La vie passionnée de VINCENT VAN GOGH

L’ensorcelé

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« Je possède beaucoup d’œuvres d’art mais aucun Van Gogh. Mis à part le fait que je n’ai pas les moyens de m’acheter un de ses tableaux, il y aurait quelque chose d’étrange : j’aurais l’impression de l’avoir peint moi-même. »

Kirk Douglas, Le fils du chiffonnier, 1988.

« Je suis arrivé sur terre dans une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent. » lit-on en préambule du « fils du chiffonnier ». Quand il écrit cette phrase, Issur repense à sa maman, qui lui racontait cette fable de sa venue au monde. Issur ne s’appelait pas encore Kirk, mais il aimait déjà les histoires. Kirk Douglas avait de l’allure, une large palette de jeu, un visage slave taillé au couteau, marqué d’une fossette immédiatement reconnaissable. Il était devenu l’immortel du cinéma, le dernier des géants d’Hollywood. Une attaque cérébrale, une crise cardiaque et un accident d’hélicoptère n’avaient pas réussi à l’abattre. « Kirk Douglas était un demi-dieu qu’on n’approche jamais » a même dit un jour la toute jeune Bardot qui le croisa brièvement sur un plateau de tournage. Et puis, il a fini par s’éteindre, comme tous les autres, emportant avec lui le Colonel Dax vers « les sentiers de la gloire », Doc Holliday pour d’autres règlements de compte, Einar sur les chemins du Walhalla. On se souviendra aussi de lui dans la peau du peintre le plus célèbre des Pays-Bas, personnage dans lequel il faillit s’abîmer pour de bon. Pas d’Oscar pour Kirk Douglas dans « La Vie Passionnée de Vincent Van Gogh », pas même une nomination pour son réalisateur Vincente Minnelli. Mais une toile de maître pour un grand du cinéma.

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Une Vie Cachée

Gott mit uns

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« Contre vents et marées, savoir se maintenir. »

Goethe.

Par-delà les nuages qui nimbent les cimes des montagnes du Tyrol, se dissimulent au regard des hommes une rivière, des bois, des prairies, des champs, quelques vaches et autres moutons, un village, de la vie. « Une vie cachée ». Et c’est donc là-haut que, naturellement, Terrence Malick a emporté sa caméra pour s’élever vers l’incommensurable, y capter le sublime, et tenter de comprendre le mystère qui fit qu’autrefois un homme choisit de ne pas s’abandonner à la folie des autres. Lire la suite

SECTION 99

Jusqu’à l’osBrawl-3

« Il est un lieu là-bas qu’attristent les ténèbres,
mais non les peines, et où les plaintes
ne résonnent pas en cris, mais en soupirs. »

Dante Alighieri, La Divine Comédie : Le Purgatoire, XIVème siècle.

S’il y a bien un endroit sur terre où l’on ne souhaiterait pas passer ses vacances, c’est en prison. Pensé comme un lieu de rééducation, on sait au moins depuis Foucault qu’il n’est autre qu’un monde de brutes que l’on surveille et l’on punit, quitte à accessoirement « fabriquer des délinquants ». D’une littérature nourrie de geôles et de bagnards, la chronique carcérale est devenue un juteux véhicule à fantasmes cinématographiques. Steven Craig Zahler, réalisateur friand de hauts murs et d’ecchymoses, fait tout pour se retrouver en cabane, dans la « Section 99 » d’un pénitencier de Haute Sécurité, au fond d’un trou d’où la lumière ne sort jamais. Lire la suite

The IRISHMAN

Confessions d’un homme dangereux

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« Quand on commence à vieillir, l’âge se fait sentir, on ne peut plus faire semblant de l’ignorer. Combien de temps a-t-on encore devant soi ? »

Martin Scorsese, Première n°500, octobre 2019.

On le pensait rangé des monastères, réduit au « Silence ». Que devient Martin Scorsese ? Il paraît qu’il repeint des maisons. C’est en tout cas ce que nous dit le film qu’il consacre à « the Irishman », tueur de la pègre frayant dans l’entourage de Jimmy Hoffa, le syndicaliste remuant effacé au mitan des seventies. Dans sa fresque ambitieuse de plus de trois heures et demie, il sort quelques icones de leur retraite, cherche à lutter contre l’Alzheimer du cinéphile, quitte à signer un pacte avec le diable de la vidéo à la demande. Lire la suite

Les MISERABLES

Je suis tombé par terre…

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« C’est ça que tu veux pour ton fils ?
C’est comme ça que tu veux qu’il grandisse ?
J’ai pas de conseil à donner, mais si tu veux pas qu’il glisse
Regarde-le, quand il parle, écoute-le !
Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qu’y devrait y avoir dans tes yeux. »

Bruno Lopez, Didier Morville, Fabrice Guion-Firmin, « Laisse pas traîner ton fils » in Suprême NTM, 1998.

Dans les années 90, quelques cinéastes avaient donné l’alerte. Des films coups de poing, emplis de rage, crachaient leur « Haine ». A la France restée sourde à la « sous-France » des grands ensembles, ils hurlaient : « ma 6-T va crack-er ! ». Vingt ans après, quel est le regard porté sur ces populations bétonnées dans des habitations à loyers modérés ? Le même. Ils sont toujours « les Misérables » de la République, et c’est Ladj Ly, l’un des leurs, qui compte bien le rappeler à notre bon souvenir. Lire la suite