Once upon a time… in HOLLYWOOD

La ballade de Dalton

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« Pourtant, parfois, quand pluies et vents violents ont lavé les cieux, le bleu d’Egypte réapparaît au-dessus d’une plaine aux palmiers et aux tons espagnols éternels, comme l’île cythéréenne de Catalina posée à l’horizon sur son ruban bleu, les plateaux de tournage massifs et obsolètes tels des mastabas secrets se dessinant plus bas, et il nous est alors possible d’imaginer ce qui attira ici ces hommes ambitieux et téméraires, il fut un temps. »

Kenneth Anger, Hollywood Babylone, 1975

« Hollywood : une plantation d’orangers où se promènent des acteurs au chômage. »

Groucho Marx

Le 9 août 1969, au 10050 Cielo Drive à Benedict Canyon, un morceau du rêve hollywoodien s’est dilué dans le sang et les cris d’horreur. La mort de Sharon Tate et de ses invités présents ce soir-là a sonné le glas de l’été sans fin, a coupé l’herbe sous le pied des illusions hippies. Quentin Tarantino n’avait alors que 6 ans, mais il ne fait aucun doute que l’évènement a marqué sa jeune existence, alors même qu’il vivait à peine à trente minutes du lieu du drame. Un demi-siècle après, cet irréductible nostalgique remonte sur la colline, installe sa caméra à proximité des faits, pour nous conter le bon vieux temps des studios de cinéma, du swinging Los Angeles et des néons sur les boulevards. « Once upon a time… in Hollywood. »

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Dans la cour

Entre les murs

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« Il s’arrêta dans sa marche. Il avait le cœur au bord des lèvres. Il se pencha au-dessus du caniveau. Sa gorge se soulevait, mais il n’en sortait rien. Il se redressa lorsqu’une voiture pleine d’adolescents braillards passa dans la rue, le saluant d’un grand coup d’avertisseur musical. Oui, se dit-il, un grand mal presse l’univers de toutes parts, et il suffirait de la moindre crevasse, de la plus minuscule fissure pour s’y introduire. »

Raymond Carver, Les vitamines du bonheur, 1983

Pierre Salvadori est visiblement un réalisateur qui aime faire ses films « contre les autres ». Son plus récent met les acteurs « en liberté ! » car précédemment, il les avait parqués « Dans la cour ». Dans cette impasse existentielle, il tente de prendre de la distance avec ces comédies luxueuses et « Hors de Prix ». Il revient à un cinéma plus modeste, se recentre sur les fondations de son œuvre, architecte d’un cinéma qui remue ses idées noires, qui sonne à chaque fois l’heure du bilan. Lire la suite

the HOST

Et au milieu coule une rivière

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« – Vous êtes sans doute surpris, dit l’homme, de notre peu d’hospitalité. Mais l’hospitalité n’est pas d’usage chez nous, nous n’avons pas besoin d’hôtes. »

Franz Kafka, Le Château, 1926.

De la source à l’estuaire, le fleuve se gorge et se nourrit de ce qu’il charrie du fond de son lit. Il s’enrichit, se vitalise, prend de l’ampleur, gagne du débit, s’ouvre un passage vers l’horizon, vers la consécration. La carrière du cinéaste Bong Joon-ho semble avoir emprunté un trajet similaire. Film après film, son succès et son aura à l’international n’auront cessé de croître, de gagner le respect de la critique et du public. Alors, qui mieux qu’un cinéaste palmé pour nous plonger dans les eaux troubles de Séoul, saisissant « The Host » par la queue d’un genre encore inédit au sud du 38ème parallèle ?

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PARASITE

La ligne de démarcation

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« Et la maison était merveilleusement distribuée : des grands espaces vides, soigneusement conçus, s’emboîtaient sans heurt pour donner l’illusion qu’elle était encore plus vaste qu’elle ne l’était en réalité. (…) Le fantôme n’a pas vu le moindre détritus de la fête souillant la maison. C’était immaculé. »

Brett Easton Ellis, Lunar Park, 2005.

La fracture. S’il y a bien un pays qui en mesure les conséquences c’est bien la Corée. Politique et idéologique, celle-ci est depuis longtemps inscrite au patrimoine mémoriel du Nord et du Sud, dans l’ADN de chaque citoyen qui sait qu’à tout instant, le ciel peut lui tomber sur la tête. Mais depuis quelques temps, depuis l’essor économique de la moitié fréquentable de la péninsule, s’ajoute une fracture sociale, sourde et souterraine, qu’auront su ressentir nombre d’artistes autochtones. L’excellent Bong Joon-ho est de ceux-là. Descendu du wagon qui transperçait neige, le voici de retour sur ses terres, toujours au pied des inégalités, dans une traque au « Parasite » qui s’avère féroce et jouissive.

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SIBYL

Au-dessous du volcan

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« Je sens qu’il faut toujours faire deux films avec une actrice, parce que pour le premier il y a une forme de pudeur liée à la rencontre. J’avais envie d’un autre film avec Virginie, où je pourrai lui demander beaucoup plus. »

Justine Triet in Les Cahiers du Cinéma n°755, mai 2019.

A l’origine, dans la Grèce antique, la sibylle est une femme qui lit dans l’avenir. En ôtant deux lettres à son prénom, Justine Triet la prive de ce pouvoir, ne l’autorisant à lire que dans l’esprit des autres. C’est son métier, « Sibyl » est psy. Mais à force de recueillir ces confessions sur canapé, se fend peu à peu la paroi qui sépare sa vie de celle des autres, pénétrant un territoire mental fascinant mais hautement sulfureux, qui entre en éruption dans un film sous influence. Lire la suite

AMANDA

Le stade de Wimbledon

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« Elvis a quitté le bâtiment. Je veux être franc avec vous. Vous le savez. Il a quitté le bâtiment. Il a quitté la scène, il est sorti par derrière avec les policiers, et maintenant il est parti. »

Horace Logan, Shreveport, Louisiana, December 15, 1956.

Dans la vie, il est des dates marquantes. Et parfois, certaines sont aussi vouées à marquer l’Histoire. Il va sans dire que les attentats du 13 novembre 2015 ont profondément bouleversé les esprits, frappant au cœur la quiétude des citadins, sonnant le glas de l’insouciance du Parisien. Petit gars de Sèvres, Mikhaël Hers en fut forcément ému, habituellement si attaché à la douceur de vivre, nourri au miel de la pop music et de la grande littérature, dont le cinéma était jusqu’alors baigné de songes mélancolieux comme il s’en invite parfois sur les terrasses ensoleillées les dimanches en fin d’après-midi. Tandis que Paris pleure ses morts, dort une petite orpheline qui s’ignore. Il l’a prénommée « Amanda ». Saura-t-il, comme à nous, lui redonner le sourire ? Lire la suite

CAPTAIN FANTASTIC

Alter-héros

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« Que faut-il être et quelle route doit-on suivre pour traverser la vie de la meilleure façon possible ? »

Platon, La République, Livre II, IVème siècle avant JC

Ils sont une poignée. Ils vivent au milieu des bois, presque en autarcie. Ils escaladent les parois abruptes, chassent à main nue, entretiennent une condition physique exceptionnelle tout en s’abreuvant des immenses savoirs de notre monde. Ils ne sont ni mutants, ni irradiés, ni génétiquement modifiés, ne sont dépositaires d’aucun grand pouvoir et ne sont redevables d’aucunes responsabilités. Plus qu’un groupe, ils sont une famille, au besoin une équipe, et leur meneur s’appelle le « Captain Fantastic », titre dont s’honore Matt Ross, auteur et réalisateur du film. Lire la suite