AMANDA

Le stade de Wimbledon

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« Elvis a quitté le bâtiment. Je veux être franc avec vous. Vous le savez. Il a quitté le bâtiment. Il a quitté la scène, il est sorti par derrière avec les policiers, et maintenant il est parti. »

Horace Logan, Shreveport, Louisiana, December 15, 1956.

Dans la vie, il est des dates marquantes. Et parfois, certaines sont aussi vouées à marquer l’Histoire. Il va sans dire que les attentats du 13 novembre 2015 ont profondément bouleversé les esprits, frappant au cœur la quiétude des citadins, sonnant le glas de l’insouciance du Parisien. Petit gars de Sèvres, Mikhaël Hers en fut forcément ému, habituellement si attaché à la douceur de vivre, nourri au miel de la pop music et de la grande littérature, dont le cinéma était jusqu’alors baigné de songes mélancolieux comme il s’en invite parfois sur les terrasses ensoleillées les dimanches en fin d’après-midi. Tandis que Paris pleure ses morts, dort une petite orpheline qui s’ignore. Il l’a prénommée « Amanda ». Saura-t-il, comme à nous, lui redonner le sourire ? Lire la suite

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CAPTAIN FANTASTIC

Alter-héros

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« Que faut-il être et quelle route doit-on suivre pour traverser la vie de la meilleure façon possible ? »

Platon, La République, Livre II, IVème siècle avant JC

Ils sont une poignée. Ils vivent au milieu des bois, presque en autarcie. Ils escaladent les parois abruptes, chassent à main nue, entretiennent une condition physique exceptionnelle tout en s’abreuvant des immenses savoirs de notre monde. Ils ne sont ni mutants, ni irradiés, ni génétiquement modifiés, ne sont dépositaires d’aucun grand pouvoir et ne sont redevables d’aucunes responsabilités. Plus qu’un groupe, ils sont une famille, au besoin une équipe, et leur meneur s’appelle le « Captain Fantastic », titre dont s’honore Matt Ross, auteur et réalisateur du film. Lire la suite

GRÂCE à DIEU

Le servant écarlate

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« On lui amena aussi les petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples, voyant cela, reprenaient ceux qui les amenaient. Et Jésus les appela, et dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »

Luc XVIII, 15-16

Depuis le haut de la colline, elle regarde la ville. La nuit, quand tout le quartier se fond dans le silence et l’obscurité, elle s’illumine, dominatrice et orgueilleuse. Mais aujourd’hui, Notre-Dame de Fourvière est sous les spotlights, et sa lumière fait tâche dans le regard des victimes d’un prêtre pédophile. Alors que Jean-Paul s’est toujours assis sur ces accusations, que Benoît a entamé le mea culpa, François entend faire le ménage, et Ozon se targue d’en faire un film. Il prend au mot son Primat des Gaules et, « Grâce à Dieu » les faits au cinéma ne sont pas encore prescrits. Lire la suite

SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite

La MULE

Dans le jardin du bien et du mal

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« Le souvenir que je garde d’Eastwood, c’est celui de sa veine temporale, sur la partie droite du front (…) La veine temporale d’Eastwood fait partie de son charme, lui donne plus de caractère. A chaque nouveau film, j’attends impatiemment l’évolution de cette veine. »

Luc Moullet in « Clint Eastwood, un géant à Hollywood », les Inrocks2, 2011.

La dernière fois qu’on l’avait vu dans un de ses films, c’était entre quatre planches, alors qu’il remisait au garage sa « Gran Torino » et mettait en scène ses propres funérailles. Mais la veine de Clint Eastwood palpite encore. Le papy se relève pour faire « la Mule », change sa vielle Ford pour un pick-up Lincoln Mark LT laqué noir, et doux, dur, dingue, redémarre « on the road again ». Lire la suite

ROMA

Et le ciel, et la Terre

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« I have been here before,
But when or how I cannot tell:
I know the grass beyond the door,
The sweet keen smell,
The sighing sound, the lights around the shore. »

Dante Gabriel Rossetti, Sudden light, 1863

« Rien ne dure sans fin ; nul souvenir, si intense soit-il, qui ne s’éteigne. »

Juan Rulfo, Pedro Páramo, 1955

Trouver le lien qui unit le ciel et la terre, ce fil invisible qui met l’homme en résonnance avec le cosmos, avec les forces invisibles de l’univers, telle semble être la quête métaphysique conduite par Alfonso Cuarón à travers son cinéma. Pour ce faire, il explore tous azimuts, tout droit vers « les grandes espérances » ou dans un futur sans perspective (« les fils de l’homme »), dans les arcanes d’un monde magique (« le prisonnier d’Azkaban »), se projète en orbite, aux frontières du néant (« Gravity »), avant de revenir en ce bas monde. Cuarón a fait le tour de la terre, et c’est désormais le cercle de l’intime qu’il referme, à l’aventure de ses souvenirs, au cœur des douleurs et des bonheurs passés. « Amarcord » disait Fellini, alors il se souvient de sa « Roma ». Lire la suite

Une affaire de famille

Nobody knows

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« Quand tout va bien, on suit son chemin sans trop penser à ceux qui vous accompagnent, mais quand tout va mal, quand on se sent dans une mauvaise voie, surtout quand on est vieux, c’est-à-dire sans foi dans le lendemain, on a besoin de s’appuyer sur ceux qui vous entourent et on est heureux de les trouver près de soi. »

Hector Malot, Sans Famille, 1878

« C’est l’histoire d’une famille, l’histoire d’un homme qui tente d’assumer son rôle de père et, plus encore, le récit initiatique d’un jeune garçon. »

Kore-eda Hirokazu

Être né quelque part pour celui qui y est né est toujours un hasard. Mais qui n’a pas rêvé un jour de pouvoir choisir ses parents ? Cette idée a sans doute traversé plusieurs fois l’esprit du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, lui qui grandit entre mère et sœurs, marqué par le souvenir d’un père régulièrement absent. Devenu cinéaste, il en fait « Une affaire de famille », thème récurrent qui traverse une œuvre reconnue, un fait de société qui devient même le titre d’un film couronné d’une Palme d’Or et gratifié d’un accueil critique très largement élogieux. Lire la suite