SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite

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La MULE

Dans le jardin du bien et du mal

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« Le souvenir que je garde d’Eastwood, c’est celui de sa veine temporale, sur la partie droite du front (…) La veine temporale d’Eastwood fait partie de son charme, lui donne plus de caractère. A chaque nouveau film, j’attends impatiemment l’évolution de cette veine. »

Luc Moullet in « Clint Eastwood, un géant à Hollywood », les Inrocks2, 2011.

La dernière fois qu’on l’avait vu dans un de ses films, c’était entre quatre planches, alors qu’il remisait au garage sa « Gran Torino » et mettait en scène ses propres funérailles. Mais la veine de Clint Eastwood palpite encore. Le papy se relève pour faire « la Mule », change sa vielle Ford pour un pick-up Lincoln Mark LT laqué noir, et doux, dur, dingue, redémarre « on the road again ». Lire la suite

ROMA

Et le ciel, et la Terre

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« I have been here before,
But when or how I cannot tell:
I know the grass beyond the door,
The sweet keen smell,
The sighing sound, the lights around the shore. »

Dante Gabriel Rossetti, Sudden light, 1863

« Rien ne dure sans fin ; nul souvenir, si intense soit-il, qui ne s’éteigne. »

Juan Rulfo, Pedro Páramo, 1955

Trouver le lien qui unit le ciel et la terre, ce fil invisible qui met l’homme en résonnance avec le cosmos, avec les forces invisibles de l’univers, telle semble être la quête métaphysique conduite par Alfonso Cuarón à travers son cinéma. Pour ce faire, il explore tous azimuts, tout droit vers « les grandes espérances » ou dans un futur sans perspective (« les fils de l’homme »), dans les arcanes d’un monde magique (« le prisonnier d’Azkaban »), se projète en orbite, aux frontières du néant (« Gravity »), avant de revenir en ce bas monde. Cuarón a fait le tour de la terre, et c’est désormais le cercle de l’intime qu’il referme, à l’aventure de ses souvenirs, au cœur des douleurs et des bonheurs passés. « Amarcord » disait Fellini, alors il se souvient de sa « Roma ». Lire la suite

Une affaire de famille

Nobody knows

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« Quand tout va bien, on suit son chemin sans trop penser à ceux qui vous accompagnent, mais quand tout va mal, quand on se sent dans une mauvaise voie, surtout quand on est vieux, c’est-à-dire sans foi dans le lendemain, on a besoin de s’appuyer sur ceux qui vous entourent et on est heureux de les trouver près de soi. »

Hector Malot, Sans Famille, 1878

« C’est l’histoire d’une famille, l’histoire d’un homme qui tente d’assumer son rôle de père et, plus encore, le récit initiatique d’un jeune garçon. »

Kore-eda Hirokazu

Être né quelque part pour celui qui y est né est toujours un hasard. Mais qui n’a pas rêvé un jour de pouvoir choisir ses parents ? Cette idée a sans doute traversé plusieurs fois l’esprit du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda, lui qui grandit entre mère et sœurs, marqué par le souvenir d’un père régulièrement absent. Devenu cinéaste, il en fait « Une affaire de famille », thème récurrent qui traverse une œuvre reconnue, un fait de société qui devient même le titre d’un film couronné d’une Palme d’Or et gratifié d’un accueil critique très largement élogieux. Lire la suite

Une étoile est née (1954)

What price Glory ?

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 « Quand on lit un bon scénario, et celui-ci à l’époque était vraiment magnifique, on ne peut pas s’empêcher de penser que ça fera un film merveilleux. »

James Mason

Lorsque le cinéma est né, il ne parlait pas. Mais dès qu’on lui a donné la parole, il s’est mis à chanter. Il s’est mis à chanter du jazz, à clamer haut et fort son amour de la musique. Il s’est paré des mille et une couleurs qui prennent leur source « over the rainbow », dans un geyser en Technicolor. Il en a habillé ses plus belles actrices, allumant dans le ciel une myriade de galaxies nouvelles. Parmi celles qui se sont mises à danser, « une étoile est née ». On la baptisa Judy Garland. Et au firmament de sa carrière, le réalisateur George Cukor s’est permis de la décrocher. « Light, camera, action ! » Lire la suite

COLD WAR

Loin de toi

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« Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

Romain Gary, La promesse de l’Aube, 1960.

« Quand je pense à mon pays, j’exprime ce que je suis, jetant l’ancre sur mes racines » dit un jour un Polonais béni de Dieu. Comme pour lui, la Pologne n’a jamais cessé d’habiter les pensées de Pawel Pawlikowski, cinéaste de l’exil et des âmes déchirées. Sur le pré-carré du grand écran de ses nuits en noir et blanc, il retend le rideau de fer pour mieux déterrer la « Cold War » des archives documentaires, passe le check-point des sentiments quitte à oublier d’en réchauffer les braises. Lire la suite

Mademoiselle de Joncquières

Ô Marquis, si tu savais…

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Contre l’amour, voulez-vous vous défendre ?
Empêchez-vous de voir et d’entendre
Gens dont le cœur s’explique avec esprit,
Il en est peu de ce genre maudit,
Mais trop encore pour mettre un cœur en cendres,
Il en est peu de ce genre maudit.

Madame Deshoulières, Contre l’amour, XVIIème siècle

Il est de bien jolies fleurs qui ne se laissent aisément saisir, car elles sont en premier lieu destinées au simple plaisir des yeux. Mais le désir de certains hommes ne souffre qu’elles demeurent hors d’atteinte. Gare alors à l’épine invisible qui pourrait endolorir le hardi cueilleur. C’est peu ou prou de cette belle manière qu’illustre avec une infinie élégance Emmanuel Mouret lorsqu’il s’éprend de « Mademoiselle de Joncquières », une de ces belles dames du temps jadis, pièce centrale d’un échiquier autour duquel ne gravitent pas toujours les meilleures intentions. Le petit théâtre costumé est prêt à entrer en scène, que la fête commence ! Lire la suite