Les DEMOISELLES de ROCHEFORT

Ouest Side Stories

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« Un film léger parlant de choses graves vaut mieux qu’un film grave parlant de choses légères. »

Jacques Demy.

A Rochefort, c’est jour de fête. Les forains s’installent sur la place Colbert, l’égayent de festons et de rubans de couleur. Le centre-ville à la rigueur toute militaire s’est même pour l’occasion offert un ravalement de façade, maquillée aux teintes pastelles. Pas de facteur à bicyclette dans les environs mais ça gesticule et ça s’ébroue sous les fenêtres des « Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy. Plus de cinquante années ont passé, mais le temps ne semble pas avoir de prise sur ce moment de bonheur du musical français. Lire la suite

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MARIE-OCTOBRE

Les 10 salopards

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« A la Libération, le Comité d’épuration me convoqua. Je rencontrai Decoin dans un couloir. Il m’embrassa et me demanda, très étonné, ce que je faisais là. Je répondis que je n’en avais pas la moindre idée. « Mais c’est idiot, tu n’as rien à te reprocher. Rentre chez toi. Je m’occupe de ton dossier, si tu en as un. » Je suis repartie et je n’ai plus jamais entendu parler de rien. »

Danielle Darrieux, Danielle Darrieux : filmographie commentée par elle-même, Ramsay, 2003.

Vienne la nuit, sonne l’heure. Sur la route qui rejoint le domaine de la Chênaie, le gong lointain de Radio Londres, et quelques accords du Chant des Partisans se  font entendre, encore, à la nuit tombée, dans le brouillard de l’après-guerre. Ils seront neuf survivants à se retrouver, répondant à l’appel de « Marie-Octobre » tandis que, dissimulé derrière le paravent du décor, Julien Duvivier place ses pions sur l’échiquier du psychodrame. Lire la suite

Quai des Orfèvres

Bijou bijou

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« Je crois que j’ai eu le meilleur Clouzot. » Suzy Delair

Avant la guerre, le public français applaudissait le « quai des brumes », donnait dans le réalisme poétique façon Carné, Prévert et Jeanson. Une fois Paris libéré, Henri-Georges Clouzot nous donne plutôt rendez-vous au « Quai des Orfèvres », une immersion dans le réalisme policier, non sans faire preuve de fantaisie, naturellement. Lire la suite

AVA

Les yeux noirs

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« Qu’est-ce donc que cette joie du premier soleil ? Pourquoi cette lumière tombée sur la terre nous emplit-elle ainsi du bonheur de vivre ? Le ciel est tout bleu, la campagne toute verte, les maisons toutes blanches ; et nos yeux ravis boivent ces couleurs vives dont ils font de l’allégresse pour nos âmes. Et il nous vient des envies de danser, des envies de courir, des envies de chanter, une légèreté heureuse de la pensée, une sorte de tendresse élargie, on voudrait embrasser le soleil. »

Guy de Maupassant, L’aveugle, 1882

Plonger dans le noir. Fermeture à l’iris, l’obscurité envahit l’écran, sans espoir de retour. Perdre la vue, c’est sans doute le cauchemar de tout cinéaste pour qui ce sens est, plus que tout autre, primordial. Dans une comédie pleine d’autodérision, Woody Allen s’en amusait follement, mais Léa Mysius, pour son entrée en long métrage, choisit une voie plus grave. Ce sera celle d’« Ava », héroïne indocile et ombrageuse qui, malgré sa cécité menaçante, n’a pas l’intention de nous faire verser une larme. Lire la suite

La PROMESSE de l’AUBE

Tout sur sa mère

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« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Romain Gary, La promesse de l’aube, 1960.

Romain Gary disait : « L’homme n’a qu’une vie mais il est fait pour la vivre au moins deux fois. » Il faudra donc pas moins de deux adaptations au cinéma de son roman « La promesse de l’aube » pour essayer de toucher du doigt le personnage tourmenté et suicidaire qui se cachait derrière l’homme de plume. Après Jules Dassin de son vivant, c’est le français Éric Barbier qui, à titre posthume, entend bien traduire sur écran large le récit picaresque de cet étonnant personnage qui fut toute sa vie convaincu qu’il devait tout à sa maman. Lire la suite

MAUVAISE GRAINE

D.D. l’embrouille

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« Mauvaise Graine », film plein de culot qui mériterait d’être mieux connu, reste l’unique réalisation indépendante de Wilder. C’est, si l’on veut, son « Reservoir dogs ».

Cameron Crowe

Elle venait de fêter son siècle d’existence quand soudain elle a disparu. Lorsque Danielle, la musicienne de quatorze ans fut invitée au « Bal » du cinématographe, son merveilleux carrosse de succès plus jamais ne se transforma en citrouille, faisant d’elle la Darrieux, la plus pimpante des fiancées de Paris. Il lui suffit alors d’un sourire, d’une démarche chaloupée en lisière du Bois de Boulogne pour qu’elle alpague un riche monsieur à la Packard verte. Trop heureux de l’avoir attirée dans son bel attelage c’est en terrasse à Longchamp qu’il comptait bien conclure. Fort marri il se trouva pourtant puisque la belle plante s’avéra être sortie d’une « Mauvaise Graine » plantée par un  Billy Wilder déjà bien malicieux. Lire la suite

Le juge FAYARD dit « le SHERIFF »

L’affaire est dans le SAC

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« J’aime bien Boisset. Pas tellement parce que c’est un bon metteur en scène, mais parce que si tu lui mets un marron, il te le rend aussi sec. »

Patrick Dewaere

Yves Boisset renfile son par-dessus de journaliste d’investigation avant de tourner « Le Juge Fayard dit le Sheriff ». Cette transposition à peine maquillée de l’enquête menée quelques années plus tôt par le juge François Renaud (premier juge d’instruction à être abattu depuis la fin de l’Occupation) entend bien, à la manière d’un Francesco Rosi, pointer du doigt tous ceux qui ont fait « main basse sur la ville ». Lire la suite