Un FRANÇAIS

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« Les enfants qui jouent avec des allumettes ne provoquent pas toujours des incendies. Cependant, par prudence, on ne laisse pas les enfants jouer avec des allumettes. Encore moins avec des armes nucléaires. Mais on ne laisse pas, non plus, quatre millions d’électeurs jouer avec le Front National. »

Guy Konopnicki, Les Filières Noires, 1996.

Il y a des films inoffensifs. Il en sort chaque mercredi, qui nous endorment ou nous réjouissent. Des films à base de voyages intergalactiques, d’animaux qui parlent, avec des héros invincibles qui nous sauvent in extremis de la menace, qui sortent de l’ordinaire et nous emportent à des parsecs de nos tracas quotidiens. Et puis il y en a d’autres qui peuvent faire peur. Et ce ne sont pas nécessairement ces films d’épouvante qui secouent nos balises rationnelles, mais d’autres qui donnent à voir ce qui se joue sur le parking à la sortie, en bas de l’immeuble et peut-être dans la rue demain, ce qui se trame à l’arrière des manifs. Avec la délicatesse d’un parpaing qui tombe du toit, le polyvalent Diastème s’est fendu il y a peu d’un film coup de poing, d’un film qui engage et qui nous parle puisqu’il parle d’« un Français ». Lire la suite

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MADAME DE…

Initiales D.D.

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« Quelle sublime comédienne, regardez ce tendre mouvement de l’épaule ! Regardez ses yeux mi-fermés ! Et ce sourire… oui, son sourire qui ne sourit pas, mais qui pleure ! Ou qui fait pleurer… J’adore travailler avec elle ! Elle sait parfaitement s’imbiber de mes conceptions, comme une idéale éponge intellectuelle, pour les faire égoutter ou, s’il faut, les déverser dans les scènes à jouer, avec une précision de mathématicien… Je l’adore ! »

Max Ophuls

Le cercle est indubitablement un motif de prédilection chez Max Ophuls. Après l’anneau nuptial enfermant Barbara Bel Geddes dans « Caught », entre « la ronde » de Schnitzler et le cirque de « Lola Montès », il réalise son pénultième film, l’éblouissant « Madame de …» à partir du roman de la grainetière Louise de Vilmorin.

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CESSEZ-LE-FEU

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« Tends le cou, soldat, voici les coteaux de chez toi, les bois, les fermes, les marais. Là-bas, dans la vallée, l’Aisne coule dans les roseaux et ta maison t’attend toujours, avec son bandeau de glycine… Allons, un effort, soldat, raidis-toi, sors du trou !…    Et du fond de son rêve, Jacques voyait quelqu’un venir : seul, sur la route, traînant son ombre, le mort casqué rentrait chez lui. »

Roland Dorgelès, Le réveil des morts, 1923.

Au début du XXème siècle, la Grande Guerre avait faim. Elle aura mangé près d’un bonhomme sur trois qui s’élançait à sa rencontre sur cet immense rouleau de terre boueuse et lacérée déroulé de la mer du Nord au massif des Vosges. Chez les Laffont, on en prend acte, puisqu’un des leurs est donné manquant quand enfin sonne le clairon du « Cessez-le-feu ». Lire la suite

CORPORATE

Le sale boulot

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Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. »

Le livre de Jonas

Aujourd’hui, chez France Telecom ou bien ailleurs, on peut entrer par la grande porte, mais on peut aussi sortir par la fenêtre. C’est ce que tend à démontrer Nicolas Silhol dès les premières minutes de « Corporate ». Lire la suite

GRAVE

Le festin nu

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« It’s not « natural », « normal » or kind

The flesh you so fancifully fry

The meat in your mouth

As you savour the flavour

Of murder »

The Smiths, Meat is murder, 1985.

Sucré ou salé ? Entrée ou dessert ? Bénin ou « Grave » ? Le monde ne se divise pas si aisément en deux catégories selon Julia Ducournau dans ce premier long-métrage. Il faut apprendre à mettre un peu de tout dans son assiette, varier les saveurs pour éveiller les papilles et aiguiser l’appétit. Après visionnage des parties les plus crues, certains auront trouvé le festin cannibale bien indigeste, allant jusqu’à rendre le contenu de leur précédent repas au fond de la cuvette. Ce n’est pas le cas du jury du festival de Gerardmer qui a choisi de lui accorder toutes ses étoiles, quand bien même la réalisatrice se défend-elle de réduire son film au strict champ horrifique. Lire la suite