AMANDA

Le stade de Wimbledon

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« Elvis a quitté le bâtiment. Je veux être franc avec vous. Vous le savez. Il a quitté le bâtiment. Il a quitté la scène, il est sorti par derrière avec les policiers, et maintenant il est parti. »

Horace Logan, Shreveport, Louisiana, December 15, 1956.

Dans la vie, il est des dates marquantes. Et parfois, certaines sont aussi vouées à marquer l’Histoire. Il va sans dire que les attentats du 13 novembre 2015 ont profondément bouleversé les esprits, frappant au cœur la quiétude des citadins, sonnant le glas de l’insouciance du Parisien. Petit gars de Sèvres, Mikhaël Hers en fut forcément ému, habituellement si attaché à la douceur de vivre, nourri au miel de la pop music et de la grande littérature, dont le cinéma était jusqu’alors baigné de songes mélancolieux comme il s’en invite parfois sur les terrasses ensoleillées les dimanches en fin d’après-midi. Tandis que Paris pleure ses morts, dort une petite orpheline qui s’ignore. Il l’a prénommée « Amanda ». Saura-t-il, comme à nous, lui redonner le sourire ? Lire la suite

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Le CHANT du LOUP

A la trace

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« Allo… Dimitri ? (…) Vous vous rappelez ce qu’on a dit en cas de problème avec la bombe ? La bombe, Dimitri. La bombe à hydrogène. »

Peter Sellers in « Doctor Strangelove », Stanley Kubrick, 1964

En surface, rien n’y paraît. Mais plusieurs dizaines de mètres sous les eaux, ça remue, ça vibre, ça résonne. C’est en-dessous, dissimulée dans les profondeurs océaniques, qu’est tapie notre force de dissuasion. Invisible et silencieuse, elle porte la mort. Antonin Baudry, qui a jadis navigué au sein du « Quai d’Orsay », s’y connaît en prédateurs sous-marins. Toujours à l’écoute du bruit du monde, cette fois il traque « le chant du loup ». Aidé de la fine fleur de la Marine Nationale, il filme en immersion ces soldats inconnus qui, pour que nous vivions heureux, vivent cachés.

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GRÂCE à DIEU

Le servant écarlate

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« On lui amena aussi les petits enfants, afin qu’il les touchât. Mais les disciples, voyant cela, reprenaient ceux qui les amenaient. Et Jésus les appela, et dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »

Luc XVIII, 15-16

Depuis le haut de la colline, elle regarde la ville. La nuit, quand tout le quartier se fond dans le silence et l’obscurité, elle s’illumine, dominatrice et orgueilleuse. Mais aujourd’hui, Notre-Dame de Fourvière est sous les spotlights, et sa lumière fait tâche dans le regard des victimes d’un prêtre pédophile. Alors que Jean-Paul s’est toujours assis sur ces accusations, que Benoît a entamé le mea culpa, François entend faire le ménage, et Ozon se targue d’en faire un film. Il prend au mot son Primat des Gaules et, « Grâce à Dieu » les faits au cinéma ne sont pas encore prescrits. Lire la suite

SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite

Paradis Perdu

Le chant du départ

Fernand Gravey, Micheline Presle

« C’est pendant l’Occupation que j’ai eu mon premier choc cinématographique. Un jour mes parents m’ont emmené voir « Paradis Perdu », un film d’Abel Gance qui avait comme particularité de prendre pour sujet la guerre de 14. C’était un spectacle extraordinaire, je n’ai jamais retrouvé au cinéma une émotion collective comme à l’époque de Paradis perdu, où la salle était composée de femmes et de soldats, de permissionnaires, de gens qui étaient là et qui ne savaient pas combien de temps ils resteraient ensemble. »

François Truffaut, émission Impromptu de Vacances, 25 juin 1965

« Le cœur cherche sans cesse l’écho de sa jeunesse » dit la chanson popularisée par madame Lucienne Delyle et qui donne son titre et sa motivation au film. Ce « Paradis Perdu », c’est celui qui, toute sa vie durant, aura été l’objet de la quête d’Abel Gance, celui dont il nous aura vanté les bienfaits et dont il aura pressenti la fin. Le « grand magicien » du muet, l’homme des fresques napoléoniennes en Polyvision se fend ici d’une bluette mélodramatique sans conséquence qui va, par un étrange concours de circonstances, passer à la postérité. Lire la suite

Le GRAND BAIN

Avant de toucher le fond

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« Il faut avoir oublié le beaucoup, pour l’amour de l’important. »

Rainer Maria Rilke

Les ronds, c’est pas carré, ce n’est pas une découverte. Gilles Lellouche ne revendique d’ailleurs aucunement la paternité de cette observation lorsqu’il met les formes pour nous plonger dans « Le grand bain » avec sa sympathique troupe de nageurs non-professionnels. Le regard dissimulé derrière l’œilleton, il pousse tout son petit monde à l’eau histoire de voir si le principe d’Archimède a encore la force de repêcher les cabossés de la Terre. Lire la suite

Première Année

Deux pour cent

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« Cette première année n’est plus supportable, c’est un gâchis humain »

Agnès Buzyn, Ministre de la Santé.

Numerus Clausus : Limitation discriminatoire du nombre de personnes admises à un concours, à une fonction, à un grade, conformément à une décision prise par une autorité. Telle est la définition qu’en propose le dictionnaire Larousse. Appliqué aux études de médecine, le nombre fait office de couperet impitoyable qui s’abat froidement sur les espoirs de pléthore d’étudiants qui rêvaient de stéthoscopes et de scalpels. Ce nombre, Thomas Lilti ne le connaît que trop. Généraliste qui fait aussi dans le cinéma, il se souvient de sa PACES, remonte à sa « Première année » pour mieux prendre le pouls actuel de ces bêtes de concours. Lire la suite