SOLO

M le Mocky

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« Quand je serai mort, il est possible qu’on parle plus de moi que de Luc Besson. »

Jean-Pierre Mocky, Pensées, répliques et anecdotes, 2009.

Dernier, ou presque, des ruffians de la Nouvelle Vague, Jean-Paul Adam Mokiejewski dit Jean-Pierre Mocky était sans doute le plus virulent, le plus caustique aussi. Sûrement pas un franc-tireur (« moi je n’ai jamais tué personne ! » disait-il), mais un insoumis assurément, un desperado de première dont on gardera en mémoire les célèbres emportements. Mocky c’était aussi un acteur, sorti du Conservatoire avec Marielle et Bébel, sous la baguette d’un Jouvet qui trouvait qu’il avait une gueule d’aventurier. Mocky c’était aussi évidemment un metteur en scène, qui a côtoyé tout ce qui s’est fait mieux dans le cinéma français. Tandis qu’on se lacrymogène dans les avenues de Paris, Mocky fait sa « grande lessive (!) » avec Bourvil et Francis Blanche. Dans la foulée, il se met en scène dans « Solo » (aucun rapport avec le flibustier de Ron Howard), polar nerveux qu’il réalise au sortir de la chienlit, où il fait le plein de fiel et d’amertume. Lire la suite

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Au COEUR de l’ORAGE

Ici commence le pays de la Liberté

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« Anne et Dubreuilh étaient descendus de leurs bicyclettes et regardaient quelque chose. Henri les rejoignit et vit que c’était des croix : des croix blanches sans nom, sans fleurs. Le Vercors. Ce mot couleur d’or brûlé, couleur de chaume et de cendre, rude et sec comme une garrigue mais traînant après soi un relent de fraîcheur montagnarde, ce n’était plus le nom d’une légende. Le Vercors. C’était ce pays de montagne au poil humide et roux, aux forêts transparentes, où le dur soleil faisait lever des croix. »

Simone de Beauvoir, Les Mandarins, 1954.

Si aucune région de France n’a le monopole de la douleur, il est des endroits reculés où les cicatrices semblent encore à vif. Le Vercors est une citadelle inexpugnable, un havre d’écrivain (Jean Prévost), un massif d’inspiration (d’où l’on peut entendre « le silence de la mer »), un refuge pour l’insurgé. C’est surtout une formidable terre d’espoir dans un pays « Au cœur de l’orage ». Son insolente existence, insupportable aux yeux de l’envahisseur, conduira ses habitants au douloureux sacrifice, celui auquel le cinéaste Jean-Paul Le Chanois entend rendre hommage, afin d’offrir à ses martyrs leur droit à l’immortalité. Lire la suite

Le VOYAGE dans la LUNE

Pas de géant

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« De deux choses l’une, l’autre c’est le soleil. »

Jacques Prévert.

Lorsque les frères Lumière inventent le cinéma, ils ouvrent la voie vers d’autres contrées visuelles, repoussent les frontières de l’image. Une des premières grandes conquêtes du cinéma sera la Lune. L’astre qui illumine nos nuits avait depuis trop longtemps nargué le regard des habitants de la Terre pour que dès que l’occasion se présentât, il ne leur prenne l’envie d’aller lui rendre une petite visite. Lune mince, Mens Lune. Qu’elle soit croissant, pleine ou gibbeuse, sa charmante surface de nacre a, dans l’imaginaire des explorateurs de pellicule, toujours été couverte d’un voile de mystère dissimulant bien des dangers…

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SIBYL

Au-dessous du volcan

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« Je sens qu’il faut toujours faire deux films avec une actrice, parce que pour le premier il y a une forme de pudeur liée à la rencontre. J’avais envie d’un autre film avec Virginie, où je pourrai lui demander beaucoup plus. »

Justine Triet in Les Cahiers du Cinéma n°755, mai 2019.

A l’origine, dans la Grèce antique, la sibylle est une femme qui lit dans l’avenir. En ôtant deux lettres à son prénom, Justine Triet la prive de ce pouvoir, ne l’autorisant à lire que dans l’esprit des autres. C’est son métier, « Sibyl » est psy. Mais à force de recueillir ces confessions sur canapé, se fend peu à peu la paroi qui sépare sa vie de celle des autres, pénétrant un territoire mental fascinant mais hautement sulfureux, qui entre en éruption dans un film sous influence. Lire la suite

Quelques jours avec moi

Larme à gauche

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« Travailler avec Marielle a été un grand plaisir. Pour moi, c’était une apothéose de lui donner un second rôle de cette qualité. »

Claude Sautet in Sautet par Sautet, N.T. Binh et Dominique Rabourdin, 2005

« Les Césars, j’en ai rien à foutre. Je ne suis pas un acteur de tombola. »

Jean-Pierre Marielle

Quand un acteur s’éteint, c’est aussi une voix qui se tait. Jean-Pierre Marielle était une voix unique, singulière, reconnaissable entre toutes. Ne retenir qu’un film parmi tous ceux qu’il a tournés relève de l’absurde, car ils appartiennent tous à ce que Philippe Labro appelle « la légende Marielle ». Mais lorsque Claude Sautet lui propose de passer « quelques jours avec moi », on ne demande pas mieux. Sur son nom, on est prêt à faire les valises et à partir vers on ne sait quelle destination. Lire la suite

AMANDA

Le stade de Wimbledon

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« Elvis a quitté le bâtiment. Je veux être franc avec vous. Vous le savez. Il a quitté le bâtiment. Il a quitté la scène, il est sorti par derrière avec les policiers, et maintenant il est parti. »

Horace Logan, Shreveport, Louisiana, December 15, 1956.

Dans la vie, il est des dates marquantes. Et parfois, certaines sont aussi vouées à marquer l’Histoire. Il va sans dire que les attentats du 13 novembre 2015 ont profondément bouleversé les esprits, frappant au cœur la quiétude des citadins, sonnant le glas de l’insouciance du Parisien. Petit gars de Sèvres, Mikhaël Hers en fut forcément ému, habituellement si attaché à la douceur de vivre, nourri au miel de la pop music et de la grande littérature, dont le cinéma était jusqu’alors baigné de songes mélancolieux comme il s’en invite parfois sur les terrasses ensoleillées les dimanches en fin d’après-midi. Tandis que Paris pleure ses morts, dort une petite orpheline qui s’ignore. Il l’a prénommée « Amanda ». Saura-t-il, comme à nous, lui redonner le sourire ? Lire la suite

Le CHANT du LOUP

A la trace

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« Allo… Dimitri ? (…) Vous vous rappelez ce qu’on a dit en cas de problème avec la bombe ? La bombe, Dimitri. La bombe à hydrogène. »

Peter Sellers in « Doctor Strangelove », Stanley Kubrick, 1964

En surface, rien n’y paraît. Mais plusieurs dizaines de mètres sous les eaux, ça remue, ça vibre, ça résonne. C’est en-dessous, dissimulée dans les profondeurs océaniques, qu’est tapie notre force de dissuasion. Invisible et silencieuse, elle porte la mort. Antonin Baudry, qui a jadis navigué au sein du « Quai d’Orsay », s’y connaît en prédateurs sous-marins. Toujours à l’écoute du bruit du monde, cette fois il traque « le chant du loup ». Aidé de la fine fleur de la Marine Nationale, il filme en immersion ces soldats inconnus qui, pour que nous vivions heureux, vivent cachés.

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