Que la fête commence…

L’homme qui ne voulait pas être roi

« – Monseigneur, dit l’homme qui était près de lui, il en coûte pour être un grand prince, et celui qui veut commander aux autres doit d’abord se vaincre lui-même. Soyez fort jusqu’au bout, monseigneur, et la postérité dira que vous avez été grand.
 – Oh jamais je ne vous pardonnerai, monsieur, dit le régent avec un soupir si profond qu’il ressemblait à un gémissement, car vous avez tué mon bonheur. »

Alexandre Dumas, Une fille du Régent, 1845.

Dans la galerie des grands qui ont dirigé ce monde, on a vu passer une palanquée d’énergumènes. Les écrits d’historiens sont truffés d’anecdotes plus ou moins croustillantes sur les mœurs légères des princes de sang. Ainsi le régent Philippe d’Orléans, mal aimé des chroniqueurs, aura marqué les mémoires davantage pour ses orgies décadentes que pour sa capacité à gouverner dignement. Dans son deuxième film, Bertrand Tavernier nous invitait à dépoussiérer le tableau, à regarder l’Histoire autrement, au-delà des vitrines du musée, en remontant le temps jusqu’à ce « Que la fête commence… » Lire la suite

ILLUSIONS PERDUES

Les masques et la griffe

« Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l’ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l’étendue de la corruption humaine. »

Honoré de Balzac

De quoi Balzac est-il le nom ? Voilà bien une question qui taraude Xavier Giannoli, lui qui a laissé mûrir depuis de nombreuses années ce projet d’adapter « Illusions perdues ». La réponse s’est construite au fil des films qu’il a tournés, qui sont autant de pierres à l’édifice de la comédie humaine, comme autant d’arrêts sur image édifiants. Du ringard de bastringue à la diva discordante, de l’inconnu célébré à l’imposteur bâtisseur, tous mentaient ou se mentaient, piquant droit vers Rubempré et sa poésie florale joliment dépouillée par le tumulte d’une farandole à l’effrayante cruauté. Lire la suite

Le DERNIER DUEL

Balance ton heaume

« 1. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » Dieu a voulu l’espèce humaine bisexuée et l’union de ces deux sexes.
2. Mais il a créé ces sexes inégaux : « Il faut que je lui fasse une aide (adjuditorium) qui lui ressemble (simili sibi).  » L’homme a précédé ; il conserve la préséance. Lui-même est image de Dieu. De cette image, la femme n’est qu’un reflet, second. « Chair de la chair d’Adam », le corps d’Eve fut formé latéralement. Ce qui le place en position mineure. »

Règlement matrimonial médiéval in Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre, 1981.

Ils sont peu, aujourd’hui, les grands cinéastes à oser s’aventurer dans les grandes heures de l’Histoire. S’il en est un qui, depuis son premier film, s’en est fait une spécialité, c’est bien Sir Ridley Scott. Cinéaste pointilleux, adepte des grandes fresques comme naguère l’était le pionnier De Mille, il n’a fait l’impasse sur aucune période, tournant sa caméra vers le passé autant que vers l’avenir. Après avoir conté le temps de croyants du « Kingdom of Heaven », puis narré la légende du brigand de Locksley dans « Robin Hood », le voici de retour au temps où la France revêtait « son blanc manteau de cathédrales », à la faveur d’un « Dernier Duel » qui opposa deux preux sous l’œil du roi, et d’une gente dame qui réclamait que l’on lave son honneur faute de pouvoir elle-même le défendre à armes égales. Lire la suite

BENEDETTA

La chair et le sein

« J’ai toujours été très intéressé par les comportements sexuels. Qui ne l’est pas ? »

Paul Verhoeven

Il en aura mis du temps. Tourné voilà maintenant près de trois ans, « Benedetta », le tant attendu film de Paul Verhoeven, monte enfin les marches du Palais des Festivals avec son cortège de souffrance, de violence, d’exaltation et de polémique en puissance. Ce véritable chemin de croix parcouru par le film et son réalisateur n’ont fait depuis qu’attiser les attentes, exciter les espérances d’un landerneau critique chauffé à blanc par une simple affiche. Alors, Verhoeven, touché par la grâce de Dieu ou lubrique manipulateur ? Lire la suite

Les DUELLISTES

Guerre et épées

« Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! »

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte V, scène 6, 1897.

Jeux de mains, jeux de vilains… dit-on. En effet, l’aristocrate au pugilat préfère de très loin l’élégance de l’épée lorsqu’il s’agit de laver un affront. Cela vaudra quelques beaux paragraphes de littérature, et de savoureuses séquences filmées lors desquelles ces messieurs ferraillent à qui mieux mieux. Ridley Scott n’avait semble-t-il aucun compte à régler lorsqu’il s’est emparé du « Duel » de Joseph Conrad pour en faire ses « Duellistes ». Le fait est qu’il transforme ce coup d’essai en véritable coup de maître, par son sens éblouissant de la lumière et de la mise en costume. Lire la suite

Le GRAND INQUISITEUR

Démonomanie

« Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi. »

Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886

Chez Robert Eggers comme chez Ari Aster, Satan semble avoir à nouveau la côte. Comme par « Hérédité », remontent les effluves pouacres d’un ancien chaudron cinématographique mitonné de l’autre côté de la Manche par un certain Michael Reeves. Jeune et ambitieux réalisateur britannique, il fut foudroyé dans la fleur de l’âge et n’aura profité que quelques mois de l’accueil réservé en salle à sa chasse aux sorcières, son dernier film achevé : « le grand inquisiteur ». Lire la suite

La RUPTURE

Au revoir

« La postérité ne retiendra rien de moi, nos sociétés sont sans mémoire. Mais je l’accepte sans difficulté. »

Valéry Giscard-d’Estaing in « VGE, le théâtre du pouvoir » de William Karel, 2002.

L’année où l’on célèbre De Gaulle, le troisième président de la Vème République expire son dernier « au revoir ». On ne compte plus les films ou les téléfilms qui se sont penchés sur les heures glorieuses du général micro. Bien moins héroïque, le septennat de VGE est le grand oublié de la fiction, jusqu’à ce que Laurent Heynemann ne revienne sur ces années où Giscard était à la barre, sur cette « Rupture » désormais historique entre un président et son Premier Ministre. Lire la suite

BEATRICE CENCI

La passion Béatrice

« Ah ! Mon dieu ! Se peut-il que je doive mourir de manière si subite ? D’aller si jeune sous la pourriture sombre et froide du sol grouillant de vers, clouée dans l’espace étroit d’un cercueil ! (…) Qui est-il jamais revenu nous enseigner les lois du royaume ignoré de la Mort, peut-être aussi injustes que celles qui maintenant nous chassent, ah ! Vers quoi, vers quoi ? »

Percy Bysshe Shelley, The Cenci, 1819

Le visiteur qui parcourt les salles du Palais Barberini à Rome, s’émerveillera certainement des chefs d’œuvre de la Renaissance italienne qui en ornent les murs. Entre Judith décapitant Holopherne sous le pinceau du féroce Caravage et l’impudique Fornarina signée Raphaël, il pourra s’attarder, tel Stendhal lors de son passage en ces lieux, sur le portrait d’une jeune femme à la chevelure enturbannée, dont le regard perdu semble celui d’une « pauvre fille de seize ans qui vient de s’abandonner au désespoir. » Cette toile incontournable de la Galleria Nazionale d’Arte Antica, œuvre de Guido Reni, représente supposément « Béatrice Cenci » juste avant sa décapitation sur ordre du pape Clément VIII, un pontife qui portait, ma foi, fort mal son prénom. Lire la suite

MASTER and COMMANDER : the far side of the world

Man’o’war

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« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. »

Aristote

Partir, loin, à l’autre bout du monde. Il fallait bien aller jusqu’aux antipodes pour trouver réalisateur capable de mettre dignement en scène un récit maritime au plein cœur de la guerre qui oppose Napoléon à ses rivaux anglais. Amateur d’îles aux trésors et de capitaines sans peur, Peter Weir ne pouvait qu’être conquis par cette proposition qui lui fut faite d’adapter en un ébouriffant film naval la synthèse des « Aubreyades » de Patrick O’Brian. Cœur vaillant, il monte à bord de ce projet enthousiasmant, sans oublier que « Master and Commander : the far side of the world » n’est pas que découverte et émerveillement. C’est aussi, et principalement, une course-poursuite sur les flots, une naumachie titanesque et sans merci entre deux mastodontes qui nous emmène au vent, toutes voiles dehors, par-delà l’horizon des évènements.

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BABY CART : Le Territoire des Démons

La Voie du Loup

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« Ainsi s’avance Ogami, le regard ultra-concentré ne fixant que le sol. Mais, heureusement, Daigoro, son fils, ouvre constamment les yeux sur le monde et transfigure les combats les plus sanglants en un spectacle, notre spectacle, étincelant. »

Jean Douchet, La DVDéothèque de Jean Douchet, 2006.

La pratique du sabre-laser dans les galaxies très lointaines nous ramène parfois vers des régions de notre planète pour le moins inattendues. Les lames les plus affûtées auront sans doute perçu dans les aventures du fameux mercenaire « Mandalorian » et de son vert compagnon aux longues oreilles quelques éclats de western à la sauce samouraï semblables à ceux qui ébréchaient naguère la tradition du film de sabre japonais. Dans les années 70, en compagnie du « loup solitaire » Ogami Itto et de son « louveteau » Daigoro, on pouvait traverser « Le territoire des démons » comme d’autres aujourd’hui le font de planète en planète. Tel est le cinquième volet de la série Baby Cart, mis en scène comme les trois premiers par l’incomparable Kenji Misumi, ultime coup de grâce avant de passer l’arme à gauche. Lire la suite