MASTER and COMMANDER : the far side of the world

Man’o’war

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« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. »

Aristote

Partir, loin, à l’autre bout du monde. Il fallait bien aller jusqu’aux antipodes pour trouver réalisateur capable de mettre dignement en scène un récit maritime au plein cœur de la guerre qui oppose Napoléon à ses rivaux anglais. Amateur d’îles aux trésors et de capitaines sans peur, Peter Weir ne pouvait qu’être conquis par cette proposition qui lui fut faite d’adapter en un ébouriffant film naval la synthèse des « Aubreyades » de Patrick O’Brian. Cœur vaillant, il monte à bord de ce projet enthousiasmant, sans oublier que « Master and Commander : the far side of the world » n’est pas que découverte et émerveillement. C’est aussi, et principalement, une course-poursuite sur les flots, une naumachie titanesque et sans merci entre deux mastodontes qui nous emmène au vent, toutes voiles dehors, par-delà l’horizon des évènements.

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BABY CART : Le Territoire des Démons

La Voie du Loup

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« Ainsi s’avance Ogami, le regard ultra-concentré ne fixant que le sol. Mais, heureusement, Daigoro, son fils, ouvre constamment les yeux sur le monde et transfigure les combats les plus sanglants en un spectacle, notre spectacle, étincelant. »

Jean Douchet, La DVDéothèque de Jean Douchet, 2006.

La pratique du sabre-laser dans les galaxies très lointaines nous ramène parfois vers des régions de notre planète pour le moins inattendues. Les lames les plus affûtées auront sans doute perçu dans les aventures du fameux mercenaire « Mandalorian » et de son vert compagnon aux longues oreilles quelques éclats de western à la sauce samouraï semblables à ceux qui ébréchaient naguère la tradition du film de sabre japonais. Dans les années 70, en compagnie du « loup solitaire » Ogami Itto et de son « louveteau » Daigoro, on pouvait traverser « Le territoire des démons » comme d’autres aujourd’hui le font de planète en planète. Tel est le cinquième volet de la série Baby Cart, mis en scène comme les trois premiers par l’incomparable Kenji Misumi, ultime coup de grâce avant de passer l’arme à gauche. Lire la suite

La SOURCE

Dies Irae

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« Alors je vis et j’entendis un aigle qui volait par le milieu du ciel, et qui disait à haute voix : Malheur ! Malheur ! Malheur aux habitants de la terre, à cause du son des trompettes dont les trois autres anges doivent sonner ! »

Apocalypse VIII-13

« J’ai tourné pour tant de pays, dans tant de pays que je ne m’en souviens même plus. »

Max Von Sydow

Une silhouette sombre descend d’un taxi. Un homme, sa valise à la main, s’avance sous la lueur d’un lampadaire, poursuivi par la nuit. Il sait que le Diable l’attend à l’étage. Cet homme, naguère chevalier qui eut bravé la Faucheuse en territoire pestiféré, s’apprêtait alors à combattre le démon en tenue d’Exorciste. De sa haute stature et de son port altier, il a arpenté le cinéma du monde entier. Cela le prédestinait à être dans les ordres, frémen au regard bleu couleur d’épice, candidat naturel à la race des seigneurs pour nombre de réalisateurs. Max Von Sydow n’est plus, échec au roi. Jamais, plus jamais nous ne verrons l’acteur dans un nouveau film. Mais pour mieux sonder son œuvre, percer l’armure de cette figure hiératique du cinéma suédois, allons nous abreuver à « la Source », celle qu’Ingmar Bergman porta à l’écran en s’inspirant d’une ballade du XIIIème siècle.

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Monty Python : Sacré Graal !

Le rire Jones

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« Ils durent manger un ménestrel mais l’allégresse ne les quitta point. »

On le disait dément depuis quelques temps, totalement fou le Monty. Mais comment eût-il pu en être autrement de la part de ce dingo sorti de Cambridge, à l’instar des autres surdiplômés du dernier rang qui composaient le joyeux cirque volant des Python ? Terry Jones avait la Galles, tel Perceval, inscrite dans les cinq lettres de son nom. Ainsi était-il né pour faire la quête, pour la gloire de l’Histoire médiévale. Et même si aujourd’hui nous rions Jones puisqu’il n’est plus, si même la mort n’a plus de sens, trinquons à la mémoire de holy Terry, resservons-nous encore un peu de ce « Sacré Graal ». Lire la suite

AMADEUS

rire et mourir

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« O ciel ! Où est donc l’équité si le don sacré, si le génie immortel ne récompensent pas l’amour éperdu, l’abnégation, le travail, les efforts, les prières, et s’ils illuminent un insensé, un viveur ?… O Mozart, Mozart ! »

Alexandre Pouchkine, Mozart et Salieri, 1830.

« Aujourd’hui, c’est à vous que je m’adresse, chers enfants. Savez-vous, petits connards, qu’à l’âge où vous jouez aux billes comme des imbéciles, Wolfgang Amadeus Mozart, lui, avait atteint le génie ? »

Pierre Desproges, la minute nécessaire de monsieur Cyclopède, 10 mars 1984.

On y entre par les bois. La douceur des bassons, les teintes subtiles des cors de basset invitent promptement au recueillement. Puis les cordes, à la force des archets, lentement mais sûrement, ouvrent un passage vers les chœurs annoncés solennellement par le martellement des timbales et des trombones. Le Requiem de Mozart est au-delà de la musique, c’est le sacré qui élève le profane, c’est une sublime invitation à marcher vers la mort. Le jour où son auteur a laissé échapper son dernier soupir, un grand silence a envahi le monde. Et ce silence était encore de lui. Un insoutenable silence qui rend fou, jusqu’à son plus proche rival. Cinq après la mort de ce dernier, Pouchkine a écrit une courte pièce intitulée « Mozart et Salieri ». Rimski-Korsakov en a fait un opéra, Peter Shaffer une autre pièce de théâtre, puis un scénario que le praguois Miloš Forman a changé en film dramatique et symphonique : « Amadeus ».

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Mademoiselle de Joncquières

Ô Marquis, si tu savais…

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Contre l’amour, voulez-vous vous défendre ?
Empêchez-vous de voir et d’entendre
Gens dont le cœur s’explique avec esprit,
Il en est peu de ce genre maudit,
Mais trop encore pour mettre un cœur en cendres,
Il en est peu de ce genre maudit.

Madame Deshoulières, Contre l’amour, XVIIème siècle

Il est de bien jolies fleurs qui ne se laissent aisément saisir, car elles sont en premier lieu destinées au simple plaisir des yeux. Mais le désir de certains hommes ne souffre qu’elles demeurent hors d’atteinte. Gare alors à l’épine invisible qui pourrait endolorir le hardi cueilleur. C’est peu ou prou de cette belle manière qu’illustre avec une infinie élégance Emmanuel Mouret lorsqu’il s’éprend de « Mademoiselle de Joncquières », une de ces belles dames du temps jadis, pièce centrale d’un échiquier autour duquel ne gravitent pas toujours les meilleures intentions. Le petit théâtre costumé est prêt à entrer en scène, que la fête commence ! Lire la suite