CAPTAIN MARVEL

Top girl

captain marvel 1

« Hé toi, qu’est-ce que tu regardes ?
T’as jamais vu une femme qui se bat ? »

Clara Luciani, la Grenade, 2018.

L’heure est grave. Alors que la moitié des surhommes chargés de défendre notre planète ont été désintégrés en un claquement de doigts, que leur dieu-père s’est définitivement éteint dans sa quatre-vingt-seizième année, un signal de détresse lancé vers l’infini devient soudain l’ultime espoir des fans en deuil. L’écurie aux grandes oreilles qui s’apprête à clore un cycle de plus de dix ans, comprend enfin que l’avenir de l’homme dépend plus que jamais de ces dames. Et pour perpétuer la lignée de ses héros en péril, elle en appelle à sa belle étoile, à son nouveau Captain. Dirigée par Anna Boden et Ryan Fleck, équipage mixte au commande de ce vaisseau bleu, rouge et or, Miss « Captain Marvel » déboule comme un bolide dans un contexte transitionnel, entre une « Infinity war » traumatisante et une « End game » on ne peut plus indécise.

Les extraterrestres existent, Nick Fury les a vus (de ses deux yeux vus). On connaissait déjà les Chitauris, ces envahisseurs venus ravager la Big Apple, voici venir les Krees et les Skrulls, peuples intergalactiques qui se vouent une haine viscérale. Comme nous, ces êtres des confins de l’univers savent que leur survie exige un combat permanent. Il l’est autant pour ces êtres d’outre-espace que pour l’agent qui veille à la sécurité de l’Etat ou pour la mère célibataire qui élève seule son enfant. Kevin Feige, le big boss de la Marvel, sait tout cela. Et pour ne pas voir l’empire qu’il a bâti de haute lutte soudain se laisser déborder par la concurrence, il propose des perspectives inédites, des angles d’attaque singuliers.

Sous ses dehors de blockbuster flashy et écervelé, « Captain Marvel » se pique de mettre la femme à l’honneur et de faire front contre le délit de sale gueule, valeurs en net recul depuis qu’un milliardaire à moumoute s’est emparé de la Maison Blanche. Alors qu’il eut à maintes reprises l’occasion de mettre sa Veuve Noire à l’honneur, c’est malgré tout un peu tard pour Feige de se mettre à la page du hashtag MeToo, au risque de faire figure de suiveur de la « Wonder Woman ». Dans le laboratoire d’idées du cinéma indé, il compte néanmoins trouver les ressources qui lui permettront de retrouver sa longueur d’avance. Anna Boden et Ryan Fleck, duo « Under pressure », sont ainsi chargés de propulser la Maison des Idées vers de nouveaux horizons.

Pour ce faire, ils optent pour un retour aux fondamentaux du divertissement, les années 80 et 90 en ligne de mire. Ce n’est donc pas par hasard que la nouvelle héroïne débarque sur terre en crevant le plafond d’un vidéoclub qui porte le nom de « Blockbusters », s’arrête sur la VHS de « l’étoffe des héros » histoire d’affirmer d’entrée de jeu qu’elle compte en être comme les autres. Au beau milieu de l’ère du grunge et de l’internet balbutiant, l’élixir de jouvence distillé par le tandem réalisateur aspire à être la source d’énergie nouvelle qui permettra à ces super-héros de survivre encore au moins une décennie supplémentaire. On trouvera donc dans « Captain Marvel » un soupçon de « Top Gun » (elle est pilote de chasse), quelques pincées de « Terminator 2 » (les Skrulls sont des métamorphes), un chouya de « Blade Runner » (La cité de Hala, pyramidale, froide et crépusculaire), et un gros clin d’œil à « ID4 » lors d’une course poursuite aérienne dans les étroits canyons, et une autopsie façon Roswell au cœur d’une base secrète située au fin fond du désert.

Depuis le succès de « Stranger Things » on sait que la nostalgie fonctionne à plein pour ravir et réunir ancienne et nouvelle génération d’amateurs de culture geek, et assurer ainsi plus aisément le passage de relai. La rrriot girl enfile alors son t-shirt Nine Inch Nails, croise quelques affiches des Smashing Pumpkins, et se laisse conduire sur une BO ad hoc qui frise le Nirvana en sortant les Garbage, Elastica et Hole de leur trou. Le résultat paraît tout de même très artificiel. En sus d’Anna Boden qui prend sa part dans la mise en scène, on trouve aussi une femme à la bande-son, la jolie « turquoise » Pinar Toprak, venue d’Istanbul à Hollywood (suivant les pas de Hans Zimmer), débauchée de la Warner, autrement dit une fille DC et d’ailleurs.

Mais la plus belle prise reste bien évidemment l’indépendante Brie Larson, récemment oscarisée pour son rôle dans « Room », chargée de faire en sorte que le « Captain Marvel » de la bande-dessinée originale se retrouve dans la peau d’une blonde. Pour la séduire, Feige lui a promis un « blockbuster féministe », « le plus grand film féministe de tous les temps même » rapporte l’actrice. Après avoir remporté la mise avec son afro « Black Panther » (déjà peuplé de guerrières farouches et de jolie têtes bien pleines), il compte sur la gent féminine pour en remontrer à tous les machos de la galaxie. « Je n’ai rien à te prouver » dira Carol Danvers à son mentor incarné par Jude Law. Il faut dire qu’elle aime la bagarre, un vrai garçon manqué. C’est peut-être là où le « bas » blesse d’ailleurs, le film la cantonnant à une « noble guerrière héroïque » en démonstration de force (mêlée d’un peu de commisération mièvre), là où on l’aurait préférée badass, hargneuse et plus féroce que les mâles (comme dans cette scène où elle s’en prend à une petite vieille dans le métro). Elle finit même par faire la vaisselle, c’est vous dire si l’émancipation trouve ici ses limites.

Le fond de l’histoire aussi peine à captiver. Le cocktail action/humour est bien présent comme à chaque fois, mais il a tendance à se laisser gagner par la facilité, de saillies sous la ceinture (où ça ?) en morceaux de bravoure interstellaires qui convoquent des personnages inutiles, sans parler de ce greffier agaçant rendant gaga un Fury félinophile qui passerait presque pour un guignol. C’est finalement à travers un patchwork de souvenirs qui remontent à l’enfance de l’héroïne tout feu tout flamme que Boden et Fleck parviennent à nous cueillir sur le fil de l’émotion. Repoussant les affres du temps qui joue contre les acteurs (les sorciers de chez Lola VFX vont même jusqu’à rajeunir Sam L. Jackson de plus de vingt ans comme ils avaient su le faire pour Michael Douglas et Michelle Pfeiffer dans « Ant-man et la Guêpe »), la Marvel négocie sans transcendance son changement de Cap’ pour l’America, distrayant sans être passionnant, avant que le clairon ne trille à la gloire des braves qui vont tomber au champ d’honneur.

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23 réflexions sur “CAPTAIN MARVEL

    • Bien volontiers ! L’actrice est très bien mais le rôle est un peu léger ce qui ne la rend parfois un peu fade. Côté revival, c’est toujours sympa de réécouter les titres qui peuplaient notre Playlist à l’époque et de se souvenir qu’avant Google il y avait Altavista. Des clins d’œil sympa mais sans conséquence, la faute selon moi à une écriture paresseuse.
      Peut être auras tu un autre ressenti. Je serai curieux de le connaître. On se retrouve donc une fois que tu seras revenu de la planète des Krees. 😉🚀

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  1. Oh la la ça ne vend pas du rêve.
    Que fait Brie Larson dans ce machin ?
    Et Clara Luciani en exergue… la totale. Le succès de la brune qui joue de la guitare comme un manche est une énigme pour moi. Vue en 1ere partie d’Eddie de Pretto (FORMIDABLE). Textes minables, musique eighties ratée et absence totale de présence (Tu notes : absence de présence.., je t’autirise à t’en resservir)… ennui mortel.

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    • Pas vu la Lucian en concert mais le titre est pas mal. Dans une veine similaire, je te conseille Fishbach qui côté scène assure, j’en réponds. 😉
      Mais revenons à notre Marvellette qui effectivement assure le minimum du genre. Épisode de transition diront les plus magnanimes, qui a le mérite de mettre une femme à l’honneur.
      Pour 4€ jusqu à demain, ça se laisse voir.

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  2. Une honte. A part Sam Jackson rien à sauver. Les Skrulls sont sympathiques mais n’ont absolument rien à voir avec leur essence de base. L’écriture est affreuse allant des poncifs au traitement de son héroïne absolument froide et jamais attachante (je crois d’ailleurs que Brie Larson commence à avoir une JLaw aiguë, tant depuis son Oscar elle joue de moins en moins bien). Les cgi sont horribles au point que quand il y en a un bon c’est un événement. La réalisation comme le montage des scènes d’action sont également catastrophiques (au moins cinq plans pour montrer une voiture qui prend un virage ? Sérieusement ?). Même le climax est d’une platitude incroyable et était déjà dans les bandes-annonces. Puis alors les raccrochages de wagons avec le MCU sont d’une nullité incroyable (l’oeil de Nick Fury sérieusement ?). Je n’ose imaginer la suite pour Captain Marvel après un tel ratage.

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    • C’est sévère mais je dois bien reconnaître que je ne suis pas loin de partager ta déception sur nombre de points que tu évoques (sauf sur les Skrulls, car je trouve le contre-pied intéressant justement, mais je n’en dis pas plus pour ne pas « divulgacher »). Le coup du chat, pffff… Et je n’ai pas parlé de la gamine insupportable.

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      • Franchement j’en avais peur au vue des trailers, mais plus j’y repense et plus je me dis qu’on s’est foutu de ma gueule. La gamine ne m’a pas plus dérangé là où ils insistent tellement sur le chat (mal fait en plus) que s’en est lourdingue. C’est vraiment un film fait avec des gros sabots. Et je ne parle même pas de la soundtrack qui n’a aucun sens.

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  3. Et bien…merci d’ajouter ces 2 couches. Ce sera sans moi.
    Brie Larson c’est comme pas mal d’acteurs (ex. Samuel L. Jackson qui à part Pulp m’insupporte), une superbe prestation (une erreur) et plus rien… Rien de tel qu’un Marvel pour gonfler le compte en banque j’imagine.

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    • Merci Roggy,
      Je suis peut-être moins sévère que d’autres mais il faut reconnaître qu’il ne s’agit pas là d’un film parmi les plus mémorables du genre. Prenons-le pour ce qu’il est destiné à être : un divertissement agréable qui introduit un nouveau personnage et qui s’appuie sur deux ou trois idées intéressantes.

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  4. Ennui ferme devant ce film où la vaisselle se fait à deux (la fille nettoie et le noir essuie, comme tu dis, bonjour l’émancipation). Samuel L. Jackson lui faucherait presque la vedette, double origin story pour le prix d’une, mais Disney devrait davantage se pencher sur l’originalité que sur les références à la pop culture et à un simple cahier des charges pour bien-pensant. Ceci dit, j’irai bien réécouter Courtney Love et Melissa Auf der Maur, voir ce que les minettes sont devenues.

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    • Tout cela suinte l’engagement opportuniste, la cause récupérée, la fausse prise de risque (« Black Panther », même si je en suis pas fan non plus, était lui animé d’une véritable audace de casting), je suis bien d’accord. Je prédis un trou d’air passé la fin de partie du prochain Avengers, alors que la plupart des figures « historiques » vont sans doute tourner la page Marvel. Il va falloir redoubler d’imagination pour porter de nouveaux héros au même niveau de popularité. Bon courage à Mr Feige.

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  5. Pingback: [Rétrospective 2019/3] Le tableau étoilé des films de Mars par la #TeamTopMensuel – Les nuits du chasseur de films

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