Halloween (2018)

Voici le temps de l’assassin

Halloween2

 

– On est au cœur du Mal, mon commandant.
– On n’est pas là pour philosopher, Carpentier !

Bruno Dumont, P’tit Quinquin, 2014

Chaque année, à la même époque, lorsque les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que les yeux des citrouilles s’allument au perron des chaumières, on ressort les mêmes épouvantails. Parmi ceux-ci, l’assassin masqué d’« Halloween » enfanté par John Carpenter s’impose comme la figure primordiale, dont le masque cryptique et livide est, au fil du temps, devenu objet d’étude, de frisson, de fascination, de vénération. H20 marquait le temps des retrouvailles en étreintes sanglantes, H40 sonne le glas des révélations tonitruantes. Balance ton masque Michael, on t’a reconnu. Fini d’aller tripoter les baby-sitters sous prétexte de friandises. Ni vu, ni connu, je t’embroche.

Pour cette nouvelle nuit des masques, Laurie Strode est de retour. Et elle n’est pas d’humeur chantante. Depuis le temps que les producteurs/profiteurs se sont succédés pour relever l’animâle laissé pour mort, elle a eu le temps d’anticiper, de se préparer au pire et au Myers. Barricadée dans une maison forestière des environs d’Haddonfield, armée de la cave au grenier telle une Sarah Connor survivaliste (mais moins badass), elle attend, le doigt sur la gâchette comme préconisé dans le 2ème amendement, la visite de son terminateur attitré, comme à chaque anniversaire décennal lors duquel le colosse aux idées fixes n’a qu’une envie, celle de la pénétrer de son grand couteau pointu. Mais cette fois, elle n’est plus seule. Elle peut compter sur une descendance féminine à laquelle elle a appris à ne plus avoir peur du loup.

Sur l’insistance de Jason Blum le producteur, Jamie Lee Curtis s’est une nouvelle fois laissé persuader de jouer les appâts féminins, trouvant sans doute dans le scénario écrit par Green et son comparse Danny Mc Bride, un quelconque intérêt à cette suite. Pour mieux vendre leur camelote, ces derniers ont choisi de reprendre le Mal à la racine, rayant d’un trait des décennies de mascarades désolantes perfusées à l’hémoglobine. Si l’apocalypse, selon David Gordon Green, a des airs de révisionnisme mythologique, il réveille néanmoins l’instinct du boogeyman en agitant les oripeaux du passé. « J’ai lu tout ce qui existe sur vous et Myers » se vante le « nouveau Loomis » auprès de Madame Strode. Raison de plus pour évacuer, au détour d’une conversation entre ados, la thèse d’une éventuelle parenté entre Michael et Laurie en un « truc inventé » de toutes pièces. Toute légende urbaine autour du tueur au masque blême ne sera donc objet que de citations glissées furtivement par le réalisateur à l’adresse des aficionados les plus pointus.

A quelques résurrections près (notamment celle de Nicolas Cage sous la barbe de « Joe »), McBride et DGG donnent d’habitude plutôt dans la gaudriole, et on sait la franche amitié qui lie le scénariste au réalisateur de « Baby-sitter malgré lui ». Cette inclination pour la comédie lourde transparaît malgré eux au détour de quelques scènes de cette nouvelle nocturne sanglante : là où les arrière-plans se voulaient glaçants chez Carpenter, ils prennent un jour étrangement burlesque ici lorsqu’on aperçoit Myers défoncer un mécano dans le dos du pompiste. Un peu plus loin, un petit Black à la gouaille bien pendue fait son malin tandis que sa baby-sitter se fait joyeusement étriper par l’invité surprise. Sans doute David Gordon Green, sûr du potentiel effrayant de son film, souhaitait-il par l’entremise de cette cocasserie bon enfant se délester d’un excès de tension dramatique.

Mais le principal écueil de cette version tient à une erratique tournure de scénario. Basé sur trois générations de Strode, il attend le home invasion final pour donner du sens à un lien familial distendu. Faute d’un arc suffisamment développé ou de scènes bien mal fagotées (le trauma éducatif en flash-back, le psychodrame au restaurant), Judy Greer et Andi Matichak (qui interprètent respectivement la fille et la petite-fille de l’héroïne du premier opus) font ce qu’elles peuvent pour ne pas apparaître plus potiche et godiche l’une que l’autre. Sans doute ces agnelles apeurées cachent-elles bien leurs crocs prêts à mordre tous ces petits boutonneux maladroits, infidèles ou un peu trop entreprenants.

On sent bien que l’intention profonde de David Gordon Green est d’aller chatouiller les bas-instincts qui sommeillent en tout être, en extraire les particules élémentaires (creuser le masque avec le couteau) et les transmettre si nécessaire. « En réalisant ce nouveau « Halloween », je me suis livré à une sorte d’expérience cathartique : je me suis confronté à l’homme responsable de tous mes cauchemars de gosse. » confie-t-il. Michael Myers est en effet une maladie mentale à lui seul, une névrose ambulante et contagieuse, aliénante et douloureuse. Là se situe la substantifique moelle du personnage que Green oublie néanmoins d’exploiter à fond, dirigeant mal ses actrices principales (et plus mal encore ses acteurs secondaires), écartelé entre la trop grande place prise par des personnages oubliables (les journalistes, la copine baby-sitter) et l’envie de voir gicler la folie du slasher. Incapable d’imprimer une touche personnelle, David Gordon Green filme son « Halloween » comme s’il tombait un « Vendredi 13 ».

Peut-être est-il lui-même impressionné par son sujet, ou par le parrainage du créateur qui s’est, une fois n’est pas coutume, impliqué dans le projet, maître de cérémonie en charge de la bande-son (est-ce lui le DJ masqué qui ambiance la soirée costumée du film ?). « Je ne voulais pas faire une suite à « Halloween » que je trouvais unique pour ce qu’il était » s’était pourtant juré John Carpenter il y a bien des années. Pour une poignée de dollars tendus par une paire de jeunes inconscients bien curieux, Jamie Lee Curtis et lui ont finalement remis le couvert, sorti le monstre du placard, le couteau entre les dents, sans craindre toutefois que ce nouvel octobre de l’horreur n’efface celui qui, quarante ans plus tôt, a vu s’incarner le Mal à la perfection.

Halloween

39 réflexions sur “Halloween (2018)

  1. Au lieu d’attendre elle ferait mieux de se mettre à courir la Laurie, on ne court jamais assez vite quand le copain Myers vous poursuit.
    Le doigt sur la détente pas sur la gâchette pour le 2ème amendement. 😉

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  2. J’avais envie d’essayer de me faire peur en ce 1er novembre (jour de mon anniversaire de mariage… oui nous étions trop des marrants… je vais plutôt fêter les morts pour l’occase 🙂 ) mais tu me refroidis gravement.
    Je n’en ai vu aucun des Halloween. Il y en a eu combien ?
    Pourquoi tu dis H20 et H40 ? Il y a l’anniversaire des 20 et des 40 ans ?
    Pourquoi en veut-il autant à Jamie Lee ?
    C’est quoi son problème avec les baby sitters? Encore un trauma de l’enfance ?
    Sa maman l’a confié à une vilaine qui jouait du couteau ?
    C’est TOUJOURS la faute des mères t’façon.
    Pourquoi sévit Toujours ?
    Ya pas d’enquête ?
    Que fait la police ? Tu nen parles pas.

    J’ai lui tout… Est-ce que Myers brille dans la nuit ?
    Du coup j’ai pas compris… c’est j’ai lu ou j’ai fui ???
    Oui je sais ça fait beaucoup de questions en ce jour de fête.

    – Mais ma parole mon commandant c’est l’apocalisse.
    – On a des morts inhumains Carpentier.

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    • Je vois qu’on s’interroge, que mon article pose question 😉
      Allons-y dans l’ordre alors :
      Le film original de John Carpenter est sorti en 1978, H20 est aussi le titre de « Halloween, 20 ans après » marquant le retour de Jamie Lee Curtis (pas vu celui-là), et H40, ben, je te laisse compter dans ta tête… 😉
      On aimerait bien savoir pourquoi il lui en veut autant, et c’est à cette question (à laquelle Carpenter s’est toujours refusé de répondre, sans doute parce qu’il s’en fichait comme de son premier Opinel), que se sont attelés les multiples suites à l’intérêt décroissant (comme souvent).
      La question de la mère est davantage celle qu’aborde Rob Zombie dans sa proposition très personnelle de refonte du mythe. Sans doute l’alternative la plus intéressante à l’œuvre de Carpenter dont la thèse se limite aux mots du psy (le docteur Loomis qu’interprétait le regretté Donald Pleasance) : « it’s muerly and Simply evil ».
      La police a toujours un train de retard dans ce genre de film. Clairement ici, au mieux elle joue les corniaud de service, au pire elle fait de la figuration.
      Un petit i s’était bien glissé dans la nuit de mon écrit ! C’est quoi c’bordel Carpentier ?

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  3. Et pourquoi elle vit dans une forêt Laurie ?
    Elle est pas un peu couillonne ? Ce qui expliquerait par le mystère de la génétique que sa fille et sa petite fille soient pas des Prix Nobel non plus.
    Et elles n’ont pas de mecs ? Genre, ché pas moi, Ben Foster (mon nouveau chéri) ou Charlie Hunnam pour les aider à se défendre ou qu’ils expliquent la vie au Michael ?

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    • Je te trouve bien curieuse… 😉
      Elle veut se mettre au vert sans doute. Un peu sauvage aussi (enfin, moi je l’aurais aimée un peu plus encore).
      Les mecs c’est des c…. molles, ou des s……, au choix. On peut pas compter sur eux. Y a que Michael qui assure, finalement 😀

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  4. « On sait la franche amitié qui lie le scénariste au réalisateur de « Baby-sitter malgré lui » : ah ça fait mal quand même, hein ? Bon, un ixième slasher de facture conventionnelle, à peine plus clinquant que le Halloween 20 ans après. Seule dissimilitude, le H20 s’est transmuté en H40 avec plus ou moins de probité et de subtilité. Pour le slasher, je recommande davantage le premier Sleepaway Camp, soit Massacre au camp d’été, l’un de mes derniers coups de coeur dans le cinéma d’horreur et ce, malgré sa relative caducité (le film date des années 80)

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    • Pas vu le H20, mais d’après Borat il est même mieux que celui-ci. Effectivement conventionnel, qui ne sait pas choisir sa ligne, dommage pour DGG dont on attendait sans doute mieux.
      Je me mets ton « Massacre » derrière l’oreille pour le sortir en juillet prochain 😉
      Merci du conseil, et du passage.

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    • Logique c’est un neo slasher scénarisé par le même bonhomme. Sauf que la référence est un peu moins poussée (Janet Leigh mère de Jamie Lee Curtis et actrice d’une des inspirations d’Halloween) et la suite plus directe. La différence avec une purge comme Souviens toi l’été dernier qui était complètement pété dès les premières minutes. 😀

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      • Janet Leigh que l’on retrouve en compagnie de Jamie Lee dans « Fog » (et dans un épisode de « la croisière s’amuse », dans un autre genre) !
        L’idée de croiser « Scream » et « Halloween » n’aurait pas été idiote si Wes Craven ne l’avait déjà fait implicitement en utilisant le « Halloween » de Carpenter dans son film (ce que regardent les ados à la télé). Mise en abyme de la peur si chère à Mr Craven.

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  5. A mon sens, ce n’est même pas qu’il est moins bien qu’H20 (même si je le pense), mais qu’il raconte exactement la même chose avec 20 ans de retard. C’est le même schéma narratif (Myers revient traquer sa soeur / victime, elle a un enfant qu’elle a élevé dans la crainte que Myers revienne, elle lutte contre lui dans le climax). Alors oui c’est bien réalisé, Big John sait toujours faire de la bonne musique, le casting féminin est top, mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil. C’est d’ailleurs le même final qu’Halloween 2 de Rick Rosenthal (enfin surtout Big John mais faut pas le dire, sinon le réalisateur d’Halloween resurrection va râler !) ! 😀 Sur les mêmes questions du syndrome post-traumatique, Rob Zombie faisait bien mieux il y a 9 ans avec la suite de son remake en l’abordant avec émotion et force.

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    • Pas question de mettre Carpenter au crédit de « Halloween 2 » sachant qu’il reconnaît s’être laissé convaincre de l’écrire pour pouvoir sortir « Fog ». Je crois qu’il ne souffre pas cette suite extorquée sous la contrainte financière.
      Le casting féminin ici ne casse pas des briques à mes yeux. je ne trouve même pas Jamie Lee très bonne dans le film. Myers est pas mal en revanche. Et Carpenter reste un excellent compositeur (sa revisite de ses propres thèmes est splendide).
      Ah, j’oubliais, le générique à la citrouille est très chouette aussi.

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      • Et qu’il a fini le scénario à la Budweiser ! 😀 De toutes façons, il savait qu’avec ou sans lui (et Debra Hill, ne l’oublions pas), le film se serait fait donc autant continuer ensemble. Mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’il allait repasser derrière Rosenthal tellement son montage était mou et ne faisait pas peur. Donc remontage et reshoots de lui. J’aime bien les deux jeunes Andi Matichak et Virginia Gardner. Surtout que la plupart du casting masculin est composé d’abrutis finis et de beaufs complets. Le générique à l’envers ne m’a pas trop convaincu. L’idée est bonne, l’exécution beaucoup moins.

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        • Wouah tu es sévère 😉
          Les personnages masculins ne sont clairement pas gâtés dans cette version, tu as raison.
          N’oublions pas Debra Hill tu as très bien fait de la citer. On oublie trop souvent sa part fondamentale dans l’élaboration du film.

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          • Alors certes, je sais pourquoi McBride a surtout une vanne comme « j’ai du beurre de cacahuètes sur la bite ». Bon, venant du mec qui disait dans Tropic thunder qu’il a failli éborgner Jamie Lee Curtis dans Freaky friday ça peut être rigolo. Mais ça tombe à plat, ce n’est pas le bon film pour ça.
            Elle a été la grande patronne de la franchise jusqu’au 4 où Akkad n’a plus voulu ni d’elle, ni de Carpenter. Peut-être que la franchise aurait changée avec eux aux commandes.

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  6. Finalement, j’ai opté pour Breaking Away que je n’avais jamais vu et qui ressort en salle, je ne sais pourquoi. J’ai beaucoup aimé. Pas compris pourquoi Dennis Christopher n’avait pas fait une carrière de folie et complètement halluciné sur le torse de l’autre Denis, Quaid

    – Pardon mon commandant mais des flaques de merde sont en train de nous tomber dessus depuis le ciel
    – C’est la fin du monde Carpentier.

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    • Pas vu « Breaking away ». Pour moi Peter Yates, à part « Bullitt »… Et pourtant je gage que c’est un réalisateur qui gagne à être connu.
      Et pis r’gardez-moi ça tous ces jeunes là qui traînent à moitié à poil ! Heureusement qu’y la gendarmerie nationale pour ramener ces gens-là à leur maison, hein Carpentier ? Sinon, ça serait l’bordel… peut-être…

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  7. Moi je n’ose pas commencer la série par celui-ci, et j’attends de découvrir le tout premier ! Mais comme à la téloch, ils préfèrent diffuser des épisodes en vrac, ne favorisant pas la culture de l’ancien, et bien j’attends longtemps…

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    • Mieux vaut s’abstenir en effet, d’autant qu’il se veut d’ascendance directe du tout premier. Et puis à la téloche, en VF, quelle horreur, même pour un film qui s’en réclame.
      Mais si tu as l’occasion de passer par la maison Zombie d’abord, ce n’est pas forcément déconseillé.

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  8. Pingback: [Rétrospective 2018/10] Le tableau étoilé des films d’octobre par la #TeamTopMensuel – Les nuits du chasseur de films

  9. Une déception qui veut surfer sur la vague Me Too mais qui crée des personnages antipathiques et surtout finit par se dissoudre de la mythologie créée par Carpenter. D’ailleurs, en dehors du fric, je ne comprends pas pourquoi il approuve ce film. Après c’est pas horrible non plus formellement, même si Michael Myers bute trop de gens à la pelle parce que c’est kool.

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    • Le fric est sans doute ce qui motive autant Carpenter que Laurie Strode au début. Il aurait sans doute d’ailleurs exploité cette veine un peu mieux dans son scénario à l’instar de son Plissken ou de Jack Crow, le chasseur de « Vampire$ ». Pas horrible, je suis bien d’accord (ce qui en soit n’est nécessaire une qualité pour film « d’horreur »). Quant à la frénésie meurtrière de Michael, si lui ne peut pas étriper des gens, qui peut le faire ?

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  10. Je comprends bien que ce cher Michael est resté trèèèès longtemps enfermé, mais là il en tue 40. Dans le tout premier, il en tue du genre 5 ou 6, pas plus ! Là on sent qu’il faut satisfaire le jeune public qui veut du saaaang, de la tueeeerieeeee. Dommage.

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  11. La légende raconte que 40 hommes en colère ont un jour décrété que « se sont succédé » n’a pas d’accord. Je comprendrai toutefois si tu ne donnes pas le tien à ce vilain petit canard à cinq pattes qui est un screamer à la face de la logique. Party on, comme dirait Michael Myers… Comment ça, c’est pas le même ? Tu parlais pourtant de comédie lourde…

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    • Cohérent si on s’assoit sur quelques paradoxes, efficace si on n’en demande pas trop, j’aurais surtout aimé un peu plus d’audace avec le matériau (celle qu’avait su montrer le Zombie) . Au regard du chef d’œuvre de John Carpenter, une telle suite nécessite l’exigence.

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