KAAMELOTT – premier volet

Triste sire

« Le peuple opprimé l’emportera finalement et résistera à la violence des envahisseurs. En outre, le Sanglier de Cornouailles viendra à leur secours : il foulera aux pieds les ennemis et leur brisera le cou. (…) Il sera célébré par la voix des populations et ses exploits fourniront matière aux récits des conteurs. »

Geoffroy de Monmouth, Histoire des Rois de Bretagne, XIIème siècle.

Armures rutilantes ou loques antiques, forteresses de carton-pâte ou châteaux-forts numériques, preux chevaliers à la noblesse d’âme ou mages à la solde d’une cour en déliquescence, échanges de répliques dans la langue de Shakespeare ou poèmes déclamés en françois du temps jadis, il existe autant de versions de la geste arthurienne qu’il y eut d’adaptations faites pour le cinéma. Si les anglo-saxons mènent largement au score, quelques Gaulois audacieux se sont risqués au royaume de Logres pour mettre la main sur le « Sacré Graal ». Eric Rohmer l’avait tenté en vers, Alexandre Astier s’y risquera dans une langue moins châtiée mais pas moins fleurie. Ce fut d’abord une blague déclinée en 458 épisodes pour la télé, puis une BD en neuf tomes. C’est aujourd’hui une fantaisie héroïque en forme de triptyque sur grand écran qui commence à « Kaamelott – premier volet » et annonce le retour du roi. Lire la suite

TITANE

La boule au ventre

« Le corps déformé de la jeune infirme, tout comme les corps déformés des automobiles accidentées, révélaient les possibilités d’une sexualité entièrement nouvelle. »

James G. Ballard, Crash, 1973

Il faut s’y habituer, lorsqu’on aborde une œuvre signée Julia Ducournau, il faut s’attendre à être remué. Son précédent film « Grave » avait marqué la pellicule, croquait le cinéma avec une rage bestiale tout en faisant rimer cinéma d’auteur avec film d’horreur. La jeune cinéaste a décidé de s’écarter encore un peu plus de la voie centrale, de prolonger l’exploration des chairs, du sexe, des identités variables et des corps inflammables en implantant une plaque de « Titane » sous la peau de son éprouvant nouveau film, histoire de voir de quel métal les gens sont faits. Lire la suite

BENEDETTA

La chair et le sein

« J’ai toujours été très intéressé par les comportements sexuels. Qui ne l’est pas ? »

Paul Verhoeven

Il en aura mis du temps. Tourné voilà maintenant près de trois ans, « Benedetta », le tant attendu film de Paul Verhoeven, monte enfin les marches du Palais des Festivals avec son cortège de souffrance, de violence, d’exaltation et de polémique en puissance. Ce véritable chemin de croix parcouru par le film et son réalisateur n’ont fait depuis qu’attiser les attentes, exciter les espérances d’un landerneau critique chauffé à blanc par une simple affiche. Alors, Verhoeven, touché par la grâce de Dieu ou lubrique manipulateur ? Lire la suite

Les deux ALFRED

Start me up

« Je considère que nous nous emprisonnons nous-mêmes avec les objets, nous nous en servons mal. Avant, on fumait une clope pour se donner de la contenance, maintenant on sort son portable. Ce sont des trucs purement humains. Des petits doudous. »

Bruno Podalydès, propos recueillis par Victorien Daoût le 14/06/21 à Paris, interview disponible sur cultureauxtrousses.com

Des drones en panne qui jonchent les trottoirs de Paris, des voitures autonomes qui font des caprices, des montres qui bavardent, des téléphones qui se bécotent pour s’échanger des données : c’est le lendemain dystopique, farfelu mais pas si insensé imaginé et interprété par les frangins Podalydès dans leur nouveau film. Ils nous offrent un aperçu un peu plus vrai que nature de la société qui attend la next generation encore confite dans les langes d’une vie déconnectée. Tandis que Denis part au turbin, Bruno garde un œil bienveillant sur « Les 2 Alfred » qui nous passent le bonjour depuis leur berceau d’insouciance. Lire la suite

NOMADLAND

Là-bas si j’y suis

« Il me semble que nous n’allons jamais nulle part. On va, on va. On est toujours en route. Pourquoi les gens ne réfléchissent-ils pas à tout ça ? Tout est en mouvement, aujourd’hui. Les gens se déplacent. Nous savons pourquoi et nous savons comment. Ils se déplacent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. C’est pour ça que les gens se déplacent toujours. Ils se déplacent parce qu’ils veulent quelque chose de meilleur que ce qu’ils ont. Et c’est le meilleur moyen de l’avoir. »

John Steinbeck, Les raisins de la colère, 1939.

A l’écart des autoroutes encombrées, à bonne distance des métropoles urbaines agitées, vivent les nomades du XXIème siècle. Les trailers ont remplacé les tipis, les chevaux se sont changés en vans, et les territoires de chasse sont devenus des chaînes de production à cadence industrielle. La journaliste Jessica Bruder est allée à la rencontre de cette Amérique d’à côté pour mieux comprendre leur condition, leur motivation, leur philosophie. Toutes ces tranches de vie sont aujourd’hui réunies dans un film de Chloé Zhao, cinéaste déracinée en quête d’espace et d’humanité qui sillonne ce « Nomadland » à travers les yeux d’une âme solitaire. Lire la suite

MANDIBULES

Plan mouche

« Ce ne sont que des mouches à viande un peu grasses. Il y a quinze ans qu’une puissante odeur de charogne les attira sur la ville. Depuis lors, elles engraissent. Dans quinze ans elles auront atteint la taille de petites grenouilles. »

Jean-Paul Sartre, Les mouches, 1947

« C’est en boîte et c’est grand. » Tel avait tweeté Quentin Dupieux à la fin du tournage de « Mandibules », nouvelle chronique animalière qui fait suite à son « Daim » très stylé. Après avoir donné vie à une veste, il tente cette fois-ci de nous persuader avec humour de l’existence d’un diptère domestiqué, une mouche savante et affamée dans un monde qui se goinfre et qui semble avoir totalement perdu la raison. Lire la suite

La MISSION

Il était une fois dans l’Ouest

(from left) Johanna Leonberger (Helena Zengel) and Captain Jefferson Kyle Kidd (Tom Hanks) in News of the World, co-written and directed by Paul Greengrass.

« C’est un rêve devenu réalité pour moi. Durant toute mes années de cinéaste, j’ai fait des films difficiles sur ce que nous sommes maintenant, j’ai fait des films divertissants sur des espions en fuite, toutes sortes de choses, mais je n’avais jamais fait de beau western classique. »

Paul Greengrass

Cela fait maintenant près de vingt ans que Paul Greengrass a quitté son île pour venir voir si l’herbe qui pousse sur le Nouveau Monde est plus verte que celle de son pays natal. Dans un style remué qui lui est très particulier (et parfois même reproché), il s’est depuis longtemps fixé un cap artistique, celui de se faire rapporteur au plus près du réel des soubresauts du temps présent : la sanglante répression d’un « Bloody Sunday» à Derry, l’effroyable massacre sur l’île d’Utøya un « 22 juillet », l’intervention américaine dans la « Green Zone » irakienne, et des prises d’otages dramatiques sur le « Vol 93 » ou sur le porte-conteneurs du « Capitaine Phillips ». En marge de ses films d’espionnage à succès, Greengrass se fait l’écho des « News of the World », et c’est dans le même esprit qu’il accepte « la Mission » que lui propose son fidèle captain. Lire la suite