INCROYABLE mais VRAI

It’s all trou

« Curiosité n’est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. »

Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Les multivers of madness de Quentin Dupieux se suivent à un rythme soutenu et se ressemblent parfois. Après la série animalière peuplée de « Daim » et de mouche à « Mandibules », il décide de se pencher sur une autre espèce assez curieuse : l’être humain. Pour ce faire, le tandem d’hurluberlus laisse place au vieux couple : il déménage avec Alain Chabat et Léa Drucker dans un pavillon pas banal. Pas question de voler dans le sens du vent quand on a une cervelle d’Oizo, dans le monde à l’envers du réalisateur, il faut s’attendre à assister à plus d’un phénomène « Incroyable mais vrai ». Lire la suite

TOP GUN : Maverick

Pilote de cœur

« Un avion symbolise la liberté, la joie, la possibilité de comprendre. Ces symboles sont éternels. »

Frédéric Zumbiehl, les aventures de Buck Danny : Sabre sur la Corée, 2013.

Qui n’a jamais escaladé une tour de huit cents mètres, décollé à bord d’un avion de chasse ou fait de la moto sans casque n’est pas Tom Cruise. Alors qu’il approche la soixantaine, que les produits Marvel continuent d’enterrer un à un les dinosaures du blockbuster à grands coups de super-pouvoirs numériques, l’acteur se paie une cure de jouvence en retournant à l’école de ses premiers amours, en exhumant la carlingue d’un vieil aéronef qui le porta aux nues il y a plus de trente-cinq ans. Dans son emballage couleurs eighties, « Top Gun : Maverick » carbure à la nostalgie supersonique, toujours propulsé par le vieux pape du genre Jerry Bruckkeimer et piloté cette fois-ci par le rookie Joseph Kosinski. Mais c’est bien Tom Cruise le commandant de bord de ce projet qui s’envole à tire d’ailes vers ce qui pourrait bien devenir le plus gros succès de sa carrière. Lire la suite

Les CRIMES du FUTUR

Organe de toi

« Nous vivons une époque radicale, mon garçon. Vous ne la sentez pas ? Vous devez exagérer avec l’époque, exagérer jusqu’au point de rupture. »

David Cronenberg, Consumé, 2016.

Depuis maintenant des années, tel le personnage à l’esprit dérangé de son « Spider », David Cronenberg n’a eu de cesse de tendre des fils entre ses films, de tisser la toile d’une œuvre singulière, autant par la forme que sur le fond du sujet. Il n’aura eu de cesse de chercher la profondeur, d’explorer l’être humain, cette machine molle chère à Burroughs, soumise à la déformation et aux affres de l’usure des ans. Renouant avec le producteur de « Crash », puis de « eXistenZ », il a exhumé un script de vingt ans d’âge, lui a donné le titre d’un de ses premiers métrages, et contemple l’avenir avec circonspection, nous rend complices d’une performance à corps ouvert qu’il a intitulée : « les Crimes du Futur ».  Comme disait Allegra Geller dans « eXistenz » : « it’s gonna be a wild ride… » Lire la suite

The NORTHMAN

Hel fest

« Regardez comme il me dévisage. S’il n’a pas été enfanté par un noir bélier pendant la pleine lune, mon nom n’est pas Ragnar. »

Ragnar dans « Les Vikings » de Richard Fleischer, 1958.

Sonnez l’alarme, et faites résonner le cor, les Vikings sont de retour et ils ont bien l’intention d’écumer les salles obscures. On les a d’abord vu accoster nos écrans dans une série canadienne signée Michael Hirst. Pendant ce même temps, des dieux Asgardiens autrement plus bling-bling jouaient les foudres de guerre dans l’univers cinématique de la Marvel. Robert Eggers les a vus lui-aussi, perché sur son « Lighthouse » de sinistre mémoire. Né d’une vision éthylique ou fruit d’une étrange réalité archéologique, « The Northman » déterre la hache de la vengeance, il ne sera pas tendre avec les têtes de bois. Lire la suite

DOCTOR STRANGE in the Multiverse of Madness

« L’impétueuse furie de la rafale nous enleva presque du sol. C’était vraiment une nuit d’orage affreusement belle, une nuit unique et étrange dans son horreur et sa beauté. »

Edgar Alan Poe, La Chute de la Maison Usher, 1839 (traduction de Charles Baudelaire).

« Are you happy ? » La question se pose dans notre monde plus près que jamais du grand chaos. Plus notre monde se recroqueville, plus l’univers cinématique de la Marvel semble occuper le terrain de la poudre aux yeux. Une mission : divertir, détourner le regard de la morosité ambiante. Et avec le rapatriement de la totalité du catalogue de personnages autrefois dispersés aux quatre vents, la Maison de Idées peut enfin voguer au gré de ses envies, pourvu que les spectateurs suivent. Alors que l’on croyait venu le bout de la ligne narrative à l’occasion d’une fin de partie homérique, voici que se déploient d’autres possibles esquissés dans le « No way home » de Spider-Man. Mais à force de multiplier les cases, le risque est d’en perdre quelques-unes en route. Tandis que le monde chancelle sur son pied de réalité, on en appelle au « Docteur Strange in the Multiverse of Madness », et on met Sam Raimi sur le grill pour voir si le charme agit. Lire la suite

Le Monde d’Hier

Souvenirs d’un républicain

« Il faut vaincre ses préjugés. Ce que je vous demande là est presque impossible, car il faut vaincre notre histoire. Et pourtant, si on ne la vainc pas, il faut savoir qu’une règle s’imposera, Mesdames et Messieurs : le nationalisme, c’est la guerre ! La guerre, ce n’est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir. C’est nous, c’est vous, Mesdames et Messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir. »

François Mitterrand, discours au Parlement européen, Strasbourg, 17 janvier 1995.

Moins d’un an après son discours à Strasbourg, après avoir mené son mandat à terme, François Mitterrand succombait du cancer qui le rongeait depuis des années. L’autre maladie qu’il redoutait tant s’est depuis étendue sur l’Europe, une menace bien plus insidieuse, un poison qui contamine les esprits, corrompt la vérité et entrave les libertés. Mitterrand avait senti monter le sentiment nationaliste en Europe, remugle encore vivace provenant des âges sombres de notre Histoire. Le cancer ne lui aura pas laissé le temps de le voir s’inviter au second tour de l’élection présidentielle en 2002, puis prendre ses aises dans les urnes, dans les sondages d’opinion, provoquant en duel la République à chaque nouveau scrutin. Le cinéaste et scénariste Diastème l’a vu, lui. Il en a tiré d’abord un film sur « un Français », premier coup de tête à la démocratie, premier avertissement. Huit ans plus tard, les choses ne semblant pas aller vers le mieux, il tente de nous faire comprendre que « le monde d’hier » décrit par Zweig est peut-être bien celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Lire la suite

MAIGRET

Pipe show

« Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur,
Que ce granit du moins montre à jamais sa borne »

Stéphane Mallarmé, le tombeau d’Edgar Poe, 1887.

Un pardessus, une pipe et un chapeau. La démarche pesante, le regard taciturne, l’économie des mots. « Des muscles durs se dessinaient sous le veston, déformaient vite ses pantalons les plus neufs. Il avait surtout une façon bien à lui de se camper quelque part qui n’était pas sans avoir déplu à maints de ses collègues eux-mêmes. C’était plus que de l’assurance, et pourtant ce n’était pas de l’orgueil. » En 1929, dans un « train de nuit », Georges Simenon invente « Maigret », et désormais Patrice Leconte. Engoncé dans son lourd manteau, presque à bout de souffle, « qui d’autre que Depardieu ? » affirme le réalisateur. Sur le quai embrumé d’une enquête vidée de toute substance, il progresse à pas contés en direction de « la jeune morte ». Lire la suite

Les VEDETTES

L’époque du micro d’argent

« J’me présente, je m’appelle Henri,
J’voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Être beau, gagner de l’argent
Puis surtout être intelligent
Mais pour tout ça il faudrait que j’bosse à plein temps »

Daniel Balavoine, le chanteur, 1978

Tout le monde aura son quart d’heure avait prédit Andy. Mais peut-être pas tous pour les mêmes raisons. « Les Vedettes » pourrait être une marque de machine à laver, ou le nom d’un groupe de variétés, c’est en quelque sorte l’association des deux. Le nouveau film de Jonathan Barré réunit son Palmashow pour une satire sociale des temps modernes. David Marsais et Grégoire Ludig redeviennent les benêts de la télé, deux pigeons servis en farce sur des plateaux à l’heure du dîner, enrobés à la sauce aigre-douce d’un récit hilarante et fa si la chanter. Lire la suite

MOONFALL

Appetite for destruction

« Nous sommes plus proches du sinistre que le tocsin lui-même. »

René Char

Depuis que Hollywood a découvert sa capacité à faire trembler la Terre, à ouvrir en deux les océans, à faire cracher le feu des volcans, on ne compte plus les plaies que les studios ont abattues sur notre planète. Mais le champion toutes catégories de cette inflation dévastatrice reste évidemment le teutonique Roland Emmerich, capable comme personne de déployer des moyens titanesques pour projeter sur la toile le spectacle sidérant d’un anéantissement de grande échelle. De dérèglements climatiques accélérés en invasions monstrueuses ou extra-terrestres, il est donc passé maître dans l’art de faire des films catastrophiques. Mais en réalisant « Moonfall », c’est carrément le genre entier qu’il propulse sur une orbite toujours plus délirante. Lire la suite

MORT sur le NIL (2022)

Et vogue la moustache

« Je venais d’avoir 17 ans, les merveilles de l’antiquité étaient le dernier de mes soucis. Louxor, Karnak et les beautés de l’Egypte devaient me tomber dessus avec un impact prodigieux vingt ans plus tard. Quel gâchis si j’avais alors admiré tous ces vestiges avec un regard indifférent. »

Agatha Christie, an autobiography, 1977.

Non, les crocodiles, sur les bords du Nil, n’ont pas disparu. A l’affut du moindre volatile distrait, leurs mâchoires se referment sur leur proie comme le ferait la loi sur les auteurs de crimes passionnels. Plus impitoyable qu’un animal à sang froid, le redoutable Hercule Poirot remet le cap sur l’Egypte et ses fastes pharaoniques pour rejouer « Mort sur le Nil », dans une version remise à flot par un Kenneth Branagh qui se laisse à nouveau prendre au jeu de la déduction. Lire la suite